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Joseph Dreppe est né à Liège, le
30 septembre 1737 (1). Il était fils de Jean-Noël Dreppe, graveur de
médailles et de cachets, et d'Elisabeth Herdothe.
Ayant donné des marques de son goût
pour l'étude des arts, Joseph Dreppe fut placé, à l'âge de
15 ans,
chez Jean Latour pour y apprendre le dessin ; au bout de six ans
d'apprentissage, en 1758, il partit pour Rome, où il fut reçu à l'école de
Placido Constanzi. Plus tard, il se mit sous la discipline de Pécheux, qui,
ayant vu une esquisse peinte par Dreppe, y trouva beaucoup de fougue, et lui
proposa de fréquenter son atelier. Le jeune artiste accepta volontiers, et
auprès de son nouveau maître fit de rapides progrès, s'exerçant surtout à
improviser avec entrain toutes sortes de sujets. Il est à regretter qu'il ne
montra pas autant de persévérance pour achever son travail qu'il avait de
facilité dans la conception.
Après avoir continué ses études
à Rome pendant cinq ans, fréquentant tour à tour les ateliers des peintres
en renom que nous venons de citer et dessinant dans les musées les statues
de l'antiquité, il revint s'établir à Liège.
A Liège, Joseph Dreppe
travailla beaucoup pour les églises, pour les amateurs, et, comme la plupart
de ses confrères, il exécuta des tapisseries pour les habitations des
particuliers. Il a fait aussi un grand nombre de dessins à l'encre de Chine
et à la plume, qu'il composait avec, une promptitude et une vivacité
extraordinaires. C'était malheureusement presque toujours des allégories
d'un style ampoulé, dont les figures s'abandonnent à des gestes exagérés et
par trop dramatiques. Il a aussi exécuté un grand nombre de gravures.
Parmi les travaux
qu'il fit pour les églises de Liège, on citait la voûte de l'église des
Prémontrés. Il a peint quelques tableaux pour les églises des Pays Bas. Il
aimait à peindre des marines, et y réussissait assez bien. Au nombre des
tapisseries qui existent encore de lui, on en voit une dans le salon d'une
maison de la rue du Pot-d'Or, à Liège, où se trouvaient autre fois les
bureaux du journal La Meuse.
Elle est d'une couleur chaude et
peinte avec entrain.
En 1781, Dreppe
obtint l'accessit du prix proposé par la Société d'Émulation de Liège pour
l'embellissement de la ville. Il a gravé deux paysages d'après les dessins
de Malomont, artiste-amateur ; la Fontaine de la Sainte Vierge, place
Vinâve-d'Ile à Liège, d'après J. Delcour ; un tombeau élevé à la mémoire
d'Elisa Draper et d'autres petites planches.
En 1784, Dreppe
fut nommé directeur de l'Académie de peinture fondée par le prince de
Hoensbroech, qui l'avait nommé en même temps son premier peintre (2).
Quelques années auparavant il avait été nommé peintre de l'État noble, ce
qui n'était probablement qu'un titre honorifique, mais pouvait devenir une
recommandation, comme en témoigne un document publié récemment. (3)
Dreppe était un
de ces artistes d'ordre fort secondaire qui suppléent volontiers à la
médiocrité de leur talent par l'activité des démarches pour le faire valoir.
Sous le régime des évêques il est nommé directeur de l'Académie, peintre en
titre du prince régnant, peintre de l'État noble, etc., il a soin d'annoncer
par la voie des journaux qu'il va entreprendre la gravure à l'eau-forte
d'une série de planches illustrant un voyage pittoresque de Naples et de
Sicile, ainsi qu'un grand nombre d'autres morceaux, etc. ; la souscription
sera de 3 liv. de France ou un petit écu (4). Il fait connaître, par la même
voie, presque tous ses travaux. A la mort du prince Velbrück, il fait un
dessin à l'encre de Chine fort mélodramatique, où l'on voit la patrie, les
sciences et les arts désolés de la mort du prince.
Avec le changement de régime,
les démarches et les sollicitations continuent, mais prennent une autre
orientation ; les archives de l'Administration provinciale contiennent bon
nombre de ses lettres, sollicitations et pétitions. Le 11 messidor an 7, «
l'administration centrale, le commissaire du Directoire exécutif entendu,
arrête qu'il sera expédié au citoyen Dreppe, peintre, un mandat de dix-huit
francs pour avoir peint le tableau commémoratif de l'assassinat commis sur
les plénipotentiaires français à Rastadt, placé à la salle des séances, etc.
(5) ». Dreppe, aussitôt que la révolution liégeoise fut triomphante, s'était
mis à la suite du peintre Defrance, dont nous verrons dans l'étude qui lui
est consacrée, le dévouement aux envahisseurs, afin d'obtenir quelques
bribes du gouvernement nouvellement établi. Un document assez curieux que
nous donnons en note, représente Dreppe comme une victime de son patriotisme
(6).
Il reçut de la
nouvelle administration une mission de confiance : celle de faire le
recollement des meubles et objets d'art des couvents supprimés (7).
Le nouveau
régime n'était pas favorable à la création d'oeuvres d'art. A défaut
d'autres commandes Dreppe sollicita et obtint celle de remplacer par le
bonnet phrygien, des faisceaux de licteurs et les emblèmes de la République,
les insignes religieux que l'on voyait encore dans les salles des édifices
publics. Il découvrait lui-même les occasions d'employer son pinceau. Dans
les pétitions qu'il ne cesse d'adresser à l'administration, on voit
augmenter avec l'ardeur de son civisme, le nombre de ses enfants et les
autres titres aux faveurs officielles. Dans un de ces documents dont la
répétition serait fastidieuse, il rappelle qu'il est père de 16 enfants,
qu'il a par ses peintures aidé à célébrer l'entrée triomphale du Ier Consul,
et qu'il exerce l'art de la peinture depuis cinquante ans. Il était
difficile de ne pas accueillir une pétition, dont l'auteur faisait valoir
des titres aussi considérables.
Atteint de
paralysie, Dreppe mourut le
29 mars 1810, à l'âge de 73 ans. |
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(1) Villenfagne le fait naître en
1744.

(2) Gazette du
Vendredi, 1er Oct. 1784. « Son altesse, attentive à tout ce qui regarde
le bien-être de ses sujets, et ne voulant rien négliger de ce qui peut
contribuer au progrès des beaux-arts et des arts utiles, s'est empressée
de continuer l'établissement formé par le prince son prédécesseur, d'une
Académie de Peinture, Sculpture et Gravure. Elle vient de nommer, pour en
être directeur, le sieur Dreppe, peintre, lequel en même temps sera
professeur, conjointement avec le sieur Aubée, » etc.
La Gazette
du 14 Septembre 1785 reproduit le même avis à
peu près dans les mêmes termes, avec cette différence : « Elle a nommé pour
être le Directeur, le Sr Dreppe, son premier peintre, qui en est
aussi professeur, conjointement avec le Sr Dupont. On invite, etc... »

(3)
« Messeigneurs les commis et
députés de S. A. et de ses États
» Le soussigné nomé (lez longtems peintre de l'état noble suplie les
seigneurs députés des états de vouloir le préférer pour faire les tableaux
de la salle nouvelle, priant les seigneurs de vouloir juger de ses talents
par le tableaux de l'autel de la salle de l'État Noble dont on a été tout a
fait content, il a l'honneur d'être de vos seigneuries
Le très humble et obéissant serviteur
(Signé) DREPPE
peintre de l'état noble. »
Au dos : le 4 aout 1780. Archives de l'État à Liège.
Papiers des États, publ. Société de Bibliophiles liégeois. Bulletin IV,
p. 281.
Communication de M. Edouard Poneelet.

(4) Gazette de Liège du 25 juin 1784.

(5) Archives de l'Administration centrale :
4me bureau des travaux publics. Registre n° 231.

(6) ARCHIVES PROVINCIALES
DE LIÉGE.
Bureau N° 6.
Les travaux publics,
aiant vu la
pétition du Citoyen joseph Dreppe, inspecteur des travaux publics de la
Commune de liege qui expose que pour Cause de patriotisme il a été forcé
de quitter Sa patrie pour se soustraire a la vengeance Monaco-Episcopale
; que dans sa fuite il a du abandonné sa femme et ses neuf enfans, ainsi
que tous ses meubles et effets, mais a son retour a liege, apres dix
neuf mois d'exil, il y a retrouvé son Epouse et ses nombreux enfans,
mais sans retrouver dans son domicil les meubles qui y etoient a son
depart, parce que son Epouse aiant du fournir aux frais des logement
Arbitraire exercé par les Ennemis de la liberté contre les patriotes.
Son Epouse privée de toute ressource a du vendre peu a peu ses meubles
pour fournir a la discretion de la nourriture des Soldats dont elle
étoit frappée,
il expose
qu'il y a des garde de Robes dans la Cathedrale et qu'aujourd'hui on
fait vendre ces objets.
il demande qu'il lui en soit donné une
votre Bureau des travaux publics fait les observation
suivantes
« Considerant que les effets saisis au profit de la Republique ne
peuvent en etre distrait arbitrairement
Considerant d'un autre coté que la situation ou s'est
trouvée L'Epouse du petitionnaire, pourroit demander quelque
dedomagement, neanmoins L'administration sans rien decider
renvoie le citoyen Dreppe au Citoyen Bourgoin inspecteur des propriétés
Nationales pour qu'il y ait les Egards convenable sur la demande du
petitionnaire. »
20 Nivose an 3e
n° 3
travaux publics
(Ecrit par Léonard Defrance)

(7) Voici le document par lequel
cette mission fut conférée à Dreppe :
26 frimaire an 5
n° 5
3e Bureau.
L'administration départementale de
L'ourte
Sur
rapport de son 2me bureau qu'il s'agit de faire le recollement des
effets inventoriés dans les maisons religieuses supprimées qui doivent
suivre au profit de la republique,
Le Commissaire du Directoire Executif entendu
Nomme les Cns Dreppe et Pinet Peintres, Colsoul et Hubert orphevre,
Nihon et Durand Menuisier ; H. J. Leonard, Warnier fils Dewandre père
Sculpteur à effet de se rendre dans les couvents supprimés et qui ont
reçu leurs bons, pour revoler les meubles et effets reservés à la
republique les sequestrer dans un lieu de Sureté et en tenir les procès
verbaux conformement à la loi.
L. P. Poswick.
Dechamps Pt.
Les
bibliotheques au College des jesuites
les argenteries les habillemens precieux
les Statues doivent rester en place à moins
qu'elles soient precieuses elles seront portées
aux archives.
On enverra les orpheves où il y aura des
argenteries, des menuisiers où il v aura des
boiseries & c.
on le verra des inventaires.
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