1

 

 

 


Joseph Dreppe




 

 

 

 

 


 

 

 

Jules Helbig
La peinture au pays de Liège et sur les bords de la Meuse.
Liège, Imprimerie liégeoise Henri Poncelet, 1903, pp. 455 et suiv.

   Joseph Dreppe est né à Liège, le 30 septembre 1737 (1). Il était fils de Jean-Noël Dreppe, graveur de médailles et de cachets, et d'Elisabeth Herdothe.

   Ayant donné des marques de son goût pour l'étude des arts, Joseph Dreppe fut placé, à l'âge de 15 ans, chez Jean Latour pour y apprendre le dessin ; au bout de six ans d'apprentissage, en 1758, il partit pour Rome, où il fut reçu à l'école de Placido Constanzi. Plus tard, il se mit sous la discipline de Pécheux, qui, ayant vu une esquisse peinte par Dreppe, y trouva beaucoup de fougue, et lui proposa de fréquenter son atelier. Le jeune artiste accepta volontiers, et auprès de son nouveau maître fit de rapides progrès, s'exerçant surtout à improviser avec entrain toutes sortes de sujets. Il est à regretter qu'il ne montra pas autant de persévérance pour achever son travail qu'il avait de facilité dans la conception.

   Après avoir continué ses études à Rome pendant cinq ans, fréquentant tour à tour les ateliers des peintres en renom que nous venons de citer et dessinant dans les musées les statues de l'antiquité, il revint s'établir à Liège.

   A Liège, Joseph Dreppe travailla beaucoup pour les églises, pour les amateurs, et, comme la plupart de ses confrères, il exécuta des tapisseries pour les habitations des particuliers. Il a fait aussi un grand nombre de dessins à l'encre de Chine et à la plume, qu'il composait avec, une promptitude et une vivacité extraordinaires. C'était malheureusement presque toujours des allégories d'un style ampoulé, dont les figures s'abandonnent à des gestes exagérés et par trop dramatiques. Il a aussi exécuté un grand nombre de gravures.

   Parmi les travaux qu'il fit pour les églises de Liège, on citait la voûte de l'église des Prémontrés. Il a peint quelques tableaux pour les églises des Pays Bas. Il aimait à peindre des marines, et y réussissait assez bien. Au nombre des tapisseries qui existent encore de lui, on en voit une dans le salon d'une maison de la rue du Pot-d'Or, à Liège, où se trouvaient autre fois les bureaux du journal La Meuse. Elle est d'une couleur chaude et peinte avec entrain.

   En 1781, Dreppe obtint l'accessit du prix proposé par la Société d'Émulation de Liège pour l'embellissement de la ville. Il a gravé deux paysages d'après les dessins de Malomont, artiste-amateur ; la Fontaine de la Sainte Vierge, place Vinâve-d'Ile à Liège, d'après J. Delcour ; un tombeau élevé à la mémoire d'Elisa Draper et d'autres petites planches.

   En 1784, Dreppe fut nommé directeur de l'Académie de peinture fondée par le prince de Hoensbroech, qui l'avait nommé en même temps son premier peintre (2). Quelques années auparavant il avait été nommé peintre de l'État noble, ce qui n'était probablement qu'un titre honorifique, mais pouvait devenir une recommandation, comme en témoigne un document publié récemment. (3)

   Dreppe était un de ces artistes d'ordre fort secondaire qui suppléent volontiers à la médiocrité de leur talent par l'activité des démarches pour le faire valoir. Sous le régime des évêques il est nommé directeur de l'Académie, peintre en titre du prince régnant, peintre de l'État noble, etc., il a soin d'annoncer par la voie des journaux qu'il va entreprendre la gravure à l'eau-forte d'une série de planches illustrant un voyage pittoresque de Naples et de Sicile, ainsi qu'un grand nombre d'autres morceaux, etc. ; la souscription sera de 3 liv. de France ou un petit écu (4). Il fait connaître, par la même voie, presque tous ses travaux. A la mort du prince Velbrück, il fait un dessin à l'encre de Chine fort mélodramatique, où l'on voit la patrie, les sciences et les arts désolés de la mort du prince.

   Avec le changement de régime, les démarches et les sollicitations continuent, mais prennent une autre orientation ; les archives de l'Administration provinciale contiennent bon nombre de ses lettres, sollicitations et pétitions. Le 11 messidor an 7, « l'administration centrale, le commissaire du Directoire exécutif entendu, arrête qu'il sera expédié au citoyen Dreppe, peintre, un mandat de dix-huit francs pour avoir peint le tableau commémoratif de l'assassinat commis sur les plénipotentiaires français à Rastadt, placé à la salle des séances, etc. (5) ». Dreppe, aussitôt que la révolution liégeoise fut triomphante, s'était mis à la suite du peintre Defrance, dont nous verrons dans l'étude qui lui est consacrée, le dévouement aux envahisseurs, afin d'obtenir quelques bribes du gouvernement nouvellement établi. Un document assez curieux que nous donnons en note, représente Dreppe comme une victime de son patriotisme (6).

   Il reçut de la nouvelle administration une mission de confiance : celle de faire le recollement des meubles et objets d'art des couvents supprimés (7).

   Le nouveau régime n'était pas favorable à la création d'oeuvres d'art. A défaut d'autres commandes Dreppe sollicita et obtint celle de remplacer par le bonnet phrygien, des faisceaux de licteurs et les emblèmes de la République, les insignes religieux que l'on voyait encore dans les salles des édifices publics. Il découvrait lui-même les occasions d'employer son pinceau. Dans les pétitions qu'il ne cesse d'adresser à l'administration, on voit augmenter avec l'ardeur de son civisme, le nombre de ses enfants et les autres titres aux faveurs officielles. Dans un de ces documents dont la répétition serait fastidieuse, il rappelle qu'il est père de 16 enfants, qu'il a par ses peintures aidé à célébrer l'entrée triomphale du Ier Consul, et qu'il exerce l'art de la peinture depuis cinquante ans. Il était difficile de ne pas accueillir une pétition, dont l'auteur faisait valoir des titres aussi considérables.

   Atteint de paralysie, Dreppe mourut le 29 mars 1810, à l'âge de 73 ans.


(1) Villenfagne le fait naître en 1744. 

(2) Gazette du Vendredi, 1er Oct. 1784. « Son altesse, attentive à tout ce qui regarde le bien-être de ses sujets, et ne voulant rien négliger de ce qui peut contribuer au progrès des beaux-arts et des arts utiles, s'est empressée de continuer l'établissement formé par le prince son prédécesseur, d'une Académie de Peinture, Sculpture et Gravure. Elle vient de nommer, pour en être directeur, le sieur Dreppe, peintre, lequel en même temps sera professeur, conjointement avec le sieur Aubée, » etc.
   La Gazette du 14 Septembre 1785 reproduit le même avis à peu près dans les mêmes termes, avec cette différence : « Elle a nommé pour être le Directeur, le Sr Dreppe, son premier peintre, qui en est aussi professeur, conjointement avec le Sr Dupont. On invite, etc... » 

(3) « Messeigneurs les commis et députés de S. A. et de ses États
       » Le soussigné nomé (lez longtems peintre de l'état noble suplie les seigneurs députés des états de vouloir le préférer pour faire les tableaux de la salle nouvelle, priant les seigneurs de vouloir juger de ses talents par le tableaux de l'autel de la salle de l'État Noble dont on a été tout a fait content, il a l'honneur d'être de vos seigneuries
                        Le très humble et obéissant serviteur
                                        (Signé) DREPPE
                                  peintre de l'état noble. »
    Au dos : le 4 aout 1780. Archives de l'État à Liège. Papiers des États, publ. Société de Bibliophiles liégeois. Bulletin IV, p. 281.
   Communication de M. Edouard Poneelet. 

(4) Gazette de Liège du 25 juin 1784. 

(5) Archives de l'Administration centrale : 4me bureau des travaux publics. Registre n° 231. 

(6) ARCHIVES PROVINCIALES
                 DE LIÉGE.
                                                                                                                                              Bureau N° 6.

 

Les travaux publics,

   aiant vu la pétition du Citoyen joseph Dreppe, inspecteur des travaux publics de la Commune de liege qui expose que pour Cause de patriotisme il a été forcé de quitter Sa patrie pour se soustraire a la vengeance Monaco-Episcopale ; que dans sa fuite il a du abandonné sa femme et ses neuf enfans, ainsi que tous ses meubles et effets, mais a son retour a liege, apres dix neuf mois d'exil, il y a retrouvé son Epouse et ses nombreux enfans, mais sans retrouver dans son domicil les meubles qui y etoient a son depart, parce que son Epouse aiant du fournir aux frais des logement Arbitraire exercé par les Ennemis de la liberté contre les patriotes. Son Epouse privée de toute ressource a du vendre peu a peu ses meubles pour fournir a la discretion de la nourriture des Soldats dont elle étoit frappée,
    il expose qu'il y a des garde de Robes dans la Cathedrale et qu'aujourd'hui on fait vendre ces objets.
    il demande qu'il lui en soit donné une
    votre Bureau des travaux publics fait les observation suivantes
   « Considerant que les effets saisis au profit de la Republique ne peuvent en etre distrait arbitrairement
     Considerant d'un autre coté que la situation ou s'est trouvée L'Epouse du petitionnaire, pourroit demander quelque dedomagement, neanmoins L'administration sans rien decider
renvoie le citoyen Dreppe au Citoyen Bourgoin inspecteur des propriétés Nationales pour qu'il y ait les Egards convenable sur la demande du petitionnaire. »
                                                                                                                             20 Nivose an 3e
                                                                                                                                       n° 3
                                                                                                                            travaux publics
 

(Ecrit par Léonard Defrance)  

(7) Voici le document par lequel cette mission fut conférée à Dreppe :

26 frimaire an 5
         n° 5
3e Bureau.
                         
L'administration départementale de L'ourte

    Sur rapport de son 2me bureau qu'il s'agit de faire le recollement des effets inventoriés dans les maisons religieuses supprimées qui doivent suivre au profit de la republique,
    Le Commissaire du Directoire Executif entendu
   Nomme les Cns Dreppe et Pinet Peintres, Colsoul et Hubert orphevre, Nihon et Durand Menuisier ; H. J. Leonard, Warnier fils Dewandre père Sculpteur à effet de se rendre dans les couvents supprimés et qui ont reçu leurs bons, pour revoler les meubles et effets reservés à la republique les sequestrer dans un lieu de Sureté et en tenir les procès verbaux conformement à la loi.
                                                                                          L. P. Poswick.
                                                                                          Dechamps Pt.

     Les bibliotheques au College des jesuites
 les argenteries les habillemens precieux
 les Statues doivent rester en place à moins
qu'elles soient precieuses elles seront portées
 aux archives.

                                                                                                                       On enverra les orpheves où il y aura des
                                                                                                                       argenteries, des menuisiers où il v aura des
                                                                                                                       boiseries & c.
                                                                                                                       on le verra des inventaires. 

 


 

22/01/2013