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Pierre-Michel de Lovinfosse




 

 

 

 

 


 

 

 

J. Helbig
Biographie nationale T. XII, pp. 524 et suiv.
publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des Beaux-arts de Belgique, Bruxelles, 1897.

LOVINFOSSE (Pierre-Michel), peintre, né à Liège, [le 20 novembre 1745] (1) et y décédé le 4 avril 1821. Il prenait quelquefois le nom de Noblet, mais ce nom n'existe pas dans les registres de l'état civil. Peintre de talent, il eut le malheur de naître à une époque agitée où les arts de la paix étaient peu eu faveur, et il ne vit pas la réputation répondre à son mérite et à ses efforts. Nous n'avons pu nous procurer ni la date de sa naissance, ni aucun détail sur ses années d'apprentissage ; un grand nombre de portraits que l'on retrouve dans les familles patriciennes et bourgeoises du pays de Liège, témoignent d'un pinceau habile, d'une couleur agréable et d'une intelligence particulière à saisir les physionomies. Il convient de citer notamment le portrait du prince-évêque de Liège, Hoensbroeck, exécuté pour l'hôtel de ville, et qui a disparu à la suite de la révolution. Nous trouvons, en effet, dans les comptes communaux de la cité, la mention suivante : « Au Sr Lovinfosse,  pour avoir fait à neuf le portrait de S. A. C. reposant à l'hôtel de ville, 400 fls. ».  Lovinfosse, qui fréquentait la cour du prince-évêque Hoensbroeck, émigra avec le prince. Nous trouvons, dans une lettre de Nicolas Bassenge, le passage suivant relatif à l'artiste : « Ce Lovinfosse est ici, il avait passé 1e Rhin à l'approche des Français, fuyant avec ses chers protecteurs, l'évêque de Liège & sa clique. Il est peintre ». Plus tard, lorsque Lovinfosse revint au pays natal, il continua à faire les portraits des personnages les plus en évidence de son temps. Mr le baron J. de Chestret de Haneffe possède de cet artiste un joli portrait de son bisaïeul, le baron Jean-Remy de Chestret, qui a joué un rôle dans la révolution liégeoise. On y voit de Chestret, qui a été deux fois bourgmestre de la cite de Liège, dans son costume officiel, ayant des deux côtés, le bâton magistral, insigne de sa dignité ; l'un de ces bâtons porte la date de 1784, avec les armes des de Chestret, l'autre la date de 1789. C'est sans doute à cette année qu'il convient d'attribuer le portrait. Pendant son émigration, les tableaux et objets d'art que possédait Lovinfosse furent saisis, mais on les lui restitua lors de son retour au pays natal ; nous trouvons à ce sujet, aux archives provinciales, la mention suivante : « L'administration, ouï l'agent national, autorise le citoyen Defrance à restituer au peintre Lovinfosse les tableaux enlevés de sa maison ». Lorsque la peinture de Guillaume Carlier représentant le Martyre de saint Denis, qui ornait la voûte de l'ancienne collégiale de ce nom, fut détruite à la suite d'une tentative maladroite pour détacher ce tableau de la place qu'il occupait, Lovinfosse fut chargé de remplacer l'œuvre de Carlier par une copie à la détrempe, exécutée sur la voûte même. Cette copie existe encore et prouve l'extrême habileté de l'artiste à manier la détrempe. Il avait signé cette peinture de grandes lettres ; malheureusement, la détrempe commençant à s'écailler, cette signature a été effacée lors d'une restauration récente. Plusieurs documents conservés aux archives de la province de Liège prouvent l'estime en laquelle on touait le talent de Lovinfosse au commencement de ce siècle. Une lettre des marguilliers administrateurs de la cathédrale de Liège, datée du 11 janvier 1809 et adressée au préfet du département de l'Ourthe, sollicite l'autorisation de faire peindre par par Lovinfosse quatre toiles pour orner le chœur de la cathédrale Saint-Paul, « ne connaissant que ce peintre, qui fût en état d'exécuter ces tableaux. » Ils devaient représenter : l'Ascension du Christ ; l'Assomption de la Sainte Vierge ;  La Conversion de saint Paul et le Martyre de saint Lambert. La rémunération de ce travail était fixée à trois mille six cents francs, et l'artiste demandait deux ans pour le fournir. Ces toiles devaient remplacer quatre grands paysages peints par Juppin, qui se trouvaient alors en fort mauvais état. La demande du conseil de fabrique fut renouvelée le 23 février de la même année. Le 8 mars suivant, le préfet répondit qu'il autoriserait volontiers cette dépense,  « le peintre auquel on se proposait de confier l'exécution des tableaux étant à même de répondre par ses talents à l'attente de la fabrique », s'il n'y avait pas à faire à l'église des réparations plus urgentes ou plus utiles. Quoi qu'il en soit, cette négociation n'eut pas de suite, et, quelques années plus tard, les tableaux furent commandés à d'autres peintres.

J Helbig.

Bulletin de l'Institut archéol. liégeois, t. VII, p. 428. -- Archives provinciales. -- Comptes communaux de la cité de Liège - Oeuvres de l'artiste. -- J. Helbig,  La peinture au pays de Liège et sur les bords de la Meuse, p. 449 et suiv.


(1) J. Helbig, La peinture au pays de Liège et sur les bords de la Meuse, p. 449 . 

 

 


 

22/01/2013