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DELLOYE (Henri-Joseph),
journaliste et publiciste, connu sous le surnom de Troubadour Liégeois,
né à Huy le 13 septembre 1752, mort à Liège le 25 septembre 1810. Issu
d'une famille ancienne et honorable, Delloye, après avoir fait ses humanités
dans sa ville natale, alla étudier la pharmacie à Paris, puis vint s'établir
à Liège. L'état qu'on lui avait imposé ne convenait guère à un tempérament
aussi mobile et aussi ardent que le sien. Un beau jour, Delloye abandonna
pilon, mortier et drogues, se saisit de son violon et partit pour Londres.
Mais l'artiste improvisé avait trop compté sur son instrument : il fut forcé
de travailler pendant deux ans dans des maisons de commerce. On le retrouve
ensuite menant la vie errante d'un acteur de province. Il paraît que dans
les villes de Bordeaux, Nantes, Arras et Reims, i1 occupa les premiers
rôles, non-seulement dans l'opéra, mais dans le drame et la comédie.
En 1794, Delloye se
trouvait à Paris, où il jouait sur les
théâtres des Boulevards, et entretenait des relations avec les membres les
plus ardents de la Convention nationale. Lié avec Hérault de Séchelles et
avec Legendre, qui ralliait ses partisans pour résister aux tendances
sanguinaires du tribunal révolutionnaire, il se rendit suspect à
Robespierre, qui triomphait alors de ses adversaires. Le 16 germinal, les
amis politiques de Delloye périrent sur l'échafaud, et lui-même déclaré
suspect, fut traduit devant la Commune. Après une détention d'un mois dans
la chambre d'arrêt de la mairie de Paris, on le transféra à Reims, où, après
trois autres mois d'emprisonnement (1), on le rendit à la liberté par
l'intervention d'un représentant du peuple. Pendant son emprisonnement,
l'idée vint à Delloye de fonder un journal. Il eut le temps de mûrir ses
projets et de se tracer une règle de conduite. Le 15 germinal (4 avril
1795), il fit paraître la
«Feuille Rémoise
»,
dont plus tard il changea le titre, qui
devint : Le Troubadour républicain , feuille rémoise de Henri Delloye.
Peu de temps après le journaliste songea, sans doute, à son pays, qu'il
n'avait pas revu depuis tant d'années. Il y revint au mois d'août 1795 et
dès le 22 septembre il publiait le ler numéro du Troubadour liégeois,
ci-devant feuille rémoise. Ce journal eut tout d'abord un succès
populaire. Quelques vieillards liégeois se souviennent encore d'avoir fait
queue au bureau de la feuille, pour en avoir plus tôt les piquants numéros.
Dans les cafés, même dans les familles, un lecteur désigné montait sur une
table pour en faire la lecture à haute voix. On peut se faire une idée de
l'intérêt qu'inspirait ce journal dans sa nouveauté, lorsque en le
parcourant l'on s'aperçoit, aujourd'hui encore, que, contrairement à la
règle générale applicable aux vieilles gazettes, il est bien loin de donner
de l'ennui. L'auteur cependant n'était doué ni d'un goût bien épuré, ni de
connaissances profondes, ni même d'un talent extraordinaire. Mais il avait
non-seulement du bon sens, mais une verve intarissable. C'était enfin une
vraie tiess' die hoïe ; un franc wallon goguenard, fidèle à la
devise : VÉRITÉ, GAIETE. Républicain convaincu,
il se montra toujours l'opposant acharné de tous les excès, de toutes les
cruautés révolutionnaires. Il n'appartenait nullement à ce parti qui tout en
se donnant, sans doute par antithèse, le nom de patriotes, avait
préparé et soutenait la domination de l'étranger. S'il fut souvent par trop
personnel dans ses attaques, du moins il ne versa le ridicule, comme il
l'assure souvent, que sur les hommes publics qui se livraient à des abus ou
à des persécutions. C'est là qu'est la supériorité de Delloye ; et il faut
lui savoir gré de ses hardiesses, à une époque où elles étaient fort
dangereuses. Grâce à ce caractère, son journal, aujourd'hui encore, ne
serait pas sans utilité pour l'historien qui voudrait retracer non-seulement
les faits, mais encore l'esprit de cette triste époque de la domination
française, au temps de la république et au commencement de l'empire.
La feuille de Delloye, dès les
quatre premières années de sa carrière à à Liége, ne fut pas interdite moins
de sept fois. L'acharné journaliste se faisait même emprisonner et traduire
devant le jury ; c'est ce qu'il demandait : cela lui donnait l'occasion de
publier des défenses, des messages, des pétitions au Directoire exécutif,
dans lesquels il déversait plus encore sa bile que dans son journal. Au
milieu des tracasseries qu'on lui suscitait sans cesse, Delloye fit preuve
d'un caractère invincible, d'une rare fermeté ; on le croyait abattu, dès le
lendemain il se redressait plus acharné et ses saillies, au lieu d'être
atténuées, devenaient plus vives.
D'un autre côté, c'était en vain
que Delloye, lorsque son journal était interdit ou menacé d'une nouvelle
saisie, en changeait le titre et le format. Les procès et les interdictions
continuaient à pleuvoir sur lui. Il résista cependant sous le Directoire ;
mais le Consulat se montra plus implacable, et l'empire mit fin à son
activité comme journaliste : la résistance alors était devenue impossible.
Son journal fut frappé d'un décret d'interdiction définitive le 16 juin
1809.
Le travail resta cependant pour
Delloye une habitude et un besoin. L'ex-journaliste se mit à coordonner les
matériaux qu'il avait recueillis pendant son séjour en Angleterre sur
l'industrie, le commerce et l'économie politique. Mais à peine eut-il lancé
ses Recherches sur la calamine comme ballon d'essai, que la mort vint
lui arracher la plume des mains. Usé avant l'âge par tant d'agitations, tant
de luttes, Delloye s'éteignit le 25 septembre 1810. Il ne survécut ainsi
guère plus d'un an à la suppression définitive de son Troubadour.
Voici quelques-unes des principales
publications de Delloye :
1. Journal publié, sous différents titres, à Reims puis à Liége, de 1795 à 1809, en
différents formats. La nomenclature de ces variations innombrables, dont
plusieurs n'ont duré que pendant quelques jours, entraînerait dans de
fastidieux détails bibliographiques. - Ce Journal est devenu très-rare ; on
n'en connaît même plus un seul exemplaire entièrement complet. L'Histoire
de l'an VI, la Fin du XVIIIe siècle et le Trouvère en tournée,
doivent être considérés comme faisant partie de cette collection. - 2. Résistance à l'oppression. Delloye, comédien au séminaire, sur de faux
motifs d'arrestation, pour servir à l'histoire des Robespierre. Reims,
an III, in-8° de 68 pages. - 3. Quelques mots au citoyen Defrance,
peintre. Liége (1797), in-8° de 8 pages. - C'est une réponse à une
brochure curieuse intitulée : Léonard Defrance, peintre, au Troubadour
liégeois. - 4. Message au Directoire exécutif, an VI, in-8°. - 5.
Pétition au Directoire. Liège, 1798, in-8°. - 6. Le
procès du Troubadour Henri Delloye, en jugement au tribunal criminel de
l'Ourthe. Liége, Bollen, an VII, in-8° de 320 pages. - 7. Almanach du
Troubadour H. Delloye, ans VI et VII. Liège, in-12 de 108 pages. - 8.
Recherches sur l'industrie nationale et spécialement sur les exploitations
et manufactures de la sénatorerie de Liége. Cet ouvrage devait paraître
par cahiers et former un volume de 500 pages in-8°. La première livraison
seule a paru sous ce titre : Recherches sur la calamine, le zinc et leurs
divers emplois. Liège, Dauvrin, 1810, in-8° de 96 et 16 pages, brochure
devenue très-rare. - 9. Moyens à employer pour augmenter la prospérité
commerciale et industrielle du pays. Ce travail est resté manuscrit.
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