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Gilles-Joseph-Evrard Ramoux




 

 

 

 

 


 

 

 

Joseph Defrecheux.
Biographie nationale T. XVIII,  pp. 635 et suiv.
publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des Beaux-arts de Belgique
Bruxelles, 1897.

RAMOUX (Gilles-Joseph-Evrard), littérateur, botaniste et musicien, né à Liége, en janvier 1750, mort à Glons, le 8 janvier 1826. D'après les registres baptistaires de la paroisse Saint-Christophe il était fils de Michel et de Marie-Catherine Jacquemin, et il fut tenu sur les fonts par Evrard Gordenne et Marguerite Ramoux, en l'église Saint-Adalbert, le 21 janvier 1750. Charles de Chênedollé, son premier et principal biographe, se trompe donc en reportant la date de cette naissance au 4 février suivant. Il mourut à Glons, inopinément ; on le trouva sans vie, dans son lit, le matin du 8 janvier 1826, et non 1825, comme l'écrit Oettinger. Dans l'acte qui constate le décès, la mère du défunt est, par erreur, dénommée Marie-Catherine Jamin.

   Joseph Ramoux a fait ses études dans sa ville natale. Dès l'année 1761, il suivait les cours du collège des jésuites wallons, où il brilla par ses aptitudes variées et l'excellence de son caractère ; puis il entra au séminaire ; continuant à se distinguer, il y obtint une bourse à la suite d'un concours. Il se rendit alors en Hollande et, pendant quelque temps, occupa une place de premier chantre à Amsterdam. Cependant, le 21 juillet 1773, le pape Clément XIV, par son bref Dominus ac Redemptor, supprima l'ordre des jésuites. Une des conséquences de cette importante mesure fut la désorganisation de l'enseignement secondaire dans les pays catholiques. A cette époque, on le sait, les membres de la fameuse compagnie étaient à peu près les seuls instructeurs de la jeunesse. Pour remédier, en ce qui le concernait, à cette situation, Velbruck, alors prince-évêque de Liège, rappela, entre autres, Ramoux dans sa patrie et le plaça, quoiqu'il fût bien jeune encore, à la tête du grand collège, en double qualité de principal ou proviseur et de professeur de rhétorique.

   Pendant onze années, il remplit ces fonctions avec tant de tact et d'autorité qu'il ne fit point regretter ses prédécesseurs. Entre-temps, quelques Liégeois pensèrent à se créer un centre intellectuel pour cultiver en commun les sciences, les lettres et les arts. Dans ce but, une réunion préparatoire se tint le 22 avril 1779 chez Ramoux qui, pour la circonstance, prononça une courte allocution. A cette séance, outre l'abbé et son frère Pierre-Michel, assistaient de Lignac, Dreux, Lucion, Tutot et Villette. On élabora un projet de règlement et, le 2 juin suivant, en assemblée publique, sous la présidence d'honneur de Velbruck, était solennellement inaugurée La Société d'Emulation de Liége. On sait qu'elle joua un rôle dans les graves événements politiques qui se déroulèrent quelque dix ans plus tard. Joseph Ramoux fut nommé administrateur et bibliothécaire du nouveau cercle. Il conserva ces charges jusqu'en 1784. Le 16 mars de cette année, l'abbé Antoine-Thomas Lebrun, titulaire de la cure primaire de Glons, mourut à Liége. Ramoux se vit désigné pour lui succéder dans cet important office qu'il remplit jusqu'au jour où la mort vint le surprendre lui-même. Quand Ramoux fut envoyé sur les bords du Geer, il venait de perdre son ami et protecteur, le prince Velbruck, décédé le 30 avril 1784. D'autre part, de Chênedollé, dans sa Notice nécrologique (p. 6 et 8), dit : « La cure de Glons lui fut offerte avec des instances si honorables qu'il ne put la refuser ». Puis le biographe ajoute que, plus tard, sous l'Empire français, il résista aux prières de ses supérieurs ecclésiastiques et séculiers qui lui offraient une cure primaire à Liége. En rapprochant ces diverses circonstances, on peut supposer, sans invraisemblance, que la promotion de Ramoux à Glons fut une disgrâce mal déguisée. L'abbé n'avait pas, sans doute, l'heur de plaire au nouvel évêque. A peine installé, Ramoux s'imposa comme devoir de travailler le plus possible à l'amélioration matérielle, intellectuelle et morale de ses ouailles. Il ne faillit point à sa tâche. Il avait la parole éloquente et persuasive ; ses prônes, toujours préparés avec soin, trouvaient de l'écho dans les âmes. Appréciant ce talent oratoire, un de ses anciens élèves, le poète liégeois Dieudonné Malherbe, lui écrivait entre autres choses en 1802 : « Rien n'est capable de m'ôter le souvenir du charmant organe, du jeu facile, noble et pittoresque avec lesquels je vous ai vu porter la déclamation à son dernier période, en un mot de ce que Cicéron appelle l'Eloquence du corps, que vous possédez au plus haut degré et qui, non moins essentielle que celle de l'esprit pour opérer la persuasion, caractérise, lorsqu'elle lui est réunie, le parfait orateur ».

   Non content de prodiguer les secours spirituels à ses paroissiens, il se montra en outre administrateur habile et magistrat de paix et de concorde. Il inculqua aux villageois des notions pratiques d'hygiène, et les détermina à assainir leurs habitations. A peine la vaccine fut-elle pratiquée à Liége que Ramoux s'empressait de la faire connaître dans son district, d'en vanter les bienfaits et de la défendre contre ses détracteurs. Il fit aussi la guerre à la mendicité et sut détourner les paysans de la funeste manie des procès. Par la douceur, la persuasion, les bienfaits, il s'attachait tous les cœurs, ramenait les esprits égarés et rétablissait l'union entre ceux de ses paroissiens que divisaient des questions d'intérêt. Telle fut son influence que, peu de temps après son arrivée, il n'exista plus à Glons un seul débat judiciaire. Plus tard, le baron Desmousseaux, préfet du département de l'Ourthe, le surnomma avec raison le Législateur des bords du Jaer. Pendant la révolution française, Ramoux, obéissant aux prescriptions de sa conscience, resta à la tête de son canton et prêta le serment constitutionnel. En agissant ainsi, il se conformait d'ailleurs à la décision prise par la conférence ecclésiastique tenue le 14 septembre 1797 en l'ancienne église collégiale de Saint-Pierre, à Liége, de par le comte Hyacinthe de Rougrave, à ce moment vicaire général capitulaire du diocèse. Après la tourmente révolutionnaire, les avantages de la cure de Glons se trouvèrent considérablement réduits. Le préfet Desmousseaux et l'évêque Zaepfell offrirent successivement à Ramoux, et en insistant, les cures primaires de Saint-Jacques et de Saint-Barthélemy, à Liége. Mais il les refusa et répondit : J'ai épousé la cure de Glons lorsqu'elle était riche et je la garderai pauvre.

   Le titre principal de Ramoux à la reconnaissance de ses compatriotes, c'est d'avoir puissamment avivé la confection et le commerce des chapeaux de paille. On a dit parfois qu'il était le créateur de ce métier ; rien n'est moins exact. Dans une de ses plus dramatiques légendes, Le cilice de paille, Marcellin La Garde a raconté, d'après des notes laissées par Ramoux et dont il lui a été donné communication, l'origine de l'industrie à laquelle la vallée du Geer doit sa prospérité. Selon ce conte - qui, d'ailleurs, ne repose sur aucun fonds de vérité - elle aurait pris naissance dès le commencement du XIVe siècle, au château de Brus, à Glons. Quoi qu'il en soit, il est prouvé par des documents authentiques, en date de 1704, qu'elle avait déjà une certaine importance au début du XVIIIe siècle. Pendant une centaine d'années encore elle demeura stationnaire, jusqu'au jour où Ramoux lui donna un prodigieux et rapide développement. Energique, actif, il s'initia au métier ; puis, se rendant de ferme en ferme, de maison en maison, il enseigna à chacun - homme, femme, enfant - à tresser la paille avec dextérité. Esprit inventif, il imagina un ingénieux instrument, encore en usage aujourd'hui, appelé dans le dialecte local Ustèye, c'est-à-dire l'outil par excellence. Ce petit engin, en bois ou en fer, est une sorte de cylindre dont on se sert pour fendre la paille. La première ustèye a été confectionnée, sur les indications de Ramoux, par le menuisier Arnold Henrotte, de Glons, grand-père maternel de Mr Depaifve-Spée, actuellement (1904) bourgmestre de cette commune. C'est encore Ramoux qui donna l'idée du Molin â stou, autre petit cylindre servant à assouplir la paille. Grâce à ces perfectionnements, on fit des tresses d'une finesse merveilleuse, on varia les genres et les dessins à volonté. On put enfin teindre et blanchir convenablement et l'on vendit, dans les principales contrées de l'Europe, des chapeaux connus sous le nom de Chapeaux de Glons. Ramoux fut secondé dans sa tâche par l'un de ses protégés, le Liégeois Mathieu-Guillaume Delvenne qui, pendant près de trente années, exerça à Glons les fonctions d'instituteur et de secrétaire communal. En 1822 et 1824, à l'instigation de son fondateur, la Société libre d'Emulation de Liége songea à encourager la fabrication des chapeaux. Elle institua un prix de cent francs à décerner au chapeau de paille fabriqué dans le pays et pouvant rivaliser avec ceux d'Italie. Il fut remporté par Nicolas Lacroix, de Vonck. En quelques années, Ramoux avait changé un modeste métier en une industrie qui attira la sérieuse attention des hommes politiques et des économistes. D'après Thomassin (Mémoire statistique du département de l'Ourte, p. 461), en 1810, la fabrication des chapeaux de paille occupa, pendant le temps de l'hiver et du désœuvrement, plus de deux cents familles de cultivateurs du canton de Glons et des environs. En cette même année, tandis que le produit de la fabrication s'élevait à la somme de 422,000 francs, le salaire des ouvriers de toute espèce montait à celle de 232,500 francs. Aujourd'hui, plus de quarante villages doivent leur prospérité à l'intelligent philanthrope. La propreté qu'exige le maniement de la paille, le soin et l'adresse que réclame le tressage, l'aisance qui règne dans chaque famille par suite des gains réalisés donnent aux habitants des bords du Geer une espèce de distinction et d'élégance qui les caractérisent et établissent une différence entre eux et la généralité des populations des autres communes rurales de la Hesbaye.

   A Glons, Ramoux se chargea aussi de l'éducation de quelques jeunes gens de bonnes familles et forma des élèves qui se distinguèrent. On cite parmi ceux-ci : le comte de Renesse-Breidbach et Jamar qui devinrent sénateurs, le baron de Thier, de Canne, etc. Enfin il utilisa ses rares moments de loisir en faisant avec succès de la littérature, de la botanique ou de la musique. Il a composé en latin, en français et en wallon, mais il a peu publié. Voici, d'après nos recherches et dans l'ordre chronologique, la nomenclature de ses œuvres :

-  1° ouverture de la première assemblée, tenue le 22 avril 1779, pour concerter le plan de la Société d'Emulation. Tel est le titre spécial que porte la petite allocution dont il a été parlé plus haut. Elle comprend les pages 3 et 4 d'une brochure in-4° intitulée Plan de la Société d'Emulation établie à Liége, sous la protection de Son Altesse Celsissime. Liège, imprimerie de la Société (Tutot), 1779. Elle a été reproduite par Ulysse Capitaine dans sa Notice historique sur la Société (Annuaire pour l'année 1856, p. 43 et 44).

 - 2° Un discours fut prononcé par Ramoux, à la séance publique et solennelle du 18 juillet 1779, pour l'inauguration du buste du prince-évêque. Nous n'avons pu le retrouver et nous ignorons s'il est demeuré inédit ou non.

 - 3° Duo liégeois. Sur l'air du duo des EVÉNEMENS IMPRÉVUS : J'aime Philinte tendrement, par M. Ramoux. Cette pièce, écrite en wallon, se trouve pages 20-23 d'un opuscule in-8° qui a pour titre : Séance publique tenue par la Société d'Emulalion, le lundi 23 décembre 1782, à l'occasion de M. Grétry, l'un de ses associés honoraires. A Liége, de l'imprimerie de la Société, 1783. Le duo en question est réimprimé, avec ou sans nom d'auteur et le titre de Parodèie ligeoisse, dans les éditions du XVIIIe et du XIXe siècle du Thèàte ligeois ou Novai armanack ligeois. On l'a aussi réédité en 1805, sans nom d'auteur, mais avec de notables changements, dans une brochure in-4°, dont le titre, un peu long, est libellé comme suit : « Programme du grand concert, vocal et instrumental, destiné à embellir la fête préparée à Monsieur le comte François-Joseph-Charles-Marie de Mercy-Argenteau, chambellan de S. M. l'Empereur des François, et à Madame la princesse Thérèse-Henriette de Paar, son épouse ; à l'occasion de leur retour de Paris ; au château d'Argenteau sur Meuse, le 9 mai  1805. A Liège, T. Teichmann  ».

- 4° A la séance donnée par la Société d'Émulation, le 23 décembre 1782, on exécuta aussi un duo, en français, de Ramoux. Il est resté inédit et il est composé sur un air de Céphale et Procris, de Grétry.

 - 5° Chanson. Air : Sur la marche nationale, avril 1790. C'est sous ce titre banal et peu explicite, en forme de feuille volante in-4°, sans nom d'auteur, ni d'imprimeur, ni de lieu, que parut, pour la première fois, l'hymne qui reste connu sous la dénomination de Valeureux liégeois. La nouvelle chanson a été composée probablement sur la demande de Lambert-Joseph de Donceel, commandant des milices liégeoises et, en tout cas, à la suite d'un appel adressé à la nation « En l'assemblée des seigneurs Bourgmestres et Conseil, Maitres et Commissaires de la noble Cité de Liége, tenue le 26avril 1790 ». Elle ne comptait que deux strophes, avec refrain, et devint bientôt populaire, grâce aux circonstances et surtout grâce à la vieille mélodie sur laquelle ses paroles sont écrites. L'ayant adoptée en guise d'hymne national, les Liégeois l'entonnèrent comme chant de réjouissance et de combat. Elle fut bientôt réimprimée avec des variantes et trois nouveaux couplets étrangers à la plume de Ramoux. Dans le but de le rendre ridicule et même odieux, ses ennemis politiques firent circuler, dès le mois de février 1791, une chanson, en cinq strophes, sur l'air du Valeureux Liégeois, remplie d'insinuations méchantes et dont voici le refrain :

 Va, curé de Glons,
      Quitte tes chansons,
              Reprends ton bréviaire!
              Quand tu veux chanter,
Va sur ton jubé
                       Tu ne pourrais mieux faire.

   Quelque temps après, pour dissiper toute équivoque, Ramoux proteste en ces termes : « L'auteur des deux strophes, ci-devant connues : Valeureux Liégeois, etc., déclare de n'avoir . aucune part aux couplets qui commentent par ces mêmes mots et qui se trouvent dans le troisième recueil récemment imprimé (en décembre 1792), chez J.-B. Dumoulin. La note malicieuse, qu'on y lit, l'oblige à rendre publique sa déclaration ». (Gazette nationale liégeoise du mercredi 9 janvier 1793. Avertissements.)  En 1814, le comte de Zinzendorff, commandant des chasseurs tyroliens, vint loger chez le curé Ramoux. L'étranger ayant entendu parler du chant composé par son hôte, le pria de le lui faire entendre, ce à quoi Ramoux se prêta gracieusement. Le commandant applaudit beaucoup, trouva l'air harmonieux, mais il avoua qu'il ne comprenait pas les paroles. Aussitôt Ramoux improvisa la traduction du refrain en latin. Ulysse Capitaine, à qui nous empruntons ce détail, l'a insérée dans son étude sur Le chant national liégeois. Les couplets de cet hymne n'ont aucune valeur littéraire : dépourvus de lyrisme, ils ne sont ni bien émouvants ni bien poétiques et se ressentent du mauvais goût du siècle. Aujourd'hui, si la mélodie est restée très populaire, nulle mémoire n'en retient les paroles. Cependant, elles ont été très souvent rééditées. On les trouvera, entre autres, avec air noté, dans les publications suivantes : Bulletin de l'Institut archéologique liégeois. Liége, 1854, t. II, p. 110-118. -- Menu illustré de la Société liégeoise de littérature wallonne. XIIe menu, 30 décembre 1871. -- Patria Belgica. Bruxelles, 1875, t. III, p. 827 et 828. -- L'Ame wallonne. Liège, 1899, 2e année, nos 29 (56) et 31 (58) et Le chansonnier des étudiants belges. Bruxelles, 1901, p.98. -- Citons encore l'édition publiée en 1858 par le chanoine Nicolas Henrotte, in-8° de 2 ff. gravé, avec musique.

- 6° Chanson po l'révèrain Monsieu Pierre Poisket, instalé curé d'Othaie li 2 mârs 1794. A Lîge, amon Bourguignon, imprimeur dè Prinss. In-4° de 4 pages avec deux chronogrammes en latin. Cette poésie, anonyme, est attribuée à Ramoux. L'abbé Poisket fut, en effet, pendant de longues années, vicaire à Glons avant d'être promu à la cure d'Othée. Certaines allusions semblent confirmer l'attribution précédente, bien que la chanson soit censée dite par un habitant d'Othée qui vante les vertus du nouveau curé et se félicite de l'avoir comme pasteur.

- 7° Aduaticae, Tungrorum civitati, carmen. Maio 1797 offerebat Josephus Ramoux, parochus in Glons-ad-Jecoram. Leodii. Placard in-folio, à 2 colonnes, sans nom d'imprimeur. Ce poème compte 72 vers, parmi lesquels il en est de fort beaux ; l'auteur y fait le panégyrique de Tongres et chante une partie des vertus de la fontaine de Pline. L'élégante facilité de ces vers doit faire croire que ce n'est là ni son coup d'essai ni sa seule œuvre poétique latine. Cette pièce a été reproduite avec, en regard du texte, une traduction en vers français par le Liégeois Dieudonné Malherbe (Hommage à la Société d'Emulation ou Galerie de portraits d'auteurs et d'artistes liégeois. Liége, Bourguignon, an X, 1802, p. 12 à 17). Malherbe, ancien élève de Ramoux, lui a dédié son livre, dans lequel, page 27, on trouve, en outre, un quatrain consacré à l'abbé. L'Aduaticae carmen a été réimprimé par François Driesen, à la suite de son article sur La fontaine de Pline à Tongres (Bullelin de la Société scientifique et littéraire du Limbourg, Tongres, 1856, t. III, p. 97-99). En outre, il a été traduit en flamand par le docteur Michel Stevens, de Tongres.

- 8° Complainte d'une pauvre botresse. Air et paroles de M. R..., de Glonds. Cette chanson, restée très populaire, est un des joyaux de la littérature wallonne. En un langage pittoresque et plein d'aisance, l'auteur s'y fait l'écho fidèle des lamentations et doléances d'une femme d'ivrogne, se plaignant, avec raison, d'être malheureuse en ménage. Elle a été publiée dans Trouverre en tournée chez francs-français, par Henri Delloye. Liége, 1804, an XIII, p. 22. Elle ne se composait alors que de quatre strophes. Depuis, elle a été très souvent rééditée, parfois sous le titre de Li mâ mariêye, avec deux couplets supplémentaires dont le premier est très probablement de Ramoux, tandis que l'autre est du poète liégeois Henri Forir. On trouvera la complainte, avec musique, dans le Choix de chansons et poésies wallonnes recueillies par François Bailleux et Joseph Dejardin. Liége, 1844, p. 93, 94 et 214 ; dans le Recueil d'airs de crâmignons, par Léonard Terry et Léopold Chaumont. Liège, 1889, p. 181 et 182, et dans le Chansonnier des étudiants belges, p. 374.

- 9° A très-Honorés époux, Monsieur Constantin de Geloes-Eysden, etc., madame Marie-Anne de Renesse-Lexhi, etc., le 20 janvier 1810, jour de la célébration de leur mariage. J. Ramoux, curé du canton de Glons-Ourte. In-4°, sans nom de lieu ni d'imprimeur, 3 p., 7 strophes.

- 10° En 1816, à l'occasion du mariage de Guillaume, prince d'Orange, avec Anna-Paulowna, sœur de l'empereur de Russie, on plaça momentanément sur la maison communale de Glons une inscription en latin composée par le curé Ramoux. Elle est reproduite par le Journal de la province de Liége, n° 254, du dimanche 27 octobre 1816.

- 11° La bibliothèque de l'université de Liège, fonds Ulysse Capitaine (catalogue des livres, n° 7135, manuscrits, n° 175) conserve plusieurs autographes de Ramoux, savoir : Huit lettres ayant trait à des incidents de la vie ordinaire et quelques chansons de circonstance, sans grande valeur littéraire.

- 12° En outre, à sa mort, notre poète a laissé quantité de pièces de vers manuscrites, tant françaises que wallonnes. Son neveu, Michel-Joseph Ramoux, décédé le 25 mars 1855, s'était proposé de livrer à l'impression un choix de ces œuvres. Mais, jusqu'à ce jour, il n'a pas été donné suite à ce projet.

- 13° Le curé de Glons était surtout curieux de tout ce qui tenait à l'histoire et aux traditions de la contrée qu'il habitait, et il a rédigé de nombreuses notes sur les communes de la vallée du Geer et des environs. La plupart de ces manuscrits existent encore et se trouvent chez divers membres de la famille, notamment chez Madame la douairière de Stockhem à Amay.

   Ramoux faisait de la botanique en amateur : il n'a rien publié dans ce domaine. Cependant, il était très versé en cette science, du moins au dire d'Etienne Dossin, l'auteur du Catalogue des plantes qui croissent spontanément dans le département de l'Ourthe. Le savant botaniste liégeois lui a dédié son recueil en termes très flatteurs : Veneratissimo domino Josepho Ramoux, parochiœ Glons-ad-Jecoram pastori dilecto, scientiae botanicœ litterarumque cultori eximio, etc. Le 6 prairial an X (26 mai 1802), Ramoux présenta, en séance du Conseil d'agriculture, du commerce et des arts, des considérations sur l'utilité de la création d'un jardin botanique à Liége. En 1806, il était membre de la Société libre des sciences physiques et médicales de Liége. En cette qualité, il fit, avec le chimiste Duponchel et le naturaliste Vittu, partie d'une commission qui, sur la demande du préfet, le baron Micoud-d'Umons, dressa un tableau des insectes et des plantes qu'on trouve dans nos contrées. Thomassin, chef de division à la préfecture, a très probablement utilisé ce document quand il a colligé son Mémoire statistique.

   Joseph Ramoux aimait beaucoup la musique et connaissait très bien cet art. Il était doué d'une belle voix de baryton, jouait du violon avec facilité et composa différents petits airs. On lui attribue parfois la mélodie du Valeureux Liégeois, mais à tort. Cette mélodie, dont l'origine n'est pas connue, était déjà populaire à Liége à l'époque de Jean-Théodore de Bavière, (1744-1763). D'ailleurs, dans la première édition de son œuvre, l'auteur lui-même écrit textuellement « air : Sur la marche nationale » et non triomphale, comme on l'indique presque toujours par erreur.

    En résumé, Gilles-Joseph-Evrard Ramoux fut un esprit d'élite et, ce qui vaut infiniment mieux, un cœur d'or, qui, toujours, mit son savoir et son intelligence au service de la charité la mieux comprise et de la philanthropie la plus éclairée. Le talent semble héréditaire dans certaines familles : notre abbé eut pour frère cadet Pierre-Michel, qui fut un chirurgien de valeur, et pour neveu et arrière-neveu Michel-Joseph, écrivain distingué, et Alphonse, enlevé tout jeune, alors que d'heureuses dispositions musicales lui assuraient un brillant avenir.

  Joseph Defrecheux.

de Chênedollé, Notices nécrologiques sur MM. G.-J.-E. Ramoux et H.-N. baron de Villenfagne (Liége, J. Desoer, 1826 ; extrait du Journal de la province de Liége), p. 5-8. -- Picard, Procès-verbal de la séance publique tenue le 12 juin 1828 par la Société libre d'Emulation de Liége (Liége, Lemarié, 1828), p. 24 et 25. -- Delvenne, Biographie du royaume des Pays-Bas (Bruxelles, Tarlier, 1829), t. II, p. 276-278. -- de Becdelièvre, Biographie liégeoise (Liége, Jeunehomme, 1837), t. lI, p. 695-698. -- Pauwels-deVis, Dictionnaire biographique des Belges (Bruxelles, Perichon, 1843), p. 185 et 186. -- Del Vaux, Dictionnaire biographique de la province de Liége (Liége, Oudart, 1845), p. 103. -- Biographie générale des Belges morts ou vivants (Bruxelles, Muquardt, 1849), p. 168 et 169. -- Ulysse Capitaine, Le chant national liégeois, dans le Bulletin de l'institut archéologique liégeois (Liége, Carmanne, 1854), t. Il, p. 110-118. -- Oettinger, Bibliographie biographique universelle (Bruxelles, Stiennon, 1854), t. II, col. 1491. -- Bulletin de la Société liégeoise de littérature wallonne (Liége, Carmanne, 1859), t. Il, p. 396. -- Fétis, Biographie universelle des musiciens (2e édition, Paris, 1864), t. VII, p. 180. -- Albin Body, Bibliographie spadoise (Bruxelles, Olivier, 1875), p. 65. -- Henaux, Histoire du pays de Liége (3e édition, Liége, Desoer, 1874), p. 604-605. -- Durand, Reliquiœ Dossinianœ, dans Bulletin de la Société royale de botanique de Belgique (Gand, Annoot, 1875), t. XIV, p. 67. -- Marie Defrecheux, Roclenge-sur-Geer et la fabrication des chapeaux de paille, dans Journal Frranklin, n° 30, 27 juillet 1884. -- Malherbe, Société libre d'Emulation de Liége. Liber memorialis (Liége, Léon de Thier, 1879), p. 187, 191, 195 et 517. -- de Theux, Bibliographie liégeoise (2e édition, Bruges, Desclée, 1885), col. 661, 683, 733, 795 et 1134. -- Le tressage de la paille, dans Almanach Franklin pour 1886 (Liége, Desoer), p. 41-48. -- Publications de la Société historique et archéologique dans le duché de Limbourg (Maestricht, 1888), t. XXV, p. 429-432. -- Defrecheux et Gothier, Anthologie des poètes wallons (Liège, Gothier, 1895), p. 241-244. --Van Duyse, Het eenstemmig fransch en nederlandsch wereldlijk lied in de belgische gewesten van de XIe eeuw tot heden, dans Mémoires couronnés et autres mémoires publiés par l'Académie royale de Belgique, in-8°, t. XLIX (Bruxelles, Hayez, 1896), p. 345. -- Colson, A propos des chansons, dans Wallonia (Liége, Thône, 1896), t. IV, p. 69-73. -- Ansiaux, L'industrie du tressage de la paille de la vallée du Geer (Publication de l'office du travail). Les industries à domicile en Belgique (Bruxelles, Lebègue, 1900), t. II, p. 16-19. -- Olijff, L'histoire des industries de la paille en Belgique, dans La vallée du Geer, journal hebdomadaire, 4 février 1904, nos 6 et suiv. -- Renseignements particuliers de MM. P. Boonen, curé-doyen, J. Dejardin, secrétaire communal, à Glons, et de Mr Fr. Olijff, à Roclenge-sur-Geer.

 

 

 

 

22/01/2013