De Liege, le 20 août 1789.
La révolution qui vient de s'opérer dans
notre gouvernement, offre un de ces grands traits qui peignent tout à la fois, &
l'énergie d'un Peuple qui réclame fes droits, & la juftice du Prince qui fe rend aux
voeux des citoyens.
Le trop fameux règlement de 1684, étoit devenu un fujet de troubles parmi
nous; établi & foutenu par la force, la nation demandoit qu'il fût aboli, & il
l'a été le 18 de ce mois, jour mémorable où SON ALTESSE a pu s'affurer, par les
acclamations & les tranfports de son peuple, combien elle en était aimée.
Dès le matin, les citoyens s'étaient tranfportés à l'hôtel-de-ville pour
y former une nouvelle Régence, & à l'inftant même elle fut faite par acclamation.
Les deux nouveaux Bourgmeftres font MM. de Fabry & de Cheftret, auxquels on donna deux
co-Régens, MM. de Laffence & de Cologne. Un nouveau Confeil a été formé fur le
champ. Auffi-tôt une Milice Bourgeoife a pris la cocarde nationale, ainfi que les
Citoyens de toutes les claffes; & un cortège immenfe marchant fous des drapeaux eft
allé au devant de S.A., qui entra dans la capitale au milieu des cris de joie & des
bénédictions de tout un peuple.
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On avoit ôté les
chevaux de la voiture, & chacun fe difputoit l'honneur de conduire fon Prince à
l'hôtel-de-ville, où il donna la fanction à tout ce qui s'était fait pendant la
journée. Il faut avoir été témoin de cette révolution pour s'en faire une idée.
Jamais peut-être les fentimens de l'alégreffe univerfelle n'ont éclaté avec autant de
vrai patriotifme. Les divifions, les partis oppofés fe font réunis, pour ne plus former
qu'un peuple d'amis, de frères. Et ce qui rendra cette journée fameufe dans l'hiftoire,
unique peut-être, dans les annales des nations, c'eft qu'elle ne coûte pas une larme à
l'humanité..... le fang n'a pas fouillé le triomphe du patriotifme !
Hier à trois heures après-midi, toute la Milice Bourgeoife s'eft rendue à
la cathédrale, pour y affifter au te Deum, chanté en action de grâces de cette
heureufe & mémorable journée.
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