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A. Borgnet
Histoire de la révolution Liégeoise de 1789 : 1785 à 1795, d'après les
documents inédits,
2 vol.,
Liège, 1865, T. II, pp. 237et suiv. |
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il fut décidé de transformer les futurs
conventionnels en administrateurs provisoires, sauf aux électeurs à en nommer d'autres
à ce dernier titre, s'ils le jugeaient convenable. La chose fut annoncée au peuple (3
janvier 1793) par une proclamation des commissaires de la Convention (1), qui lui disaient : « Le décret du 15 décembre n'a
été, à votre égard, que la confirmation de ce que vous aviez déjà fait. Une seule
différence entre vos opérations et les expressions du décret mérite quelque attention.
Vous aviez pensé pouvoir procéder, dès les premiers moments, à la nomination d'une
Convention nationale; les représentants du peuple français vous avertissent de la
nécessité d'établir d'abord une administration provisoire.... Vous formerez donc avant
tout cette administration; mais cette nécessité n'allongera point vos opérations :
toutes les dispositions relatives à la nomination d'une Convention nationale peuvent
subsister. »
Quoique revêtue de formes courtoises, l'injonction n'en était pas moins réelle, et les
élections, qui n'étaient terminées qu'à Liège même, s'en ressentirent; la déception
produisit le découragement, et Bassenge ne nous semble pas en avoir signalé la
véritable raison, quand il l'attribue exclusivement à la confusion que produisirent dans
les idées les dispositions du décret, différentes des instructions données aux
missionnaires qu'on avait envoyés dans les différentes parties du pays (2). Pour ouvrir les séances, on dut attendre jusqu'au 15
février, quoiqu'on eût, dès le 1er, appelé à se réunir aux représentants de la
capitale ceux qui seraient nommés dans les autres districts (3); et encore ne put-on, à cette époque, réunir que
soixante-et-un membres, c'est-à-dire la moitié plus un , nombre rigoureusement
nécessaire pour délibérer. Après avoir consacré sa première séance (15 février) à
vérifier les pouvoirs des élus, la seconde (16) à se constituer (4), ces représentants d'une partie seulement du pays votèrent
à l'unanimité, mais en leur nom particulier, la réunion à la république française.
Malgré toutes les peines qu'on se donna pour la compléter, cette assemblée ne
comprenait que soixante-treize membres à la veille de l'évacuation du pays (5).
A l'époque où
l'assemblée entra en fonctions, cette question de la réunion avait déjà été résolue
affirmativement à Liège même, et dans un grand nombre d'autres communes. Nous avons
déjà eu l'occasion de dire quelle était à cet égard l'opinion de la majorité des
exilés. L'initiative fut encore prise par les hommes du pays de Franchimont. Le 23
décembre, les administrateurs de Spa et de Theux convoquèrent les habitants de ces deux
petites villes et des villages voisins, « pour établir les bases d'une
nouvelle organisation sociale. » Après avoir proclamé les droits de l'homme en
société, la déchéance du prince-évêque, la rupture. de tout lien avec l'Empire
germanique, l'abolition des prestations féodales et le principe d'une indemnité pour les
patriotes opprimés, l'assemblée - à l'unanimité, porte le
procès-verbal (6}- déclara son intention de
demander la réunion à la France. Deux communes seulement s'étaient prononcées;
mais comme il avait été décidé que les autres seraient invitées à accéder à ce
vote, on convoqua les députés du congrès franchimontois de 1790; le 26, ceux-ci
approuvèrent la résolution prise le 23, mais en réservant la ratification de leurs
commettants. Cette ratification fut donnée peu de jours après, et consignée dans le
procès-verbal de la séance du 7 janvier (7), à
laquelle assistèrent les députés de toutes les communes. Ce procès-verbal renferme en
outre ce renseignement : « Des députés de Theux et de Spa, qui ont eu l'occasion de
parler à Spa et à Liège aux citoyens Danton, Delacroix et Gossuin, membres de la
Convention, ont fait rapport que , leur ayant communiqué le contenu des vux émis
par ces communes et adoptés par les députés des pays de Franchimont, Stavelot et Logne,
ces commissaires ont témoigné d'être très satisfaits de cette marche, et souhaité
ardemment qu'elle soit suivie par tout le pays de Liège et autres circonvoisins. »
Avant même que la décision du congrès eût été ratifiée par les assemblées
primaires, l'un des députés, celui même qui peut être envisagé comme le promoteur de
la mesure, Brixhe de Spa, s'était présenté à la séance de la Société des amis de la
liberté et de l'égalité, et y avait donné lecture de la résolution. « A cette
lecture, souvent interrompue par des applaudissements, porte le compte-rendu (8), ont succédé diverses motions. Des membres demandaient que
les communes du pays de Liège fussent invitées à exprimer leur vu sur la réunion
à la France, au moment même qu'elles nommeront leurs députés à la Convention.
D'autres voulaient au contraire qu'on attendît, pour consulter le peuple, que les
représentants eussent, par une discussion grave et solennelle, dissipé tous les doutes,
détruit toutes les objections qu'on pourrait former. D'un autre côté, on demandait
l'ajournement, afin de se préparer à la solution d'une question d'où dépend la
félicité nationale. L'assemblée a adopté un medium : elle a arrêté qu'un
comité nommé sur-le-champ s'occupera de cette matière intéressante et neuve, recevra
les idées des citoyens, et fera son rapport en conséquence. » Sans être défavorable,
l'accueil fait à la communication de Brixhe ne montrait pas au moins l'intention de voter
sans se donner le temps de la réflexion , et il prouve que la Société liégeoise des
amis de la liberté et de l'égalité n'était pas, comme celles des villes Belges,
tombée aux mains des anarchistes. La rédaction du rapport demandé au comité fut
confiée à Bassenge (9) Cette pièce
importante mérite d'être analysée, car elle énumère les motifs qui poussèrent les
patriotes à voter la réunion.
On y établit d'abord la nécessité pour la principauté de Liège de rompre le lien qui
l'unit à l'Empire germanique. Le rédacteur se demande ensuite ce qu'il convient de
faire, ce lien étant rompu : se constituera-t-on en république isolée, ou bien
s'unira-t-on à la Belgique sous la protection de la France ? Ces deux combinaisons sont
également impraticables la France ne consentira pas à sortir de son repos ni à prodiguer
ses ressources pour soutenir d'aussi petits États, et les Belges, par les principes
qu'ils défendent, ne se montrent point disposés à une fusion avec nous. Reste la
réunion à la France, qui nous assurera la liberté et la sécurité. Quels
inconvénients y trouve-t-on ? La perte de nos domaines nationaux, au préjudice des
victimes de la tyrannie qu'ils sont destinés à indemniser, l'obligation de partager la
dette de la France et de recevoir ses assignats ? Rien n'empêche de déclarer que ces
victimes seront préalablement indemnisées. Quant à la dette, il ne faut pas
oublier que nous en avons une aussi relativement fort considérable, dont la France devra
se charger en acceptant la réunion. La question des assignats est grave sans doute, à
cause de la perturbation qu'elle peut jeter dans les transactions privées; mais il
n'est pas impossible d'amoindrir le mal en ne donnant par exemple cours obligatoire aux
assignats que pour les opérations postérieures à la réunion. On ne doit pas d'ailleurs
à cet égard exagérer les craintes; si le papier-monnaie est momentanément
déprécié, il ne tardera pas à se relever avec le crédit d'un grand et riche pays, et
avec les garanties que présente une hypothèque dont nos domaines nationaux augmenteront
encore l'importance. Puis, n'oublions pas que ces inconvénients seront amplement
compensés par les avantages matériels de toute espèce que nous assure la réunion à la
république française. Une dernière considération : cette réunion peut seule nous
assurer la liberté, et c'est la, à coup sûr, un résultat qu'il faut savoir payer de
quelques sacrifices. Le rapport finissait ainsi : « Il est inutile, sans doute,
d'observer de nouveau ce que nous avons dit plus haut relativement aux indemnités dues
aux victimes du despotisme, à l'acquittement de la dette contractée par la nation
et autres objets de cette importance majeure. Nous le répétons, c'est à la nation, en
émettant son vu, en se donnant à la France, à charger les
administrateurs-généraux du pays de discuter ces questions qui intéressent le salut des
citoyens. La France sentira elle-même que la justice nous impose de remplir avant tout
ces obligations sacrées. Les Liégeois, en portant à la république, au sein de
la Convention, le vu de tous les curs émis librement dans les assemblées
primaires, exposeront à ces représentants du premier peuple du monde, qu'ils ont
accompli ce devoir si cher. La France applaudira; elle verra que le Liégeois aussi est
digne de la liberté; qu'il sait vouloir être libre et juste, puisque, le premier, il a
suivi le mouvement que les Français ont imprimé à l'univers; puisque, le premier, il a
fait ses efforts pour s'élancer sur leurs traces vers le temple de la liberté. »
Le
compte-rendu des séances (10), au sujet de ce
rapport qu'il mentionne dans les termes les plus favorables, dit que deux de ces séances
(1er et 2 janvier) furent consacrées à en entendre la lecture, et il ajoute : «
L'Assemblée a arrêté que ce rapport sera déposé sur le bureau, et, après la
discussion de tous les points, imprimé en forme d'adresse au peuple, afin d'éclairer et
diriger l'opinion des assemblées primaires (11).
» Cette rédaction suppose une discussion postérieure. Eut-elle lieu ? Les
procès-verbaux n'existant plus, n'ayant peut-être jamais existé, et les journaux
n'ayant publié que des analyses fort incomplètes de quelques séances, une preuve
positive manque. Cependant on peut répondre affirmativement, d'après ce que dit Bassenge
dans sa réponse à Chaussard : il nous apprend que la rédaction du rapport est de
lui, et que « cette rédaction, relue et discutée de nouveau par la Société, qui me
vota des remerciments, fut adoptée (12). » |
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(1) La pièce se trouve dans la Gazette
nationale liégeoise du 4 janvier.
(2)
Bassenge à Chaussard, p. 25.

(3)
Voir un avertissement a ce sujet dans la Gazette nationale liégeoise,
n° du 1er février.

(4)
Le bureau fut ainsi composé : Fabry, président; Bassenge
aîné, vice-président, Bassenge cadet, Loneux,
Henkart et Detrixhe, secrétaires.

(5)
Une liste de ces soixante-treize représentants existe aux Archives de la province de
Liège.

(6)
Code du droit public, etc. II. 9.

(7)
Ibid. etc. II. 25.

(8)
Gazette nationale liégeoise, n° du 7 janvier.

(9)
Cette pièce a été imprimée sous le titre : Rapport fait à la Société
des amis de la liberté et de l'égalité sur cette question importante : le pays de
Liège doit-il demander d'être réuni à la république française ?
In-8°
de 31 pages.

(10)
Gazette nationale liégeoise, n° du 7 janvier.

(11)
Il ajoutait : « Espérons que la voix de la raison et de la volonté générale
étouffera les cris séditieux des sacerdo-robino-aristocrates. »

(12)
Bassenge à Chaussard, p. 31.
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