|
Sur ces entrefaites, l'instruction
réclamée par la municipalité, c'est-a-dire le rapport de Bassenge, ayant été
publiée, les soixante-et-une sections furent convoquées (16 janvier) pour le
20 janvier, et cette résolution fut prise après avoir, disait-on, « délibéré
sur la pétition des amis de la liberté et de l'égalité. » Le Conseil
municipal tenait comme préjugée la question principale, « l'opinion
publique, le vœu des cœurs hautement, généralement prononcé, ne permettant
pas de douter que la réunion à la France ne fût regardée comme le port qui
devait arracher ce pays aux orages qui l'avaient bouleversé pendant des
siècles; » seulement il demandait si, dans ce cas, il ne conviendrait pas de
réserver à l'administration générale qui allait entrer en fonctions: :
« 1° de faire un tableau exact de la richesse, de la
dette, des ressources du pays, et d'acquitter incessamment sur nos biens
nationaux cette dette sacrée, dont la loyauté liégeoise est garante, de même
que notre contingent dans les frais faits par la république française,
depuis l'arrivée de ses armées sur notre territoire.
» 2° D'indemniser et dédommager les nombreuses et infortunées victimes des tyrans qui
ont écrasé notre terre, d'une manière digne d'un peuple libre, sans parcimonie ni
prodigalité, sans faveur ni préférence; et, de prendre les dédommagements sur les
biens des oppresseurs qui ont occasionné les pertes , la caisse nationale devant
seulement combler le déficit.
» 3° D'assurer aux individus du clergé, dont la corporation, selon les principes
immuables de la liberté, doit être éteinte , un sort propre à les attacher comme
citoyens à la chose publique, et de manière que la sévérité de la nation ne
s'appesantisse que sur les conspirateurs et les oppresseurs du peuple.
» 4° De veiller aussi à ce que le prix des places supprimées et acquises à la bonne
foi soit remboursé aux titulaires.
» 5° De prendre les mesures que les localités exigent par rapport aux assignats, dont
la circulation devra être admise dans ce pays. Par exemple que ces assignats ne puissent
être forcés pour le remboursement des dettes particulières contractées entre
Liégeois, ni pour la rédimation des rentes constituées avant l'époque de la réunion.
»
Le conseil invitait à peser mûrement ses propositions, et à ne pas se départir du
scrutin secret, nécessaire surtout « pour qu'on ne pût faire l'injure à l'armée
française de croire qu'elle eût influencé le vu des Liégeois. » (1)
Au jour fixé, les sections se réunirent. Jamais elles n'avaient été aussi nombreuses ;
mais il est vrai aussi que c'était la première fois qu'on mettait chez nous en pratique
le suffrage universel : 9,700 électeurs répondirent à l'appel de la municipalité, et,
malgré les instigations des avancés, 9,660 se prononcèrent pour la réunion à la
France, mais avec les réserves proposées. Sur les soixante-et-une sections (2), quarante-neuf avaient émis leur vote à l'unanimité, ce
qui ne permet guère de croire à l'emploi du scrutin secret. En proclamant ce résultat,
le Conseil municipal décréta qu'il en serait promptement donné connaissance à toutes
les communes du pays, et qu'elles seraient invitées à voter aussi sur cette question. (3) |