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Constitution de l'Assemblée provisoire et vote du rattachement à la France




 

 

 

 

 

   

 

 

 

 

A. Borgnet
Histoire de la révolution Liégeoise de 1789 : 1785 à 1795, d'après les documents inédits
,
2 vol.,
Liège, 1865, T. II,  pp. 248 et suiv.

   Trois semaines après que les sections de Liège eurent voté la réunion à la France, l'Assemblée provinciale se constitua, et nous avons dit qu'un de ses premiers actes (17 février) fut d'émettre aussi à l'unanimité ce vœu de réunion (1). Un autre, qui le suivit de près, fut l'arrêté qui ordonnait la démolition de la Cathédrale. On lit à ce sujet dans le procès-verbal : « Un membre fait la motion de détruire la cathédrale. On demande la discussion. On décrète unanimement la démolition, mais on arrête que l'on attendra la formation des autres comités, pour en former un de trois membres, qui s'occupera de la démolition de cette Bastille (2). » La tradition locale attribue cette motion au peintre Defrance, mais Bassenge en revendique le triste honneur pour son frère Lambert (3). En disant que la mesure fut décidée à l'unanimité, le procès-verbal aurait dû ajouter : à l'unanimité des membres présents; car il fallut le lendemain repousser par l'ordre du jour une motion tendant à rapporter ce déplorable arrêté.

   En votant la réunion, l'assemblée n'avait fait que constater l'opinion individuelle des membres qui la composaient, la solution de cette importante question appartenant aux citoyens des différentes communes formant la nation liégeoise. Tout ce qu'elle pouvait faire, c'était de stimuler celles de ces communes qui tardaient à se prononcer, et qui se trouvaient surtout dans la partie flamande de la principauté. Prévoyant un résultat contraire à leurs vues, les avancés auraient voulu employer les procédés expéditifs de leurs confrères des provinces belges, et ils demandaient qu'on proclamât, dès maintenant, le vote des communes qui s'étaient prononcées, comme étant le vœu du pays entier, puisque c'était celui de la majorité des habitants : « Les premiers pas de l'administration provinciale, disait le Bulletin du département (4), manifestent le bon esprit qui anime ses membres.... Combien le peuple ne regrette-t-il pas que, pour demander à la France de nous adopter, il faille encore l'opinion de quelques communes, que l'intrigue de nos ennemis ou une insouciance inconcevable ont jusqu'à présent empêché de s'expliquer ! Sans doute la majorité des citoyens doit faire la loi à la minorité. Si cette minorité tarde ou refuse de s'expliquer, la raison et le salut public veulent qu'il soit passé outre. » L'assemblée fit sagement en ne procédant pas avec précipitation, et elle se contenta d'inviter les communes retardataires à exprimer leur intention. Mais quand il fut question de rédiger la proclamation qu'il s'agissait de leur adresser, on se demanda ce qu'il fallait faire des réserves proposées par le Conseil communal de la Cité, et adoptées par la majorité des sections. Un membre proposa d'insérer ces réserves dans la proclamation décrétée, et un autre d'en faire l'objet d'une adresse particulière. On s'en remit au comité de rédaction, et le procès-verbal ne renferme aucune trace d'opposition ; l'assemblée, où dominait le parti modéré - la composition du bureau l'atteste assez - y eût du reste mis ordre.

   Jusqu'alors on n'avait rien trouvé à reprendre dans ces réserves, rien a reprocher à ceux qui les avaient proposées. La Société des amis de la liberté et de l'égalité, qui en avait pris l'initiative (5), continuait .à donner pour instruction aux missionnaires qu'elle expédiait dans les différentes parties du pays, de citer le vote de la capitale comme modèle a suivre (6), et la réponse du Conseil municipal aux Jacobins, qui demandaient la convocation immédiate des sections, prouve que les commissaires de la Convention approuvaient l'idée d'attendre la publication d'un rapport dont l'objet principal était bien connu. Il est attesté également que ce Conseil, avant de s'engager dans la voie qu'on lui indiquait, consulta Camus, le seul de ces commissaires qui fût alors à Liége, et que ce conventionnel reconnut la justice des demandes qu'on se proposait de faire (7). Enfin, comme le dit Bassenge à Chaussard, « depuis plus d'un mois la réunion était votée, sans que les commissaires eussent élevé la moindre réclamation sur les prétendues conditions ; sans qu'ils en eussent dit un mot à ce peuple que prétendument on égarait; sans qu'ils en eussent dit ou fait dire un mot à la municipalité de Liège, qui prétendument l'avait égaré; sans qu'ils eussent fait parvenir la moindre plainte à l'administration chargée d'envoyer le vœu à Paris; sans qu'ils en eussent enfin parlé ou fait parler en leur nom aux sociétés populaires. » (8)

   L'Assemblée provinciale avait chargé un comité de trois membres (9) de dépouiller les procès-verbaux des communes qui avaient déjà voté, et Danthine, l'un des trois députés, fit son rapport le 21 février. Le relevé établissait qu'a cette date, sur 600 communes environ (10), 378, parmi lesquelles figuraient sept villes et trois gros bourgs, avaient demandé la réunion. Le nombre des votants, ceux de Huy et de Dinant non-compris, était de 21,519, dont 14,103 avaient voté avec les réserves déjà adoptées par les sections de la Cité et 5,298 sans restriction; 92 votants seulement s'étaient prononcés d'une manière absolue contre la réunion, et 40 pour l'ajournement de la décision. Le lendemain (22 février) fut pris l'arrêté suivant :  « L'assemblée, après vérification des procès-verbaux, arrête de proclamer que la majorité des habitants du pays de Liège a émis son vœu pour la réunion à la république française, décrète en conséquence que copie authentique de tous ces procès-verbaux sera envoyée a la Convention nationale, et que, dans l'intervalle, des missionnaires continueront à recueillir les vœux des communes qui ne se sont pas expliquées sur cet objet. »   En même temps, l'assemblée chargea huit de ses membres (11) d'aller trouver le conventionnel Delacroix , récemment arrivé, pour se concerter avec lui sur les moyens de hâter la réunion.


(1)  « L'Assemblée, à l'unanimité, porte le procès-verbal de la séance du 17 février, a émis son vœu particulier pour la réunion à la France. » Ces procès-verbaux se trouvent aux archives de la province dans un volume intitulé : Archives de l'administration centrale. Registre aux procès-verbaux des séances pendant l'occupation de Dumouriez, 1793. Les procès-verbaux, jusqu'au 24 février inclus, ont été transcrits dans le volume; les autres, jusqu'au 2 mars, se trouvent joints en brouillons. Les deux derniers, 3 et 4 mars, sont avec d'autres pièces dans le carton de la bibliothèque de l'université déjà signalé. Nous appelons de nouveau l'attention de qui de droit sur la nécessité de copier tous ces derniers procès-verbaux à la suite de ceux qui le sont déjà dans le volume indiqué. backtopp.gif (65 octets)

(2) L'organe des Jacobins extrêmes, rendant compte de cette séance, dit  : « La proposition d'abattre la cathédrale, pour effacer tout vestige de ta tyrannie ecclésiastique dont le pays à tant souffert, est accueillie avec la joie la plus vive et décrétée à l'unanimité. » Bulletin du département du pays de Liège et de la Belgique, n° 7, p. 33. Ce journal, moins intéressant qu'on pourrait le croire, forme 18 numéros d'une demi-feuille in-4°, du 15 février au 4 mars, en tout 72 pages. backtopp.gif (65 octets)

(3) Bassenge à Chaussard, p. 15. backtopp.gif (65 octets)

(4) N° 5, p. 17.  backtopp.gif (65 octets)

(5) Bassenge à Chanssard. p. 30. « Elle» furent demandées, après des discussions longues, publiques, solennelles, par la Société des amis de la liberté et de l'égalité, Société très nombreuse à cette époque, et où l'importance , la gravité de l'objet discuté attiraient l'affluence. En sorte que, soit comme membres, soit comme spectateurs, on peut dire que la grande majorité des citoyens y assistaient. Ils applaudissaient à l'unanimité, pas une voix ne s'éleva alors contre; aucun de nous cependant n'y parla pour elles. Quant à moi, j'étais malade... » backtopp.gif (65 octets)

(6) Ibid., p. 33 backtopp.gif (65 octets)

(7) Ibid., p. 32.  backtopp.gif (65 octets)

(8) Bassenge à Chaussard, p. 91 backtopp.gif (65 octets)

(9) Danthine, Biron, Lambot. backtopp.gif (65 octets)

(10) Un volume manuscrit des archives de la province, intitulé : Matricule du pays de Liège et comté de Looz, énumère ces communes : elles sont au nombre de 643, la Cité non comprise. backtopp.gif (65 octets)

(11) Dethier, Levoz, Digneffe, Loneux, Devillers, Depresseux, Moxhon et Danthine. backtopp.gif (65 octets)

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22/01/2013