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Jean de Bavière


 


 

 

 

 


 

 

 

 

Alphonse Le Roy
Biographie nationale T. X, pp. 327 et suiv.
publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des Beaux-arts de Belgique
Bruxelles, 1897.

JEAN DE BAVIÈRE, LXXIXe évêque de Liège, né en 1373, mourut à Delft, le 5 janvier 1424. La postérité a flétri ce personnage du surnom de sans Pitié, et à vrai dire il fit tout ce qu'il put pour le mériter. Appelé, encore adolescent, à gouverner un peuple fier, d'une susceptibilité extrême et toujours prêt à verser son sang pour la conservation d'immunités qui lui avaient coûté deux siècles de lutte ardente, ce prince orgueilleux et frivole, vindicatif et cruel, ne sembla se préoccuper de ses sujets que pour les mater, les écraser sous une main de fer. Les annales de son long règne forment un des chapitres les plus douloureux de l'histoire du pays de Liège.

   Il avait à peine dix-sept ans, lorsque le chapitre de Saint-Lambert le désigna (14 novembre 1389) pour monter sur le siège laissé vacant par la mort d'Arnould de Hornes. Le pape Boniface IX ratifia ce choix, bien que l'élu n'eut pas atteint l'âge exigé par les canons. Mais Jean appartenait à une famille puissante que la cour de Rome, redoutant avant tout de fortifier les Clémentins, c'est-à-dire les partisans du pape d'Avignon, avait intérêt à ménager. Par son père Albert IV, comte de Hainaut, de Hollande et de Zélande, le nouveau prince de Liège était petit-fils de l'empereur Louis de Bavière ; par sa mère Marguerite de Silésie, il tenait à la race royale de Bohême ; enfin, l'empereur Wenceslas et l'héritier de Bourgogne (Jean sans Peur) étaient ses beaux-frères. Bref, son élection ayant été confirmée sans retard, il entra en grande pompe dans sa capitale, le 10 juillet 1390. A sa droite chevauchait son père ; à sa gauche, Guillaume, son frère aîné ; derrière eux plusieurs princes, suivis de mille chevaliers. Oncques cortège aussi magnifique ne s'était déroulé dans les rues de la cité. Pour rehausser encore l'éclat de la fête, Albert, en séance plénière du chapitre, prêta hommage à son fils pour le comté de Hainaut, se reconnaissant ainsi vassal de l'église de Liège. Au mois de septembre arrivèrent les lettres impériales d'investiture ; le 17 décembre, moyennant dispense, l'élu reçut l'ordre du sous-diaconat, le seul qui lui fut jamais conféré (1).

   Selon l'usage, il ouvrit son règne par une visite aux bonnes villes, s'engageant partout à respecter les anciennes franchises. Selon l'usage aussi, on l'acclama, sans pouvoir cependant se défendre de secrètes appréhensions, que sa vie mondaine et la violence de son caractère n'étaient pas faites pour dissiper. En 1391, il indisposa les Dinantais en ne prêtant point l'oreille à leurs plaintes contre le sire de Boulant, coupable d'avoir enlevé sur terre liégeoise quelques marchands français, ce qui avait provoqué des représailles de la part du roi de France : les plaignants furent obliges de se faire justice à eux-mêmes. Mal en prit, au contraire, à ceux de Saint-Trond, l'année suivante, de s'être permis de venger, sans avoir recours à lui, la mort d'un bourgeois tué, prétendaient-ils, par les partisans de l'abbé (2) : ils saccagèrent et brûlèrent les dépendances du monastère. Jean leur reprocha d'avoir empiété sur son autorité : ils durent compter au prince 10,000 florins du Rhin et 4,000 à l'abbé, à titre de compensation pour les dommages causés.

   Jusqu'ici rien de bien grave, et dans la dernière affaire, l'irritation de l'Élu se conçoit. Mais bientôt, à propos d'une contestation avec les habitants de Seraing, des troubles plus sérieux éclatèrent. Les Sérésiens, de temps immémorial, avaient coutume d'aller s'approvisionner de bois dans les forêts voisines, qui appartenaient au prince. Jean de Bavière, invoquant la droit nouveau substitué aux lois barbares tolérantes sur ce point, leur intima défense formelle de couper du bois comme par le passé (3) ; il ne fut pas obéi. Furieux, il cita les rénitents devant les échevins, qui les condamnèrent : l'usage ne pouvait prévaloir contre le droit écrit. Mais les manants n'entendaient pas grand-chose aux scrupules des juristes : ils trouvèrent appui chez les maîtres de la cité, qui menacèrent d'exil les échevins, si la sentence n'était pas révoquée. Ceux-ci s'obstinèrent et le décret de bannissement fut prononcé. L'évêque alors fit comparaître les paysans et les bourgmestres au tribunal suprême de l'Anneau du palais, qu'il présidait en personne. Ce fut le signal d'une émeute : le moment venu, lorsque le secrétaire se mit à lire la citation, de tels cris et de telles huées s'élevèrent du sein de la multitude accourue de toutes parts pour assister au dénouement du procès, qu'il fut impossible de rien entendre. La même scène se renouvela trois jours durant, et les bourgmestres ou les agitateurs imposèrent du même coup silence à la cloche du ban, qui devait tinter aussi longtemps que le prince siégeait en cour de justice.

   Jean de Bavière jugea prudent de quitter Liège. Il partit pour Huy, emportant le grand sceau de la cité. A peine arrivé, il apprit que Hutois et Liégeois venaient de pactiser ; il se rendit donc à Diest, où il installa son official (4). Les bonnes villes avaient reconstitué leur fédération ; mais comme elles désiraient avant tout le repos, il fut convenu que des conférences s'ouvriraient au château de Caster-lez-Maestricht. On y aboutit à un accommodement (27 décembre 1395), en vertu duquel le conflit de Seraing devait être réglé par une commission de trente-deux membres, conformément aux lois du pays, sans qu'il fût d'ailleurs porté atteinte aux droits et à l'autorité du prince.

   Tantôt guerroyant contre le duc de Gueldre, tantôt allant conduire à Paris des renforts sollicités par Jean de Bourgogne en lutte ouverte avec Louis d'Orléans, l'Élu, tout entier à ses affaires et à ses plaisirs, se rendait de plus en plus impopulaire. On ne lui pardonnait pas ses tergiversations au sujet de la prêtrise. On lui attribuait une arrière-pensée : peut-être songeait-il à séculariser la principauté, à y fonder une dynastie. Ces soupçons étaient nourris et répandus dans le peuple par la faction politique des Haydroits, qui grossissait chaque jour davantage et étendait sa propagande aux bonnes villes (5). Les Hutois furent les premiers à se soulever : ils convoquèrent un congrès à Waremme, pour protester contre la juridiction que le prince attribuait à l'Anneau du palais ; mais Liège et Tongres refusèrent d'entrer dans la ligue. Après bien des pourparlers, les États s'assemblèrent, lorsque Jean, de retour de Paris, eut pris le parti de se retirer à Maestricht, après avoir frappé d'interdit les rebelles. Le puys ne pouvant rester sans protecteur, les députés, à l'unanimité des suffrages, élurent mambour Jean de Rochefort ; mais celui-ci refusa, ce périlleux honneur et regagna son château. Alors les voix se reportèrent sur Henri de Hornes, sire de Perwez, déjà vieux, mais d'une expérience consommée comme général. Afin de le décider, on fit miroiter à ses yeux la certitude pour son fils Thierry d'être élevé à l'épiscopat, lorsque le Bavarois aurait été déposé. A son tour Henri hésita ; sa femme finit par avoir raison de ses scrupules.

   Le parti de la noblesse, voyant qu'on s'engageait dans une voie dangereuse, chargea quelques délégués d'aller conférer à Maestricht avec le prince. Il fut convenu que s'il consentait à rentrer dans sa capitale, le mambour serait dégradé sans bruit, et qu'on aviserait alors à s'entendre. Ainsi dit, ainsi fait : seize arbitres furent choisis par toutes les parties intéressées, et le congrès, réuni à Tongres, aboutit, le 28 août 1403, à la Paix des XVI, réglant tous les points en litige. Ce document, important au point de vue du droit public liégeois, ne peut être que mentionné ici.

   Restait à mettre en jugement les chefs des Haydroits. Les XVI portèrent contre eux une sentence de bannissement. N'étant pas sans appréhensions pour leur personne, dix-neuf « se coulèrent de la ville ». Un seul s'attarda : il fut arrêté et aussitôt décapité sur la place du Marché (6).

   On était alors en plein schisme. Les Liégeois, de plus en plus mécontents de l'attitude de leur prince, qui revendiquait nettement le pouvoir absolu, brûlèrent leurs vaisseaux en se tournant du côté de Benoît XIII, pape d'Avignon ; celui-ci récompensa ses nouveaux partisans en approuvant le choix de Thierry de Perwez comme évêque de Liège ; comme prince, le prélat reçut ses investitures de l'empereur Wenceslas. La rupture était dès lors un fait accompli : Thierry, avec ses troupes, s'empara de Saint-Trond et de Bouillon, puis mit le siège devant Maestricht, refuge de son adversaire. La rigueur de l'hiver l'obligea de renoncer à son entreprise (7 janvier 1487). Jean de Bavière mit à profit cette délivrance inopinée : ses soldats ravagèrent cruellement la Hesbaye et le comté de Looz. Pour en finir, il somma les États de déposer Thierry et son père ; on lui fit une réponse grossièrement insultante. Cette fois il n'y tint plus : se voyant de nouveau assiégé dans Maestricht, il résolut de frapper un grand coup et se chercha des alliances. Le duc de Bourgogne et une foule de seigneurs des pays voisins lui promirent appui : en attendant, il fit pendre aux murailles des bourgeois qu'il détenait prisonniers ; d'autres eurent les yeux arrachés et furent ramenés au camp par un borgne. En même temps son parent, le comte de Hainaut, sans défi, se mit à piller Fosses et Couvin, et jeta la désolation dans l'Entre-Sambre-et--Meuse. L'effroi gagna les milices des bonnes villes : elles se hâtèrent de retourner dans leurs foyers, laissant aux Liégeois et aux Hutois le soin de poursuivre seuls le siège. Sur ces entrefaites, le duc de Bourgogne envahit la Hesbaye (20 septembre 1408) avec 35,000 hommes (7).

   Il fallut de nouveau renoncer à l'espoir de prendre Maestricht. Les Liégeois purent opposer  au Bourguignon une armée à peu près égale en nombre à la sienne (8) ; mais celle-ci se composait de chevaliers bardés de fer, d'archers à cheval, de soldats bien disciplinés et rompus au métier de la guerre, tandis que les troupes liégeoises étaient formées d'un ramassis de gens sans expérience des combats, bourgeois plus habiles à manier l'aune que l'épée, soutenus par leur seul enthousiasme et ne se figurant nullement les dangers qu'ils allaient courir. Henri, le mambour, essaya vainement de les retenir : il eut à peine le temps de faire élever quelques retranchements pour défendre la colline dite la tombe d'Othée, vers laquelle s'avançait l'ennemi. Les Liégeois le saluèrent à coups de bombardes ; le duc, de son côté, avant d'entreprendre de les forcer dans leur camp, détacha de son armée 400 cavaliers et 1,000 hommes de pied, chargés de couper la retraite à ses adversaires. Le mambour devina cette intention : il ne fut pas compris. Les Liégeois prirent pour une fuite le mouvement tournant : force lui fut d'engager la bataille. Ce fut une affreuse mêlée : lutte inégale! Des poitrines nues contre un mur de fer... Cependant tel était l'acharnement des bourgeois, que leur attaque furieuse contre la bannière de Bourgogne leur aurait peut-être assuré la victoire (le duc l'avoua plus tard), si les 1,400 hommes dont il a été parlé n'étaient arrivés juste à point pour décider du sort de la journée. Enveloppés de tous côtés, les gens des métiers, ne pouvant plus ni avancer ni reculer, succombèrent par milliers, moissonnés par le glaive ou écrasés sous les pieds des chevaux. Point de quartier, point de prisonniers. On évalue à 25,000 le nombre des victimes de ce désastre. Le mambour et son fils furent tués à côté de l'étendard du duc. Jean de Bavière, qui n'avait pas assisté à la bataille, arriva le lendemain de Maestricht : on lui présenta, sur des piques, les têtes des deux vaincus. Il voulut visiter la plaine jonchée de cadavres ; on y découvrit quelques Haydroits cachés : il les fit pendre ou écarteler.

   Ce n'était pas tout. La cité, épuisée, n'avait plus qu'à se soumettre. Le vendredi 28 septembre, un cortège de bourgeois, deux à deux, nu-pieds et nu-tête, la corde au cou, un flambeau allumé à la main, se rendit à Grâce, au camp des princes, pour leur remettre les clefs de la ville et implorer miséricorde. L'évêque désigna trente-deux notables qui furent décollés sur-le-champ, et leurs corps jetés à la voirie. Le jour même, le sire de Jeumont, commandant des auxiliaires hennuyers, pénétra dans Liége et procéda, sur l'ordre du prince, à d'atroces exécutions : le légat de l'antipape Benoît, le suffragant de Thierry de Hornes, d'autres prêtres, des bourgeois des principaux lignages, des femmes même, entre autres la dame de Perwez, furent précipités dans la Meuse du haut du pont des Arches, liés dos à dos ou enfermés dans des sacs ; les jours suivants, procès sommaires, nouvelles noyades, écartèlements, roues et gibets en permanence, décrets de confiscation, sentence des alliés anéantissant les chartes, les paix, les traités d'alliances, tout ce qui servait de garantie aux franchises de Liège et des bonnes villes. Aux magistrats élus par le peuple étaient substitués des agents du prince ; les métiers perdaient leur caractère de corps politiques ; les fortifications devaient être presque partout démolies ; 220,000 écus d'or seraient prélevés sur les particuliers en proportion de leur fortune (9) ; enfin, dérision amère! on célébrerait par un Te Deum, chaque année, l'anniversaire de la bataille d'Othée. Tous les titres séculaires des Liégeois étaient voués aux flammes. Jean de Bavière crut pourtant devoir demander à son chapitre la ratification de ces décrets : il rencontra ici une opposition courageuse qui ne laissa pas que de le faire réfléchir. Quelques adoucissements furent apportés aux premières sentences ; mais l'irritation populaire se réveilla tout d'un coup et ne connut plus de bornes, quand le prince se fut avisé d'autoriser les vengeances privées des personnes proscrites lors des derniers troubles. Des complots éclatèrent à Herck, à Huy, à Liège même, et eurent pour dénouement encore des noyades et des supplices sanglants. Réduits aux abois, les Liégeois eurent enfin l'idée de s'adresser à l'empereur Sigismond.

   Bien leur en prit. Le 19 février 1415, des lettres impériales confirmèrent la charte d'Albert de Cuyck et rendirent à la cité toutes ses libertés et ses franchises ; l'année suivante, Sigismond célébra en personne, à Liège, les fêtes de Noël ; le 26 mars 1417, un rescrit du même prince annula, comme attentatoire aux droits de l'empire, la sentence portée le lendemain de la triste victoire de Jean sans Pitié. L'indépendance liégeoise fut reconnue, la fédération des bonnes villes approuvée ; les métiers purent se reconstituer et comme jadis élire leurs officiers. Jean refusa de se soumettre : on passa outre. Une circonstance inopinée l'empêcha d'insister ; dès le mois d'avril, il entra dans la voie des transactions. Les institutions démocratiques ne se relevèrent pas intactes, mais enfin on respira.

   A quelle circonstance venons-nous de faire allusion? Guillaume, comte de Hainaut et de Hollande, frère du prince de Liège, était venu à mourir, ne laissant qu'une fille de seize ans, Jacqueline de Bavière. (Voyez ce nom.) Jean ne songea ni plus ni moins qu'à dépouiller sa nièce. Il lui fallait pour cela beaucoup d'argent : un des conseillers de la cité, Wathieu d'Athin, ayant eu vent de ses projets, se fit fort d'en obtenir des bourgeois de Liège, si le prince consentait à s'entendre avec eux sur leurs réclamations. Ce point réglé, Jean se crut maître du terrain ; mais il avait compté sans son hôte. Couché sur le lit de mort, Guillaume avait recommandé à Jacqueline d'agréer pour époux le jeune duc de Brabant, Jean IV. (Voyez ce nom.) Malgré l'opposition de l'oncle, ce mariage fut, en effet, contracté le 4 avril 1418. Jean de Bavière laissa percer son irritation, en alléguant qu'une partie des provinces du Nord lui revenait comme fief masculin : de là une guerre cruelle, qui lui valut, à titre viager, la régence de la Hollande, de la Zélande et de la Frise. Cette nouvelle fortune lui fit prendre la résolution de remettre son évêché entre les mains du pape Martin V (1418) ; il obtint du même pontife, grâce aux instances de Sigismond, la dispense du sous-diaconat pour pouvoir se marier. Il épousa sans retard Elisabeth de Gorlitz (voy. ce nom), nièce de l'empereur et veuve d'Antoine de Bourgogne, tué en 1415 à la bataille d'Azincourt.

   Les Liégeois furent dans l'allégresse. Everard de la Marck fut proclamé mambour, le 18 mai 1418, pour gouverner le pays jusqu'à ce que le chef de l'Eglise eût pourvu au remplacement du démissionnaire.

   Jean de Bavière eut à soutenir, jusqu'à sa mort,  une lutte acharnée contre les gens d'Utrecht, qui se plaignaient des procédés de ses partisans. Des villes prises et reprises,  des dévastations, des alliances contractées et rompues, tel est en deux mots le résumé de cette lutte tristement monotone. Lorsque Jacqueline tâcha d'obtenir à Rome l'invalidation de son mariage et, en attendant la décision pontificale, entra en Hainaut accompagnée du duc de Glocester, déjà son fiancé, Jean IV implora le secours du Bavarois. Celui-ci était sur le point de lancer pour son neveu une armée en campagne, lorsqu'il passa tout d'un coup de vie à trépas, des suites d'un empoisonnement selon les uns, d'une blessure selon les autres, le 5 janvier 1424. Son corps fut transporté à La Haye et inhumé dans le cloître des Jacobins. Jean IV arriva aussitôt en Hollande et fut reconnu par toutes les villes « pour leur comte », bien que Jacqueline n'eût plus rien de commun avec lui. Philippe le Bon était déjà aux aguets : le moment approchait où il allait paraître en scène.

   Le règne de Jean de Bavière à Liège nous fait assister au premier épisode de la lutte formidable qui s'engagea entre la maison de Bourgogne, bientôt toute puissante aux Pays-Bas, et une démocratie jalouse de ses conquêtes successives, souverainement hostile aux idées féodales.  « Ce petit peuple d'ouvriers (les Liégeois), exposé de tous les côtés à la fois par ce redoutable voisin, voyant par lui dépérir peu à peu son industrie et se fermer les canaux de son ancienne prospérité matérielle, ne cessa pas de résister avec une constance, une intrépidité vraiment admirables. Il succomba, mais aucune nation n'a fait à sa liberté d'aussi belles funérailles. » (POLAIN.)

Alphonse Le Roy.

Jean de Stavelot. -- Zantfliet. -- Suffridus Petri. -- Monstrelet. -- De Ram, La Bataille de Liége. -- Les historiens liégeois, notamment F. Henaux et Polain. -- Le Petit, La Grande Chronique de Hollande, etc.


(1) Le peuple continua de l'appeler l'élu, parce qu'il n'était pas prêtre. 

(2) Le mène bourgeois dont il a été question dans l'article Jean d'Arckel. 

(3) V. Polain, t. II, p. 186 et suivantes. -- Bouille, etc. 

(4) Diest appartenait au diocèse, mais non à la principauté de Liège. 

(5) On a beaucoup discuté sur la signification de ce mot Haydroits, que les historiens du XVIIe siècle et après eux quelques uns ont rendu en latin par exleges, comme qui dirait séditieux, ennemis des lois. F. Henaux fait remarquer que les anciens canonistes appellent jus odiosum, droit haineux, tout usage contraire au droit écrit, et que le grand coustumier de France qualifie de haineux de droit ceux qui persistent à s'y attacher. Polain pense que Haydroits veut dire partisan des vaines pâtures, du libre usage des heyds (bruyères, terrains vagues). 

(6) Plus tard, en 1407, au fort des troubles, le parti populaire usa de sanglantes représailles envers quelques seigneurs ou notables restés fidèles à l'évêque. 

(7) Henaux, t. Ier, p. 585 et suiv., et l'art. Henri de Hornes, Biogr. nat., t. lX, col. 202 et suiv. 

(8) Selon quelques auteurs, ils n'auraient pas compté plus de 16,000 hommes. Cette évaluation est plus que douteuse. Le duc dit il ses chevaliers, avant la bataille : « Ne craignez rien de cette sotte et rude multitude, qui met toute sa confiance dans son grand nombre. » V. Barante. 

(9) Telles étaient les ressources de Liège, que cette somme énorme fut payée en moins de quatre ans (Henaux). 

 

22/01/2013