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Jean de Hornes


 

 

 

 

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Jean de Hornes (1483-1505)

 

 

 

 

Alphonse Le Roy
Biographie nationale T. IX, pp. 492 et suiv.
publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des Beaux-arts de Belgique, Bruxelles, 1897.

HORNES (Jean DE), quatre-vingt-troisième évêque de Liège, né vers le milieu du XVe siècle, mourut à Maestricht le 19 décembre 1505. Il était le fils aîné de Jacques ler, comte de Hornes, seigneur d'Altena, et de Jeanne, comtesse de Meurs et de Saerverden. Chanoine de l'église de Liège et prévôt de la collégiale de Saint-Denis, il fut ordonné prêtre, mais ne reçut jamais la consécration épiscopale. Il n'avait rien du pasteur : c'était un homme de guerre violent, rusé, vindicatif ; malheur à ses ennemis s'ils tombaient en son pouvoir. La querelle sanglante des Hornes et des La Marck résume à peu près tout son règne. Il figure pour la première fois dans l'histoire en 1482. Lorsque Louis de Bourbon s'avança imprudemment, avec des forces insuffisantes, à la rencontre du Sanglier des Ardennes, Jean de Hornes portait l'étendard de Saint-Lambert. Il combattit vaillamment à côté du prince, le vit égorger sans pitié par son redoutable adversaire et fut lui-même fait prisonnier. Guillaume de La Marck, maître de la ville, se fit aussitôt proclamer mambour et invita les chanoines, dès le lendemain (1er septembre), à prendre jour pour faire choix d'un évêque ; il entendait bien que leurs suffrages seraient acquis à son fils Jean d'Aremberg, quoique celui-ci, tout jeune, ne fût pas encore tonsuré. La plupart des membres du chapitre se retirèrent en Brabant ; les autres s'inclinèrent. Cependant l'élection du postulé; comme on disait, fut jugée irrégulière. Alors quelques-uns des timides altèrent rejoindre leurs confrères à Louvain, si bien qu'on put y procéder à un nouveau scrutin dans des conditions normales. Les voix s'étant partagées entre Jacques de Croy, frère du comte de Chimay, et Jean de Hornes, l'affaire fut portée à Rome et traîna en longueur : il y avait trois familles puissantes à ménager. Guillaume, furieux de sa déconvenue, se mit à ravager, en attendant, le comté de Hornes, le Limbourg et la Hesbaye. Sa défaite à Hollogne-sur-Geer ne fit que l'exaspérer ; il se sentait soutenu par Louis XI, de même que de Hornes comptait sur l'appui de Maximilien d'Autriche. Jacques de Croy réclamait de son côté : à un certain moment, il ne s'agit de rien de moins que de démembrer le territoire liégeois. Enfin, Jacques céda ses droits à son compétiteur moyennant une pension ; la mort du roi de France décida Guillaume à prêter l'oreille à des propositions de paix ; enfin, le pape Sixte IV se prononça formellement pour Jean de Hornes. Le 22 mai 1484, un traité favorable aux d'Aremberg fut signé à Tongres ; le 25 octobre, le magistrat de Francfort, à ce autorisé, accorda les gaux à l'évêque, et celui-ci fit son entrée à Liège le 7 novembre, accompagné de Guillaume de La Marck et de Guy de Canne.

   De Hornes et l'ancien mambour parurent alors les meilleurs amis du monde. D'Aremberg était de toutes les réjouissances ; on s'envoyait mutuellement des présents ; on ne se quittait pas, pour ainsi dire. Que penser de la sincérité de l'évêque? Beaucoup de gens se refusaient à y croire. Une grande fête fut donnée en son honneur à Saint-Trond ; Guillaume ne brilla point par son absence. Arriva inopinément de Valenciennes un frère du prélat, Frédéric de Hornes, seigneur de Montigny, porteur d'un ordre secret de Maximilien. L'archiduc, inquiet de certaines démarches du Sanglier, enjoignait à Montigny de se saisir de sa personne et de le conduire à Macstricht. Frédéric mit son frère au courant de sa mission, et Jean fut assez lâche pour trahir les devoirs de l'hospitalité. A la suite d'un joyeux repas, Frédéric annonça qu'il avait affaire à Louvain : Jean proposa de lui faire la conduite un bout de chemin, et Guillaume voulut être de la partie. En plaine, Montigny défia la chevauchée à la course ;  mieux monté, La Marck eut bientôt pris les devants et se trouva hors de vue, engagé dans un bois. Une embuscade l'y attendait ; il se vit entouré de soldats allemands apostés là par l'agent de Maximilien ; résister eût été folie. Frédéric survint et exhiba l'ordre dont il était porteur. « Où allez-vous me conduire? -- A Maestricht. -- C'est donc, répliqua le prisonnier, certainement à la mort. »

   Le 17 juin 1485, Guillaume fut en effet condamné sommairement comme perturbateur et séditieux, sans même avoir été entendu. Dès le lendemain, l'échafaud était dressé sur l'une des places publiques de Maestricht. Jean de Hornes eut l'impudence d'assister, du haut d'un balcon, aux derniers moments de son ami. Apercevant le traître, Guillaume s'écria : « Je vais mourir ; mais ma mort vous coûtera cher. Ma tête saignera longtemps ! » Puis il releva sa grande barbe, la tint entortillée entre les dents et tendit son cou au bourreau. (V. l'article GUILLAUME DE LA MARCK.)

   L'indignation fut grande dans la cité et les La Marck jurèrent vengeance. La prophétie du décapité s'accomplit. On trouvera ailleurs (voy. l'article GUY DE CANNE) des détails sur la lutte qui se poursuivit, plus ardente et plus haineuse que jamais, entre les deux factions : comme toujours, ce fut le malheureux peuple qui en subit le contrecoup. Las enfin de l'anarchie et du terrorisme exercé par les La Marck, les Liégeois se soulevèrent et crurent, en rappelant leur évêque réfugié de Louvain, choisir le moindre des deux maux : ils y gagnèrent, en tout cas, la levée de l'interdit lancé contre leur ville, tant qu'elle serait au pouvoir des adversaires de Jean. Celui-ci reparut donc à Liège, et la conclusion de la Paix de Saint-Jacques (1487), réglant les droits du prince et ceux des bourgeois, sembla inaugurer une période de soulagement. Mais les petits n'étaient pas satisfaits ; le parti démocratique élevé au pouvoir en 1488 se hâta d'annuler la paix de Saint-Jacques. Aussitôt les La Marck reprirent l'offensive et Jean gagna Maestricht, leur abandonnant le terrain. Jean de Croy, qui n'avait rien touché de sa pension, intervint à son tour pour tacher de se substituer à son ancien rival (1) ; Jean de Hornes ne savait de quel côté se tourner ; en vain il eut recours à Maximilien, devenu empereur ; Maximilien ne voulait plus se mêler des affaires de Liège. Les hostilités reprirent sur toute la ligne ; après bien des péripéties, châteaux démolis, villes prises, plat pays mis à feu et à sang, la peste et la famine suivant la guerre, les populations décimées, on finit par songer à s'entendre. Une trêve fut d'abord consentie, puis Jean de Hornes se décida à supplier Everard de La Marck de lui pardonner la mort du Sanglier. Le 29 avril 1492, tout fut réglé à Haccourt : le mariage d'Everard avec Marguerite, nièce du prince-évêque, devait être le gage de la réconciliation. Jean de Hornes rentra dans sa capitale le 25 juillet, et, le 13 décembre suivant, Everard fut nommé souverain mayeur.

   Les années suivantes ne se passèrent pas sans quelques expéditions militaires ; il n'y a pas lieu de s'y arrêter. Deux faits importants réclament en revanche notre attention. Les Etats de Liège, dès la proclamation du traité de 1492, négocièrent avec les puissances voisines pour faire reconnaître la neutralité liégeoise. Leurs démarches réussirent ; par acte du 8 juillet , Charles VIII de France adopta le principe, et peu de temps après l'empereur d'Allemagne en fit autant. Le pays fut sans doute encore envahi par la suite ; mais il est incontestable que, sans la sage prévoyance des Etats, son indépendance aurait été plus souvent et bien autrement menacée.

   Le second fait est l'incorporation de la principauté au cercle de Westphalie par l'empereur Maximilien (1500). Cette mesure avait pour but de la soustraire à l'influence française ; d'autre part, l'idée du souverain était de mettre fin paisiblement, à l'avenir, aux différends qui pourraient s'élever entre Etats allemands, en les soumettant, dans chaque cercle, à une autorité judiciaire supérieure. C'est ainsi que Liège releva de la Chambre impériale, d'abord installée à Francfort, puis à Spire, et en dernier lieu à Wetzlar.

    Jean de Hornes, avide de dissipations et toujours besogneux, eut, dans les dernières années de sa vie, des démêlés sans fin avec les députés des Etats, commissaires spéciaux chargés de la direction des finances et renouvelés chaque année. Ils visaient aux économies, et il le fallait bien, les contribuables étant écrasés de charges et à moitié épuisés. Le refus de quelques subsides mécontenta l'évêque, qui finit par devenir intraitable et se porta à des actes de violence, inexplicables autrement que par des accès de délire. Il rendit le dernier soupir à Maestricht ; les Liégeois ne pouvaient plus supporter sa présence. Son corps, revêtu de l'habit de saint François, fut transporté dans l'église des Récollets de Lichtenberg. On lui fit des obsèques magnifiques ; mais les historiens ne disent pas s'il fut regretté.

   C'est sous son règne (en 1486, parait-il), que les Frères de la vie commune (les Hiéronymites), venant de Bois-le-Duc, reçurent l'autorisation d'établir dans l'Ile aux Hochets un collège qui passa plus tard aux Jésuites. Ce local est aujourd'hui occupé par l'université de Liège.

Alphonse Le Roy.

 Fisen, Bouille et autres historiens liégeois. -- Becdelièvre. -- J. Del Marmol, Le Peuple liégeois, etc.


(1) Il fut apaisé plus tard par une somme d'argent. 

 

23/01/2013