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HORNES (Jean
DE), quatre-vingt-troisième évêque de Liège, né
vers le milieu du XVe siècle, mourut à Maestricht le 19
décembre 1505. Il était le fils aîné de Jacques ler, comte de
Hornes, seigneur d'Altena, et de Jeanne, comtesse de Meurs et de Saerverden. Chanoine de l'église de Liège et prévôt de la collégiale
de Saint-Denis, il fut ordonné prêtre, mais ne reçut jamais la
consécration épiscopale. Il n'avait rien du pasteur : c'était un homme
de guerre violent, rusé, vindicatif ; malheur à ses ennemis s'ils
tombaient en son pouvoir. La querelle
sanglante des Hornes et des La Marck résume à peu près tout son règne.
Il figure pour la première fois dans l'histoire en 1482. Lorsque Louis
de Bourbon s'avança imprudemment, avec des forces insuffisantes, à la
rencontre du Sanglier des Ardennes, Jean de
Hornes portait l'étendard de Saint-Lambert. Il combattit vaillamment à
côté du prince, le vit égorger sans pitié par son redoutable
adversaire et fut lui-même fait prisonnier. Guillaume de La Marck,
maître de la ville, se fit aussitôt proclamer mambour
et invita les chanoines, dès le lendemain (1er septembre), à
prendre jour pour faire choix d'un évêque ; il entendait bien que leurs
suffrages seraient acquis à son fils Jean d'Aremberg, quoique
celui-ci, tout jeune, ne fût pas encore tonsuré. La plupart des
membres du chapitre se retirèrent en Brabant ; les autres
s'inclinèrent. Cependant l'élection du postulé; comme on disait, fut
jugée irrégulière. Alors quelques-uns des timides altèrent rejoindre
leurs confrères à Louvain, si bien qu'on put y procéder à un nouveau
scrutin dans des conditions normales. Les voix s'étant partagées entre
Jacques de Croy, frère du comte de Chimay, et Jean de Hornes,
l'affaire fut portée à Rome et traîna en longueur : il y avait trois
familles puissantes à ménager. Guillaume, furieux de sa déconvenue, se
mit à ravager, en attendant, le comté de Hornes, le Limbourg et la
Hesbaye. Sa défaite à Hollogne-sur-Geer ne fit que l'exaspérer ; il se
sentait soutenu par Louis XI, de même que de Hornes comptait sur
l'appui de Maximilien d'Autriche. Jacques de Croy réclamait de son
côté : à un certain moment, il ne s'agit de rien de moins que de
démembrer le territoire liégeois. Enfin, Jacques céda ses droits à son
compétiteur moyennant une pension ; la mort du roi de France décida
Guillaume à prêter l'oreille à des propositions de paix ; enfin, le
pape Sixte IV se prononça formellement pour Jean de Hornes. Le 22 mai
1484, un traité favorable aux d'Aremberg fut signé à Tongres ; le 25
octobre, le magistrat de Francfort, à ce autorisé, accorda les régaux
à l'évêque, et celui-ci fit
son entrée à Liège le 7 novembre, accompagné de Guillaume de La Marck
et de Guy de Canne.
De Hornes et
l'ancien mambour parurent alors les meilleurs amis du monde. D'Aremberg
était de toutes les réjouissances ; on s'envoyait mutuellement des
présents ; on ne se quittait pas, pour ainsi dire. Que penser de la
sincérité de l'évêque? Beaucoup de gens se refusaient à y croire. Une
grande fête fut donnée en son honneur à Saint-Trond ; Guillaume ne
brilla point par son absence. Arriva inopinément de Valenciennes un
frère du prélat, Frédéric de Hornes, seigneur de Montigny, porteur
d'un ordre secret de Maximilien. L'archiduc, inquiet de certaines
démarches du Sanglier, enjoignait à Montigny de se saisir de sa
personne et de le conduire à Macstricht. Frédéric mit son frère au
courant de sa mission, et Jean fut assez lâche pour trahir les devoirs
de l'hospitalité. A la suite d'un joyeux repas, Frédéric annonça qu'il
avait affaire à Louvain : Jean proposa de lui faire la conduite un bout
de chemin, et Guillaume voulut être de la partie. En plaine, Montigny
défia la chevauchée à la course ; mieux monté, La Marck eut bientôt
pris les devants et se trouva hors de vue, engagé dans un bois. Une
embuscade l'y attendait ; il se vit entouré de soldats allemands
apostés là par l'agent de Maximilien ; résister eût été folie. Frédéric
survint et exhiba l'ordre dont il était porteur.
« Où allez-vous me
conduire? -- A Maestricht. -- C'est donc, répliqua le prisonnier,
certainement à la mort. »
Le 17 juin 1485, Guillaume
fut en effet condamné sommairement comme perturbateur
et séditieux, sans même avoir été entendu.
Dès le lendemain, l'échafaud était dressé sur l'une des places
publiques de Maestricht. Jean de Hornes eut l'impudence d'assister, du
haut d'un balcon, aux derniers moments de son ami.
Apercevant le traître, Guillaume s'écria :
« Je vais mourir ; mais ma mort vous
coûtera cher. Ma tête saignera longtemps !
» Puis il releva sa grande
barbe, la tint entortillée entre les dents et tendit son cou au
bourreau. (V. l'article GUILLAUME DE LA MARCK.)
L'indignation fut
grande dans la cité et les La Marck jurèrent vengeance. La prophétie
du décapité s'accomplit. On trouvera ailleurs (voy. l'article
GUY DE
CANNE) des détails sur la lutte qui se poursuivit, plus ardente et
plus haineuse que jamais, entre les deux factions : comme toujours, ce
fut le malheureux peuple qui en subit le contrecoup. Las enfin de
l'anarchie et du terrorisme exercé par les La Marck, les Liégeois se
soulevèrent et crurent, en rappelant leur évêque réfugié de Louvain,
choisir le moindre des deux maux : ils y gagnèrent, en tout cas, la
levée de l'interdit lancé contre leur ville, tant qu'elle serait au
pouvoir des adversaires de Jean. Celui-ci reparut donc à Liège, et la
conclusion de la Paix de Saint-Jacques (1487), réglant les droits du
prince et ceux des bourgeois, sembla inaugurer une période de
soulagement. Mais les petits n'étaient pas satisfaits ; le parti
démocratique élevé au pouvoir en 1488 se hâta d'annuler la paix de
Saint-Jacques. Aussitôt les La Marck reprirent l'offensive et Jean
gagna Maestricht, leur abandonnant le terrain. Jean de Croy, qui
n'avait rien touché de sa pension, intervint à son tour pour tacher de
se substituer à son ancien rival (1) ; Jean de Hornes ne savait de
quel côté se tourner ; en vain il eut recours à Maximilien, devenu
empereur ; Maximilien ne voulait plus se mêler des affaires de Liège.
Les hostilités reprirent sur toute la ligne ; après bien des
péripéties, châteaux démolis, villes prises, plat pays mis à feu et à
sang, la peste et la famine suivant la guerre, les populations
décimées, on finit par songer à s'entendre. Une trêve fut d'abord
consentie, puis Jean de Hornes se décida à supplier Everard de La
Marck de lui pardonner la mort du Sanglier. Le 29 avril 1492, tout fut
réglé à Haccourt : le mariage d'Everard avec Marguerite, nièce du
prince-évêque, devait être le gage de la réconciliation. Jean de
Hornes rentra dans sa capitale le 25 juillet, et, le 13 décembre
suivant, Everard fut nommé souverain mayeur.
Les années suivantes ne se
passèrent pas sans quelques expéditions militaires ; il n'y a pas lieu
de s'y arrêter. Deux faits importants réclament en revanche notre
attention. Les Etats de Liège, dès la proclamation du traité de
1492, négocièrent avec les puissances voisines pour faire reconnaître
la neutralité liégeoise. Leurs démarches réussirent ; par acte du 8
juillet , Charles VIII de France adopta le principe, et peu de temps
après l'empereur d'Allemagne en fit autant. Le pays fut sans doute
encore envahi par la suite ; mais il est incontestable que, sans la
sage prévoyance des Etats, son indépendance aurait été plus souvent et
bien autrement menacée.
Le second fait est
l'incorporation de la principauté au cercle de Westphalie par
l'empereur Maximilien (1500). Cette mesure avait pour but de la
soustraire à l'influence française ; d'autre part, l'idée du souverain
était de mettre fin paisiblement, à l'avenir, aux différends qui
pourraient s'élever entre Etats allemands, en les soumettant, dans
chaque cercle, à une autorité judiciaire supérieure. C'est ainsi que
Liège releva de la Chambre impériale, d'abord installée à Francfort,
puis à Spire, et en dernier lieu à Wetzlar.
Jean de Hornes,
avide de dissipations et toujours besogneux, eut, dans les dernières
années de sa vie, des démêlés sans fin avec les députés des Etats,
commissaires spéciaux chargés de la direction des finances et
renouvelés chaque année. Ils visaient aux économies, et il le fallait
bien, les contribuables étant écrasés de charges et à moitié épuisés.
Le refus de quelques subsides mécontenta l'évêque, qui finit par
devenir intraitable et se porta à des actes de violence, inexplicables
autrement que par des accès de délire. Il rendit le dernier soupir à Maestricht ; les Liégeois ne pouvaient plus supporter sa présence. Son
corps, revêtu de l'habit de saint François, fut transporté dans
l'église des Récollets de Lichtenberg. On lui fit des obsèques
magnifiques ; mais les historiens ne disent pas s'il fut regretté.
C'est sous son
règne (en 1486, parait-il), que les Frères de la vie
commune (les Hiéronymites), venant de Bois-le-Duc, reçurent
l'autorisation d'établir dans l'Ile aux Hochets un collège qui
passa plus tard aux Jésuites. Ce local est aujourd'hui occupé par
l'université de Liège.
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