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Corneille
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Corneille de Berghes
(1538-1544) |
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Alphonse Le Roy
Biographie nationale T. II, pp.
214 et suiv.
publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des Beaux-arts de
Belgique,
Bruxelles, 1897. |
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BERGHES (Corneille DE),
quatre-vingt-cinquième évêque de Liége, abdiqua en 1544, après six ans
de règne, et mourut en 1545. Il était fils de Corneille de Glymes, dit
De Berghes (frère de l'abbé de Saint-Bertin dont il a été
question plus haut), et de Marie-Madeleine de Stryen, dame de
Zevenberghe. Il fut d'abord prévôt de Saint-Pierre à Lille, puis
séjourna assez longtemps à la cour de Marguerite d'Autriche,
« qui le
retenait auprès de sa personne, » dit
Bouille , «
pour sa profonde érudition, son habileté dans
les affaires et autres rares qualités.
» En 1520,
l'empereur Charles-Quint, cherchant à s'assurer à Liége une influence
permanente, décida l'évêque Erard de la Marck, qui lui était fort
attaché, à se donner un coadjuteur également dévoué à la maison
d'Autriche. Erard fut invité à soumettre au chapitre la nomination de
Corneille de Berghes. C'était méconnaître les prérogatives séculaires
des chanoines : il y eut un moment d'émoi ; mais ils finirent par
céder, voyant bien qu'on leur arracherait par force ce qu'ils
n'accorderaient pas de plein gré. Charles colora son empiétement en
alléguant qu'il fallait prévenir, une fois pour toutes, les intrigues
qui se renouvelaient à la mort de chaque évêque, pour le choix clé son
successeur. Il agit de la même manière à l'égard de Corneille,
lorsqu'il reçut sa visite à Gand, en 1541 ; il le requit en quelque
sorte d'accepter pour coadjuteur l'archevêque de Valence, Georges
d'Autriche, fils naturel de l'empereur Maximilien. Le chapitre
s'inclina de nouveau ; mais Charles-Quint étant revenu une troisième
fois à la charge en 1549, pour imposer Robert de Berghes à Georges
d'Autriche, il y eut transaction, ou du moins la
forme fut sauvée : le droit de présenter plusieurs candidats fut
reconnu au chapitre ; l'empereur et l'évêque, agissant de concert,
devaient ensuite faire un choix entre lesdits candidats. En 1563,
l'initiative de la désignation du successeur de Robert n'en fut pas
moins prise par ce dernier prince, sans que les chanoines y missent
sérieusement obstacle.
A peine installé sur son
siège (16 juin 1538), Corneille de Berghes convoqua les états : 1°
pour licencier la plupart des gens de guerre enrôlés sous Erard de la
Marck (Charles-Quint et François Ier semblaient disposés à déposer les
armes) ; 2° pour réparer et relever les forteresses ruinées ; 3° pour
courir sus aux hérétiques. Le premier point fut accordé ; la discussion
du second, ajournée ; quant au troisième, tous les officiers et
baillis du pays reçurent l'ordre de poursuivre rigoureusement les
luthériens et surtout les anabaptistes, qui commençaient à se répandre
à Hasselt et dans les environs.
Neuf de ces sectaires montèrent sur le
bûcher ; dix femmes furent noyées. L'annaliste Mélart rapporte sans
sourciller que Jean Romershoven, l'un des condamnés, au montent où
l'exécuteur venait de l'attacher au poteau, fut étranglé
par le diable, qui lui avait promis de ne pas le laisser mourir par la
main des hommes. Corneille publia ultérieurement plusieurs édits
contre les dissidents ; en 1542, il nomma un inquisiteur spécial pour
Louvain et les autres localités du Brabant appartenant à son diocèse.
Ce fut sous son règne, en 1543, que les jésuites parurent pour la
première fois dans la principauté.
Charles d'Egmont, duc de Gueldre, ayant
manifesté l'intention d'assurer sa succession au roi de France, les Gueldrois craignirent pour leur indépendance et proclamèrent
Guillaume, duc de Clèves et de Juliers, protecteur de leur pays (1538). D' Egmont étant mort peu de temps après, Marie de Hongrie pressa
Charles-Quint d'élever des prétentions sur la Gueldre ; en même temps
elle négocia avec Guillaume, lui déclara ouvertement qu'elle le
considérait comme un usurpateur, et le somma
«
de renoncer à une
entreprise qui lui aliénerait l'empereur
». Le duc de Clèves
offrit de traiter directement avec Charles-Quint ; mais, alarmé de
l'attitude de ce dernier, il se jeta à son tour dans les bras de la
France, ce qui ne pouvait manquer d'allumer une guerre désastreuse. Du
reste, dés le moment où il avait accédé aux vœux des Gueldrois,
Guillaume s'était ménagé secrètement des intelligences dans les
Pays-Bas ; il comptait également à Liége un certain nombre de
partisans, qui rêvaient un changement de gouvernement au profit du
parti populaire. Une conspiration fut découverte en cette ville (1539)
: ceux des conjurés qui échappèrent au dernier supplice se réfugièrent
à Juliers, où leur présence entretint les craintes de Corneille de Berghes. L'évêque de Liége, en effet, se voyait sérieusement menacé :
le bruit se répandit que le roi de France, le sachant inféodé à
l'empereur, méditait une invasion sur son territoire. Toute espérance
de paix venait de s'évanouir. Deux ambassadeurs français avaient été
mis à mort par les ordres du gouverneur de Milan, et Charles-Quiet ne
se pressait pas de donner réparation de cet attentat. Les dispositions
de François Ier à l'égard de Liége étaient si peu douteuses, qu'il
venait de faire arrêter et retenir à Lyon, comme otage, le coadjuteur
Georges d'Autriche, en route pour se rendre à son poste. Corneille
voulut montrer, dit Mélart,
« qu'il avait du sang aux ongles.
» Il fit
relever les murailles de la Cité ; les Rivageois, qui y travaillèrent
activement, recouvrèrent à cette occasion leurs privilèges.
Il publia de sévères ordonnances de police, arma toute la principauté
et réserva cinq régiments pour la défense de la capitale, qu'il divisa
en autant de quartiers. Il n'y avait pas de temps perdre : la guerre
éclatait de toutes parts ; Guillaume de Clèves, lié par un traité au
roi de France, était sur le point de marcher sur Maestricht et
probablement ne s'arrêterait pas là. Cependant, il essaya d'entrer
en pourparlers avec l'évêque. Celui-ci, en somme, aurait consenti à
une convention garantissant sa neutralité ; mais Marie de Hongrie,
ayant eu vent de ses démarches, envoya à Liège le seigneur de Noirthout, pour rappeler
à Corneille et au chapitre l'alliance défensive conclue en 1518 entre
l'empereur et les Liégeois. Sur ces entrefaites le pays souffrait
horriblement des allées et des venues des soldats étrangers ; d'autre
part, un nouveau complot fut éventé dans la cité même : i1 ne
s'agissait de rien moins que de livrer une des portes aux généraux Longueval et Van Rossem, qui rôdaient aux environs d'Aix-la-Chapelle.
L'évêque dut ouvrir les yeux : il assembla les états et leur soumit
les réclamations de la gouvernante des Pays-Bas. Les états décidèrent
que l'alliance serait maintenue, mais que Liége ne prendrait aucune
part à la guerre ; ils déclarèrent en outre qu'ils s'opposeraient de
toutes leurs forces à tout passage de troupes sur leur territoire (15
juin 1543). Cependant la fortune abandonna Guillaume de Clèves, qui
fut réduit à implorer sa grâce de l'empereur. La principauté de Liége
fut sauvée : aussi bien Van Rossem, dans la campagne précédente, ne
s'était point hasardé à y tenter un coup de main, tant elle était bien
gardée, grâce aux précautions du prince-évêque.
Georges d'Autriche, après vingt-deux
mois de captivité, racheta sa liberté au prix de vingt-cinq mille
écus, et vint décharger Corneille du fardeau de l'administration.
Celui-ci, depuis longtemps maladif, se retira au château de Huy pour y
passer paisiblement le reste de ses jours. La chronique manuscrite de
Sylvius, évêque de Tagaste, prétend qu'il abdiqua avant la fin de
1543 ; cet acte, selon Fisen, ne daterait que de 1544. Loyens attribue
la retraite de Corneille à l'intention que celui-ci aurait eue de se
marier, son frère Maximilien n'ayant pas d'enfants ; mais la mort,
ajoute-t-il, le surprit en 1545. On ne sait rien de positif à l'égard
de cette dernière date : un manuscrit cité par Foullon ne fait
mourir Corneille de Berghes qu'en 1560.
Corneille ne se
distingua point par son esprit de tolérance ; mais il faut faire la
part des idées du temps. On peut lui reprocher, comme à ses
successeurs, une trop grande condescendance envers la maison
d'Autriche. En revanche, il sut administrer le pays et en assurer la
sécurité. On lui doit d'excellents règlements de guerre et de police,
de nouveaux statuts en matière de procédure et une réformation des
tribunaux laïques. Il conclut avec Charles-Quint, en 1541, un
concordat touchant l'exercice de la juridiction ecclésiastique dans
les parties des Pays-Bas relevant de son autorité diocésaine : ce document important a été annoté avec
le plus grand soin par Louvrex (Recueil des édits). --
Il y a lieu de signaler, parmi ses autres ordonnances, celle qui
enlève aux bouchers le monopole de l'abatage, celle qui prescrit aux
hôteliers de prendre note du nom de chaque personne qu'ils reçoivent,
enfin celle qui bannit de la principauté
«
les Egyptiens et Bohémiens
vagabonds
», très-nombreux à cette époque, paraît-il, au pays de Liége.
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Alphonse Le
Roy. |
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Chronique MS de Sylvius (Bibl. de M. U.
Capitaine). -- Chapeauville, t. III. -- Foullon, Fisen, Bouille, etc.
-- Mélart, Hist. de H uy.,
-- Loyens,
Rec. hérald. -- Louvrex, Rec. des Edits, etc. --
Lenoir, Hist. du protestantisme à Liége -- Henne,
Hist. de la Belgique sous
Charles-Quint, t. III. -- Goethals, Dict. généal.,
au mot Glymes (t. II). |
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