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Georges
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Georges d'Autriche
(1544-1557) |
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S. Bormans
Biographie nationale T. VII, pp.
611 et suiv.
publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des Beaux-arts de
Belgique,
Bruxelles, 1897. |
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GEORGES D'AUTRICHE prince-évêque de Liège,
né en 1504, mort dans sa ville épiscopale le 5 mai 1557, était fils
naturel de l'empereur Maximilien Ier et d'une dame noble de la famille
hongroise de Walga. Le pape Adrien VI lui ayant accordé les dispenses
nécessaires à tout bâtard pour être reçu dans les ordres, il fut créé
évêque de Brixen, dans le Tyrol, le 21 octobre 1525, puis archevêque
de Valence, en Espagne, le 12 janvier 1539. Corneille de Berghes
occupait alors le siège épiscopal de Liège, sur lequel l'avait porté,
en 1538, l'influence de Charles-Quint. Le pays de Liége se trouvant
pour ainsi dire enclavé dans les Pays-Bas, l'empereur, presque
continuellement en guerre avec la France, avait le plus grand intérêt
à voir à la tête de cette principauté des hommes dévoués à la maison
d'Autriche. Cette considération avait pour lui une telle importance
que, craignant d'être surpris par les circonstances et de voir, au
dernier moment, surgir des compétitions dont l'issue aurait pu être
contraire à sa politique, il songea, dès l'année 1540, à préparer un
successeur à Corneille de Berghes. Ce fut sur Georges d'Autriche, son
neveu, qu'il jeta les yeux. Il commença par demander pour lui, le 27
décembre, un canonicat de la cathédrale ; le vice de la naissance de
Georges, prévu par les statuts de cette église, suscita des
difficultés qui ne furent levées qu'après un an : sa provision, comme
chanoine et comme prébendier de Saint-Lambert, date du 31 décembre
1541. Cependant, le 3 janvier de cette année, sous prétexte de
prévenir les intrigues qui se représentaient chaque fois qu'il y
avait lieu d'élire un nouvel évêque, Charles-Quint fit demander au chapitre de Liége, par Corneille de
Berghes lui-même, dans lequel il trouvait un appui complaisant, de
lui donner Georges d'Autriche en qualité de coadjuteur, cum
jure succedendi. Ce ne
fut pas sans une certaine répugnance que les chanoines de
Saint-Lambert, qui voyaient dans l'initiative de l'empereur une
atteinte portée à leur droit d'élection, donnèrent leur consentement à
ce projet, qui fut confirmé par le pape le 23 février (1).
Charles-Quint lui ayant aussitôt mandé de venir occuper son poste,
Georges quitta l'Espagne au mois d'août et se mit en route pour la
France. Mais comme la guerre venait de recommencer, à son insu, entre
ce pays et l'Empire, François Ier le fit arrêter et jeter dans les
prisons de Lyon. Sa captivité dura vingt-deux mois (2), car, dit Chapeauville, le roi de France espérait que, dans l'entre-temps, les
événements amèneraient sur le siège de Liège un prélat favorable à sa
cause. Remis enfin en liberté, moyennant une rançon de trente et un
mille écus d'or, Georges d'Autriche arriva à Bruxelles dans la
première moitié de juin 1543 ; le 18 de ce mois, les chanoines lui
députèrent deux archidiacres pour lui offrir les félicitations du
chapitre. Le 15 octobre suivant, Corneille de Berghes annonça
l'intention de faire une excursion en Hollande et remit les rênes du
gouvernement, pendant son absence, aux mains de son coadjuteur. Le 5
janvier 1544, les deux prélats se portèrent, avec le clergé, la
noblesse, les bourgmestres et presque toute la population de Liège, à
Sainte-Walburge, aux portes de la ville, à la rencontre de
Charles-Quint, qui venait, en passant, visiter l'antique cité.
Corneille, aussitôt après, se remit en voyage ; le 23 février, nous le
trouvons à Stockem. Cependant le coadjuteur, peut-être à cause de la
peste qui sévissait à Liège, résidait à Bruxelles, où il recevait des
députations pour s'entretenir des affaires de l' Etat. Cette situation
ne tarda pas, sans doute, à présenter des inconvénients, puisque,
le 11 mars, Georges demanda au chapitre de nommer une commission
chargée d'administrer le pays pendant l'absence de l'évêque. On ne
connaît pas les dates de la résignation, ni de la mort de Corneille de
Berghes : le 19 juin, Georges d'Autriche est encore qualifié
coadjuteur ; le 31 juillet, il écrit au chapitre qu'il a fixé au
dimanche après l'Assomption (17 août) la cérémonie de son
inauguration. Il fit son entrée en compagnie du comte Jean d'Oostfrise,
son beau-frère, et avec beaucoup d'éclat ; dès le surlendemain, il tint
une séance des Etats, où l'on s'occupa des grands intérêts de la
nation.
Georges d'Autriche avait les qualités
essentielles d'un bon prince ; aussi, malgré les temps difficiles
qu'il traversa, il gouverna sagement son peuple, qui fut
heureux sous son règne. Un de ses premiers soins fut de faire
confirmer, par l'empereur des Romains, les privilèges des évêques et
du pays de Liège ; par un diplôme du 20 juillet 1545, Charles-Quint
décrétait, en même temps, l'établissement à Liège d'un tribunal chargé
de juger les causes d'appel ; ce fut le conseil ordinaire. Le
prince-évêque s'appliqua particulièrement à empêcher l'introduction de
la Réforme dans son diocèse, et soutint même le clergé de Cologne dans
son opposition contre l'archevêque Herman de Wied, partisan de
Luther. L'administration de la justice attira aussi son attention.
Malgré les édits d'Erard de la Marck et de Corneille de Berghes en vue
de supprimer les abus qui avaient envahi les tribunaux ecclésiastiques
et séculiers, on continuait à se plaindre de la vénalité des juges, de
la longueur des procédures, de l'énormité des frais de justice et de
l'incertitude des anciens usages, qui n'étaient pas fixés par écrit et
qui, diversement interprétés suivant les passions ou l'intérêt des
plaideurs, offraient un texte inépuisable à la chicane (3). Pour
remédier à ces maux, Georges d'Autriche publia,
le 14 mars 1548, un édit important fixant le droit coutumier du comté
de Looz ; le 25 février 1551, des statuts pour régler la compétence de
la cour de l'official et empêcher, notamment, l'immixtion des juges
ecclésiastiques dans les affaires temporelles (4) ; les 6 et 7 juillet
suivants, une réformation de la justice séculière ; enfin, au mois de
septembre de la même année, un règlement touchant le mode de procéder
par devant le Conseil ordinaire, qui venait d'être institué. Une plaie
terrible de notre pays à cette époque, consistait dans le séjour qu'y
faisaient les soldats étrangers ; non payés et débandés à la suite des
guerres, ils parcouraient par troupes les campagnes, pillaient tout ce
qui se présentait sur leur passage, et jetaient partout l'épouvante.
Georges d'Autriche prit des mesures sévères à l'égard de ces
«
vagabonds
et bohémiens
».
Il publia divers édits très sages pour assurer la
conservation des bois dans la principauté ; régler le débit des
denrées, surtout de la viande et du poisson, dans la ville de Liège ;
empêcher la sortie des grains et en favoriser l'importation dans les
temps de disette, si fréquents au XVIe siècle, garantir le repos
public en sévissant avec vigueur contre les rôdeurs nocturnes, les
auteurs de rixes et les assassins, et en autorisant l'arrestation des
malfaiteurs, même dans les églises et lieux pieux, qui jusque-là leur
avaient servi d'asile ; empêcher la circulation de la fausse monnaie,
etc. A propos de ce dernier point, il eut un court démêlé avec le
chapitre de la cathédrale Saint-Lambert, qu'il avait négligé de
consulter en cette circonstance, et qui réclamait l'observation de son
droit constitutionnel d'intervenir dans la publication des lois
générales du pays.
En 1547 et 1552, Georges d'Autriche,
par sa douceur et sa modération, apaisa la querelle qui avait éclaté
entre les Etats et le clergé secondaire, à propos des impôts, et amena
celui-ci à y contribuer, en 1548. Ce fut par son
énergie qu'il prévint une sédition dans la cité, en faisant saisir et
brûler publiquement des écrits révolutionnaires répandus dans le
peuple. A la suite du décret du 14 juin de la même année, par lequel
Charles-Quint proposait aux évêques d'Allemagne de réformer la
discipline ecclésiastique suivant sa fameuse formule Interim, Georges
réunit un synode diocésain dont les statuts ont été souvent publiés et
qui insistent, particulièrement, sur l'instruction et les bonnes mœurs
qu'il faut exiger de la part de ceux qui se destinent aux fonctions
sacerdotales. En 1551, notre prince-évêque fut appelé à prendre part
aux travaux du concile de Trente ; mais le mauvais état de sa santé ne
lui permit pas de s'y rendre, et il se fit remplacer par l'écolâtre
Guillaume de Poitiers.
Georges d'Autriche ne négligea point
les travaux publics : il fit construire à Liège, outre divers murs
d'eau et boulevards, le bâtiment de la boucherie en la Veske-court.
Ce prince eut, toute sa vie, à craindre
les invasions des armées étrangères. Au mois de décembre 1551, la
guerre ayant été déclarée entre l'empereur et le roi très chrétien, le
pays de Liège fut envahi et ravagé par les troupes d'Henri II. Il
n'était guère possible de s'opposer aux entreprises de ce prince qui,
favorisant les prétentions de Robert de la Marck sur Bouillon,
s'empara de cette forteresse le 5 juillet 1552. Les 7 et 10 juillet
1554, il obligea les villes de Bouvignes et de Dinant à se rendre à sa
merci, et les livra au pillage. L'hostilité qui régnait entre les deux
couronnes de France et d'Allemagne lui attira encore d'autres ennuis.
En 1546, à la demande de l'empereur, qui trouvait le pays trop exposé
aux invasions des Français du côté de l'Entre-Sambre-et-Meuse, Georges
d'Autriche céda à Marie de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas, le
village de Pont-à-Fraisne pour y élever la forteresse de Mariembourg.
L'église de Liège devait, en échange, être mise en possession de la
partie de Herstal située sur la rive gauche de la Meuse. Mais la Cour d'Espagne imagina toute sorte
de prétextes pour ajourner indéfiniment la cession effective de ce
territoire. En 1555, l'empereur bâtit sur le sol liégeois Charlemont
et Philippeville, sans que notre pays eût pu obtenir de compensation.
Georges d'Autriche occupait le siège
épiscopal depuis six ans à peine, que Charles-Quint songeait déjà à
lui assurer un successeur attaché aux intérêts de sa maison. Le 3
juillet 1549 arrivèrent de Bruxelles le comte d'Arenberg et un autre
député pour exposer au chapitre que, si le pays voulait acquérir des
droits à sa protection en cas de guerre, il convenait qu'il eût à sa
tête un prélat en conformité d'idées avec lui. Les tréfonciers qui,
pour la troisième fois, se voyaient pour ainsi dire imposer un
coadjuteur, délibérèrent longtemps, et crurent enfin avoir sauvegardé
leur droit d'élection en présentant à l'empereur cinq candidats, parmi
lesquels il pouvait, de concert avec l'évêque, choisir le successeur
de celui-ci. Le 18 décembre, Charles-Quint fit savoir que son choix
était tombé sur Robert de Berghes, dont le chapitre retarda,
toutefois, l'admission jusqu'au ler janvier 1557.
Miné par une fièvre lente, Georges
d'Autriche fit son testament le 16 novembre 1556. Le 6 avril de
l'année suivante, il présida encore une séance des Etats. Il fut
inhumé à Saint-Lambert, et Duphet, poète estimé du temps, composa
l'épitaphe suivante, qui fut gravée sur son tombeau :
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D.O.M.
QUI CLARUM AUSTRIACA DE STIRPE GEORGIUS
ORTUM
DUXERAT, HEU! TUMULO MORTUUS HOC TEGITUR.
BRIXNA PRINCIPIO, POST
IPSA VALENCIA, TANDEM
SUSCEPIT SACRUM LEGIA PONTIFICEM,
HISQUE LOGIS, PRAESUL NULLI PIETATE
SECUNDUS,
REXIT QUA DECUIT CUM PROBITATE GREGEM.
QUINQUAGINTA DUOS
NATUS PAULO AMPLIUS ANNOS,
LETHALI MORBO SAEPIUS ARRIPITUR.
MAI QUINTA ADERAT LUX, SOLE
CADENTE SUB [UNDAS
OCCIDIT, AT DEUS
HUIC DET FRUIER REQUIE, |
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En 1811, les restes mortels de Georges
d'Autriche furent, avec ceux de plusieurs autres prélats, transférés
dans un caveau de l'église Saint-Paul. Suivant le désir qu'il en avait
exprimé, son cœur enfermé dans une boîte en plomb, avait été envoyé à Curange et
déposé dans l'église ; c'est là qu'il venait se reposer, dans la
retraite, des fatigues de l'épiscopat. Sa devise était : Confide et
ama. Sanderus dit qu'il laissa un bâtard nommé, comme lui, Georges
d'Autriche, qui devint prévôt de Harlebeke et de Saint-Pierre à
Louvain, puis chancelier de l'Université de cette ville.
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S. Bormans. |
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De Theux, Le Chapitre de
Saint-Lambert Liège, t. III, p. 96. -- Abry, Recueil héraldique
des bourgmestres de Liège, p. 271. -- Bormans, Répertoire
chronologique des conclusions capitulaires du chapitre Saint-Lambert.
-- Foullon et les autres historiens liégeois. |
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(1) Cette
confirmation est datée «
le 7 des Kalendes de mars 1540
»
(voy. Conclusions capitulaires
da chapitre de Saint-Lambert, registre n° 114, fol. 20, aux
archives de l'Etat à Liège). Il faut sans doute lire 1541. Cette bulle
ne fut lue officiellement en séance capitulaire que le 11 juin 1543.
(2)
Vingt-deux jours, dit Chapeauville.

(3) Polain, Recueil des
ordonnances.

(4) Ce nouveau corps de lois, formé par
des jurisconsultes habiles, fut approuvé par l'autorité impériale.

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