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MAXIMILIEN-HENRI DE
BAVIERE, XCIe évêque de Liège, né en 1621, mourut à Bonn,
le 3 juin 1688. Il était fils d'Albert VI, duc des deux Bavières, et de Mathilde de Leuchtenberg.
Son oncle Ferdinand de Bavière (voir ce nom) se le fit donner pour
coadjuteur le 19 octobre 1649, malgré l'opposition de
quelques chanoines, qui en appelèrent vainement à Rome, alléguant que
la principauté épiscopale de Liège tendait à devenir une sorte de
seigneurie héréditaire. Népotisme et cumul, telle eût pu être, en
effet, la devise de ces prélat bavarois. Non seulement
Maximilien-Henri succéda à Ferdinand comme prince-évêque de Liège,
mais encore il le remplaça comme archevêque-électeur de Cologne et
comme évêque de Hildesheim ; en 1683, il fut, en outre, nommé
évêque de Munster. Il avait reçu la prêtrise à Bonn, peu de temps
après la mort de Ferdinand ; Fabio Chigi, nonce à Cologne et depuis
pape sous le nom d'Alexandre VII, vint ensuite à Liège pour procéder à
son sacre. Maximilien-Henri
gouverna pendant trente-huit ans l'Église et la principauté de Liège,
et ce long règne laissa derrière lui des souvenirs aussi amers que le
précédent. Les débuts du coadjuteur firent pressentir l'attitude de
l'évêque souverain. Il avait résolu de terroriser les Liégeois, et
d'abord de les humilier. II fut assez habile pour obtenir des États
l'argent nécessaire pour la construction de la citadelle de
Sainte-Walburge, destinée à museler la cité, et il contraignit le
pauvre peuple à y travailler à la corvée. Les Grignoux
flétrirent la forteresse du nom de HaCeLDaMa, qui, par parenthèse,
forme chronogramme (1).
Parvenu au trône,
Maximilien songea plutôt, nous venons de le dire, à se faire craindre
qu'à se faire aimer. Des exécutions sanglantes signalèrent
son avènement ; celle du vénérable octogénaire Pierre Bex, ancien
bourgmestre (22 février 1651), mit le comble à son impopularité
(voir l'article Bex). Le vieillard eut été gracié s'il avait consenti
à solliciter son pardon ; il demeura inflexible,
malgré toutes les insistances des siens,
«
n'ayant rien,
dit-il, à
se faire pardonner
». Le
bourreau fut protégé par un appareil militaire, et le roulement des
tambours étouffa les murmures menaçants de la foule.
Cependant le
nouveau prince se vit bientôt absorbé par les soucis de la politique
extérieure. On était bien loin du temps où Erard de La Marck avait
traité avec Charles-Quint. Le Bavarois jugea qu'il était de son
intérêt de se maintenir en bons termes avec la cour des Tuileries :
Mazarin ne demandait pas mieux. Son agent, le seigneur de Wagnée, fit
miroiter aux yeux du prince de Liège le choix possible du futur
empereur dans la maison de Bavière. Maximilien, toutefois, ne
s'aventura pas trop au commencement et se laissa même flatter par
l'Espagne ; mais le roi de France lui força la main pour ainsi dire, en
procurant aux Liégeois un sérieux avantage matériel, par la
construction du « chemin neuf
» de Liège
à Sedan, qui évitait le territoire espagnol et, par conséquent, les
lignes de douane des Pays-Bas. Lorsque éclata la guerre de Flandre,
Maximilien-Henri était gagné à Louis XIV. Il accorda le passage aux
troupes françaises et le refusa à l'armée impériale, levée, disait-il,
pour combattre les Turcs et non pour guerroyer dans nos provinces (2).
Sur quoi Castel-Rodrigo, gouverneur des Pays-Bas, ayant vu échouer ses
propositions d'alliance, fit ravager la principauté par les soldats
espagnols. Le Bavarois implora le secours du roi de France, qui finit
par lui tenir singulièrement compte de ses complaisances.
Malheureuse avait
été la situation du pays de Liège pendant cette première période du
règne de Maximilien-Henri. Ecrasés d'impôts, invoquant en vain leur
neutralité, pillés et rançonnés par des soldats étrangers dont les
déprédations aggravaient chaque jour la misère publique, les Liégeois
rongeaient douloureusement leur frein ou semblaient, dans leur
découragement, avoir perdu jusqu'au souvenir de leur glorieux passé.
Cependant quelques efforts furent tentés par le prince en vue du
rétablissement de la paix. Ils aboutirent au traité de Tirlemont (17
mars 1654), qui fut ratifié par la France, l'empire et l'Espagne. On y
stipula le départ des troupes étrangères (3) et l'élargissement de
tous les prisonniers, et enfin l'échange de Mariembourg contre
Herstal, en exécution d'une convention remontant au 6 mai 1646. Les
Etats furent convoqués ; l'horizon, un instant éclairci, se rembrunit
de nouveau par suite de l'attitude du souverain, qui se refusa
obstinément à la réduction de la milice, réclamée par l'Etat noble et
le tiers Etat. Le grand prévôt J.-B. de Groesbeek ayant protesté
vivement contre la conduite de Maximilien, fut arrêté comme séditieux
; le chapitre prit sa défense et se fâcha tout de bon, à ce point
qu'il ordonna la fermeture de la cathédrale et la suspension des
offices. L'évêque en appela au nonce, qui se trouva d'abord fort
embarrassé, mais finit par accueillir de part et d'autre quelques
concessions d'autant plus opportunes, que le peuple commençait à faire
mine de s'agiter.
Les Français, admis à traverser la
principauté, la traitèrent en pays conquis, malgré les promesses de
Louis XIV et de ses ministres. La ville de Tongres, entre autres, fut
livrée au pillage. Les Espagnols et les Impériaux ne firent que suivre
leur exemple en pénétrant dans le Condroz.
Les
Français s'emparèrent des petites forteresses qu'ils trouvèrent sur
leur chemin. Thuin se défendit énergiquement ; une surprise les rendit
maîtres de la citadelle de Liège. Le magistrat de la cité fit
inutilement appel à la bourgeoisie : la misère l'avait énervée et
conduite à l'indifférence. Elle n'en laissa pas moins éclater une joie
bruyante lorsque le maréchal d'Estrades, au moment du départ, ordonna
la démolition de l'odieuse forteresse, dont il n'avait plus besoin. On
conçoit le dépit de Maximilien. Il envoya trois compagnies de ses
troupes allemandes pour prendre possession des ruines de la citadelle,
le peuple les chassa et acheva l'œuvre de démolition. Le parti
démocratique releva la tête et réclama d'abord la suppression de
l'impôt sur le sel et la bière, à remplacer par des redevances sur des
objets de luxe ; ensuite il revendiqua hautement le rétablissement des
anciens privilèges des trente-deux métiers. Malgré les exhortations de
l'empereur Léopold, les bourgeois déclarèrent qu'ils entendaient
procéder à l'élection magistrale d'après le règlement de 1603, amendé
en 1631, et non d'après la réforme de 1649. Ils le firent comme ils
l'avaient dit, et cet état de choses se prolongea pendant plusieurs
années.
Les
Grignoux triomphaient ; mais la fête devait avoir son
lendemain. Bientôt il fut évident que l'opposition ne pourrait compter
sur l'appui de la France, pas plus que sur la médiation de l'empereur.
Celui-ci répugnait à des mesures violentes ; mais il estimait que les
Liégeois n'avaient rien de mieux à faire que de se soumettre à leur
évêque ; et le ministre français à Liège, la Raudière, fut chargé par
Louis XIV de tenir le même langage aux mécontents.
Maximilien, cependant, parut entrer dans la voie des accommodements en
agréant une formule de paix qui lui fut soumise en 1683.
Amnistie générale, maintien en vigueur, sauf quelques modifications,
du règlement de 1603 (amendé en 1631) pour les élections magistrales,
telles étaient les stipulations essentielles de ce compromis, rédigé
par les bourgmestres Jean de Gaan et Nicolas Remouchamps, esprits
modérés, animés d'un zèle digne d'un meilleur succès. Malheureusement
l'élection de Remouchamps fut annulée, ce personnage ayant reçu
l'ordre du sous-diaconat. Les électeurs le remplacèrent par Henri
Pompée de Macors, l'un des chefs des
« séditieux
», et
la guerre civile se ralluma. On vit reparaître l'antagonisme des
Chiroux et des Grignoux : des mangeurs de tartes et
des mangeurs de boudins, comme on disait.
Les élections
suivantes confièrent les clefs magistrales à François Renardi et Paul
Gilloton, deux intransigeants. Cette fois Maximilien ne s'inclina pas
devant le règlement de 1603 : il proscrivit les élus comme
perturbateurs du repos public. Il refusa formellement de traiter avec
ceux, et, en désespoir de cause, on les vit une dernière fois implorer
l'intervention de Louis XIV : le roi fit la sourde oreille. Maximilien
comptait sur une réaction : il ne se trompait pas. Les troupes de
Guillaume de Furstemberg, évêque de Strasbourg et coadjuteur du
Bavarois, prirent position à Visé ; un détachement s'avança jusqu'à la
capitale et y pénétra sans coup férir. Les principaux mutins furent
arrêtés : Gilloton parvint à s'enfuir ; Macors aurait pu en faire
autant ; il refusa, se sentant innocent, dit-il. L'historien Bouille
se plaît à relever la dignité de son caractère. Le clergé et de
nombreux notables intercédèrent vainement en sa faveur ainsi que pour
Renardi. Ils périrent sur l'échafaud : Maximilien fit sa rentrée en
ville le 9 octobre 1684, à trois heures, six heures après leur
supplice. Il n'avait pas revu Liège depuis 1671.
Une régence fut
aussitôt constituée pour administrer la ville, et le 28 novembre
suivant parut un nouveau règlement concernant les élections
magistrales. Ce n'était ni plus ni moins qu'un coup d'Etat ; néanmoins
dans le préambule, le prince se vantait de sa modération. Il aurait pu
retenir à lui, disait-il, la création annuelle du magistrat de la
cité ; mais il voulait bien en
accorder, révocablement, à la généralité de la bourgeoisie,
quelque participation... Le
mandement ou règlement de 1684, œuvre de réaction, paraissait au
premier abord respecter les anciennes institutions ; en réalité, il
réduisait à peu de chose les droits politiques des citoyens. En voici,
d'après Daris, les dispositions principales :
« Tous les
bourgeois, même ceux qui ne sont pas artisans, se feront inscrire dans
un métier ; les trente-deux métiers seront représentés par seize
chambres, composées chacun de trente-six membres, dont vingt seront
pris parmi les nobles, les patriciens, les anciens fonctionnaires, les
lettrés, les rentiers ; dix parmi les marchands notables, et six enfin
parmi les artisans des deux métiers incorporés à la chambre (trois de
chaque métier). Tous les membres de chaque chambre seront nommés pour
la première fois par le prince. A l'avenir, lors du décès ou de la
démission d'un membre, les trente-cinq restants présenteront au prince
un candidat de la même condition ou profession que le défunt ou le
démissionnaire. L'élection des bourgmestres aura lieu de la manière
suivante, le dimanche après la Saint-Lambert. Dans chaque chambre, le
sort désignera trois personnes qui seront conduites par le commissaire
à l'hôtel de ville ; là, le sort désignera, parmi ces trois, un pour
être électeur du bourgmestre et un autre pour être conseiller communal
; les seize électeurs désigneront parmi les membres des seize chambres
(eux exceptés) trois candidats ayant les qualités requises ; parmi ces
trois, le sort désignera l'un des deux bourgmestres ; le prince, de
son côté, présentera aussi trois candidats pris dans les seize
chambres, et le sort désignera parmi ces trois le second bourgmestre ;
les seize conseillers communaux des chambres seront réduits à dix par
la voix du sort ; les seize conseillers communaux nommés par le prince
et pris dans les seize chambres seront aussi réduits à dix par la voie
du sort ; ces vingt, avec les deux bourgmestres, formeront le conseil
communal ; personne ne pourra une seconde fois être, soit électeur du
bourgmestre, soit bourgmestre, soit conseiller communal, qu'après un
intervalle de quatre ans. Des vingt conseillers communaux , dix seront
pris, à tour de rôle, pour composer la franchise, avec les
bourgmestres, et pour vaquer aux enquêtes et décharges ; des
vingt-deux commissaires, onze seront nommés à vie par le prince et
onze par les tenants et mambours des paroisses ; les tenants et
mambours de chaque paroisse nommeront trois candidats
; le sort désignera le commissaire parmi ces candidats ; pour
maintenir l'ordre public contre les tentatives des perturbateurs, il
sera établi une citadelle et une milice bourgeoise. La milice gardera
les portes et les autres postes militaires ; les lieutenants, les
capitaines et les colonels de cette milice seront nommés par le
prince, sur la proposition du grand-mayeur ; les clefs des portes de
la ville seront remises chaque jour au prince ou au grand doyen ; la
milice bourgeoise sera payée sur le trésor public ; la milice de la
cité sera commandée par le
grand-mayeur ; celle de la banlieue par les baillis du rivage d'Amercœur
et d'Avroy, et par le bailli du
chapitre pour ses seigneuries, lesquels baillis présenteront les
officiers à la nomination du prince
». Le Règlement de 1684
renferme, en outre, des dispositions destinées à renforcer l'action de
la justice criminelle, en restreignant l'intervention de la franchise.
Le résumé qui
précède nous dispense de tout commentaire. Le règlement de
1684
marque la fin de la période dramatique de
l'histoire de Liège. La principauté tomba dans l'atonie ; les anciens
privilèges cessèrent d'exister et l'énergie des citoyens s'assoupit
peu à peu pour ne se réveiller en sursaut qu'au premier coup du tocsin
de 1789.
On vit bien alors les partis se réveiller, mais
les questions alors en litige se présentèrent sous un aspect tout
nouveau.
Les historiens
liégeois, même nos contemporains, ne peuvent, ce semble, mettre la
passion de côté lorsqu'ils ont à parler du règlement de Maximilien.
Ferd. Henaux le voue à l'exécration ; Villenfagne
(Rech.,
t. II), de Crassier, de Gerlache, Daris, s'en
font les apologistes plus ou moins enthousiastes. Le dernier cité
entre dans des détails intéressants sur les décrets publiés tour à
tour concernant les bonnes
villes, où l'absolutisme du prince
remplaça également le régime démocratique.
A Liège, non
seulement la citadelle se releva de ses ruines, mais Maximilien fit
construire, au milieu du Pont des Arches, une
tour fortifiée qui fut appelée
Dardanelle. Elle fut armée de
canons et dut être fermée tous les soirs. Le but du prince était
d'empêcher quand il le voudrait les communications entre les deux
rives. Il redoutait l'esprit turbulent des habitants d'Outre-Meuse.
Maximilien-Henri
mourut dans son palais de Bonn. Son corps fut transporté à Cologne et
inhumé dans la cathédrale
(chapelle des Trois-Rois). |