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Maximilien-Henri de  Bavière


 

 

 

 

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Maximilien-Henri de Bavière (1650-1688). Gravure par I. Schuppen, 1671. Bruxelles, Bibliothèque royale Albert Ier, Cabinet des estampes

 

 

 

 

Alphonse Le Roy
Biographie nationale T. XIV, pp. 170 et suiv.
publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des Beaux-arts de Belgique, Bruxelles, 1897.

MAXIMILIEN-HENRI DE BAVIERE, XCIe évêque de Liège, né en 1621, mourut à Bonn, le 3 juin 1688. Il était fils d'Albert VI, duc des deux Bavières, et de Mathilde de Leuchtenberg. Son oncle Ferdinand de Bavière (voir ce nom) se le fit donner pour coadjuteur le 19 octobre 1649, malgré l'opposition de quelques chanoines, qui en appelèrent vainement à Rome, alléguant que la principauté épiscopale de Liège tendait à devenir une sorte de seigneurie héréditaire. Népotisme et cumul, telle eût pu être, en effet, la devise de ces prélat bavarois. Non seulement Maximilien-Henri succéda à Ferdinand comme prince-évêque de Liège, mais encore il le remplaça comme archevêque-électeur de Cologne et comme évêque de Hildesheim ; en 1683, il fut, en outre, nommé évêque de Munster. Il avait reçu la prêtrise à Bonn, peu de temps après la mort de Ferdinand ; Fabio Chigi, nonce à Cologne et depuis pape sous le nom d'Alexandre VII, vint ensuite à Liège pour procéder à son sacre.

   Maximilien-Henri gouverna pendant trente-huit ans l'Église et la principauté de Liège, et ce long règne laissa derrière lui des souvenirs aussi amers que le précédent. Les débuts du coadjuteur firent pressentir l'attitude de l'évêque souverain. Il avait résolu de terroriser les Liégeois, et d'abord de les humilier. II fut assez habile pour obtenir des États l'argent nécessaire pour la construction de la citadelle de Sainte-Walburge, destinée à museler la cité, et il contraignit le pauvre peuple à y travailler à la corvée. Les Grignoux flétrirent la forteresse du nom de HaCeLDaMa, qui, par parenthèse, forme chronogramme (1).

   Parvenu au trône, Maximilien songea plutôt, nous venons de le dire, à se faire craindre qu'à se faire aimer. Des exécutions sanglantes signalèrent son avènement ; celle du vénérable octogénaire Pierre Bex, ancien bourgmestre (22 février 1651), mit le comble à son impopularité (voir l'article Bex). Le vieillard eut été gracié s'il avait consenti à solliciter son pardon ; il demeura inflexible, malgré toutes les insistances des siens, « n'ayant rien, dit-il, à se faire pardonner ». Le bourreau fut protégé par un appareil militaire, et le roulement des tambours étouffa les murmures menaçants de la foule.

   Cependant le nouveau prince se vit bientôt absorbé par les soucis de la politique extérieure. On était bien loin du temps où Erard de La Marck avait traité avec Charles-Quint. Le Bavarois jugea qu'il était de son intérêt de se maintenir en bons termes avec la cour des Tuileries : Mazarin ne demandait pas mieux. Son agent, le seigneur de Wagnée, fit miroiter aux yeux du prince de Liège le choix possible du futur empereur dans la maison de Bavière. Maximilien, toutefois, ne s'aventura pas trop au commencement et se laissa même flatter par l'Espagne ; mais le roi de France lui força la main pour ainsi dire, en procurant aux Liégeois un sérieux avantage matériel, par la construction du « chemin neuf » de Liège à Sedan, qui évitait le territoire espagnol et, par conséquent, les lignes de douane des Pays-Bas. Lorsque éclata la guerre de Flandre, Maximilien-Henri était gagné à Louis XIV. Il accorda le passage aux troupes françaises et le refusa à l'armée impériale, levée, disait-il, pour combattre les Turcs et non pour guerroyer dans nos provinces (2). Sur quoi Castel-Rodrigo, gouverneur des Pays-Bas, ayant vu échouer ses propositions d'alliance, fit ravager la principauté par les soldats espagnols. Le Bavarois implora le secours du roi de France, qui finit par lui tenir singulièrement compte de ses complaisances.

   Malheureuse avait été la situation du pays de Liège pendant cette première période du règne de Maximilien-Henri. Ecrasés d'impôts, invoquant en vain leur neutralité, pillés et rançonnés par des soldats étrangers dont les déprédations aggravaient chaque jour la misère publique, les Liégeois rongeaient douloureusement leur frein ou semblaient, dans leur découragement, avoir perdu jusqu'au souvenir de leur glorieux passé. Cependant quelques efforts furent tentés par le prince en vue du rétablissement de la paix. Ils aboutirent au traité de Tirlemont (17 mars 1654), qui fut ratifié par la France, l'empire et l'Espagne. On y stipula le départ des troupes étrangères (3) et l'élargissement de tous les prisonniers, et enfin l'échange de Mariembourg contre Herstal, en exécution d'une convention remontant au 6 mai 1646. Les Etats furent convoqués ; l'horizon, un instant éclairci, se rembrunit de nouveau par suite de l'attitude du souverain, qui se refusa obstinément à la réduction de la milice, réclamée par l'Etat noble et le tiers Etat. Le grand prévôt J.-B. de Groesbeek ayant protesté vivement contre la conduite de Maximilien, fut arrêté comme séditieux ; le chapitre prit sa défense et se fâcha tout de bon, à ce point qu'il ordonna la fermeture de la cathédrale et la suspension des offices. L'évêque en appela au nonce, qui se trouva d'abord fort embarrassé, mais finit par accueillir de part et d'autre quelques concessions d'autant plus opportunes, que le peuple commençait à faire mine de s'agiter.

   Les Français, admis à traverser la principauté, la traitèrent en pays conquis, malgré les promesses de Louis XIV et de ses ministres. La ville de Tongres, entre autres, fut livrée au pillage. Les Espagnols et les Impériaux ne firent que suivre leur exemple en pénétrant dans le Condroz.

   Les Français s'emparèrent des petites forteresses qu'ils trouvèrent sur leur chemin. Thuin se défendit énergiquement ; une surprise les rendit maîtres de la citadelle de Liège. Le magistrat de la cité fit inutilement appel à la bourgeoisie : la misère l'avait énervée et conduite à l'indifférence. Elle n'en laissa pas moins éclater une joie bruyante lorsque le maréchal d'Estrades, au moment du départ, ordonna la démolition de l'odieuse forteresse, dont il n'avait plus besoin. On conçoit le dépit de Maximilien. Il envoya trois compagnies de ses troupes allemandes pour prendre possession des ruines de la citadelle, le peuple les chassa et acheva l'œuvre de démolition. Le parti démocratique releva la tête et réclama d'abord la suppression de l'impôt sur le sel et la bière, à remplacer par des redevances sur des objets de luxe ; ensuite il revendiqua hautement le rétablissement des anciens privilèges des trente-deux métiers. Malgré les exhortations de l'empereur Léopold, les bourgeois déclarèrent qu'ils entendaient procéder à l'élection magistrale d'après le règlement de 1603, amendé en 1631, et non d'après la réforme de 1649. Ils le firent comme ils l'avaient dit, et cet état de choses se prolongea pendant plusieurs années.

   Les Grignoux triomphaient ; mais la fête devait avoir son lendemain. Bientôt il fut évident que l'opposition ne pourrait compter sur l'appui de la France, pas plus que sur la médiation de l'empereur. Celui-ci répugnait à des mesures violentes ; mais il estimait que les Liégeois n'avaient rien de mieux à faire que de se soumettre à leur évêque ; et le ministre français à Liège, la Raudière, fut chargé par Louis XIV de tenir le même langage aux mécontents.

   Maximilien, cependant, parut entrer dans la voie des accommodements en agréant une formule de paix qui lui fut soumise en 1683. Amnistie générale, maintien en vigueur, sauf quelques modifications, du règlement de 1603 (amendé en 1631) pour les élections magistrales, telles étaient les stipulations essentielles de ce compromis, rédigé par les bourgmestres Jean de Gaan et Nicolas Remouchamps, esprits modérés, animés d'un zèle digne d'un meilleur succès. Malheureusement l'élection de Remouchamps fut annulée, ce personnage ayant reçu l'ordre du sous-diaconat. Les électeurs le remplacèrent par Henri Pompée de Macors, l'un des chefs des « séditieux », et la guerre civile se ralluma. On vit reparaître l'antagonisme des Chiroux et des Grignoux : des mangeurs de tartes et des mangeurs de boudins, comme on disait.

   Les élections suivantes confièrent les clefs magistrales à François Renardi et Paul Gilloton, deux intransigeants. Cette fois Maximilien ne s'inclina pas devant le règlement de 1603 : il proscrivit les élus comme perturbateurs du repos public. Il refusa formellement de traiter avec ceux, et, en désespoir de cause, on les vit une dernière fois implorer l'intervention de Louis XIV : le roi fit la sourde oreille. Maximilien comptait sur une réaction : il ne se trompait pas. Les troupes de Guillaume de Furstemberg, évêque de Strasbourg et coadjuteur du Bavarois, prirent position à Visé ; un détachement s'avança jusqu'à la capitale et y pénétra sans coup férir. Les principaux mutins furent arrêtés : Gilloton parvint à s'enfuir ; Macors aurait pu en faire autant ; il refusa, se sentant innocent, dit-il. L'historien Bouille se plaît à relever la dignité de son caractère. Le clergé et de nombreux notables intercédèrent vainement en sa faveur ainsi que pour Renardi. Ils périrent sur l'échafaud : Maximilien fit sa rentrée en ville le 9 octobre 1684, à trois heures, six heures après leur supplice. Il n'avait pas revu Liège depuis 1671.

   Une régence fut aussitôt constituée pour administrer la ville, et le 28 novembre suivant parut un nouveau règlement concernant les élections magistrales. Ce n'était ni plus ni moins qu'un coup d'Etat ; néanmoins dans le préambule, le prince se vantait de sa modération. Il aurait pu retenir à lui, disait-il, la création annuelle du magistrat de la cité ; mais il voulait bien en accorder, révocablement, à la généralité de la bourgeoisie, quelque participation... Le mandement ou règlement de 1684, œuvre de réaction, paraissait au premier abord respecter les anciennes institutions ; en réalité, il réduisait à peu de chose les droits politiques des citoyens. En voici, d'après Daris, les dispositions principales : « Tous les bourgeois, même ceux qui ne sont pas artisans, se feront inscrire dans un métier ; les trente-deux métiers seront représentés par seize chambres, composées chacun de trente-six membres, dont vingt seront pris parmi les nobles, les patriciens, les anciens fonctionnaires, les lettrés, les rentiers ; dix parmi les marchands notables, et six enfin parmi les artisans des deux métiers incorporés à la chambre (trois de chaque métier). Tous les membres de chaque chambre seront nommés pour la première fois par le prince. A l'avenir, lors du décès ou de la démission d'un membre, les trente-cinq restants présenteront au prince un candidat de la même condition ou profession que le défunt ou le démissionnaire. L'élection des bourgmestres aura lieu de la manière suivante, le dimanche après la Saint-Lambert. Dans chaque chambre, le sort désignera trois personnes qui seront conduites par le commissaire à l'hôtel de ville ; là, le sort désignera, parmi ces trois, un pour être électeur du bourgmestre et un autre pour être conseiller communal ; les seize électeurs désigneront parmi les membres des seize chambres (eux exceptés) trois candidats ayant les qualités requises ; parmi ces trois, le sort désignera l'un des deux bourgmestres ; le prince, de son côté, présentera aussi trois candidats pris dans les seize chambres, et le sort désignera parmi ces trois le second bourgmestre ; les seize conseillers communaux des chambres seront réduits à dix par la voix du sort ; les seize conseillers communaux nommés par le prince et pris dans les seize chambres seront aussi réduits à dix par la voie du sort ; ces vingt, avec les deux bourgmestres, formeront le conseil communal ; personne ne pourra une seconde fois être, soit électeur du bourgmestre, soit bourgmestre, soit conseiller communal, qu'après un intervalle de quatre ans. Des vingt conseillers communaux , dix seront pris, à tour de rôle, pour composer la franchise, avec les bourgmestres, et pour vaquer aux enquêtes et décharges ; des vingt-deux commissaires, onze seront nommés à vie par le prince et onze par les tenants et mambours des paroisses ; les tenants et mambours de chaque paroisse nommeront trois candidats ; le sort désignera le commissaire parmi ces candidats ; pour maintenir l'ordre public contre les tentatives des perturbateurs, il sera établi une citadelle et une milice bourgeoise. La milice gardera les portes et les autres postes militaires ; les lieutenants, les capitaines et les colonels de cette milice seront nommés par le prince, sur la proposition du grand-mayeur ; les clefs des portes de la ville seront remises chaque jour au prince ou au grand doyen ; la milice bourgeoise sera payée sur le trésor public ; la milice de la cité sera commandée par le grand-mayeur ; celle de la banlieue par les baillis du rivage d'Amercœur et d'Avroy, et par le bailli du chapitre pour ses seigneuries, lesquels baillis présenteront les officiers à la nomination du prince ». Le Règlement de 1684 renferme, en outre, des dispositions destinées à renforcer l'action de la justice criminelle, en restreignant l'intervention de la franchise.

   Le résumé qui précède nous dispense de tout commentaire. Le règlement de 1684 marque la fin de la période dramatique de l'histoire de Liège. La principauté tomba dans l'atonie ; les anciens privilèges cessèrent d'exister et l'énergie des citoyens s'assoupit peu à peu pour ne se réveiller en sursaut qu'au premier coup du tocsin de 1789. On vit bien alors les partis se réveiller, mais les questions alors en litige se présentèrent sous un aspect tout nouveau.

   Les historiens liégeois, même nos contemporains, ne peuvent, ce semble, mettre la passion de côté lorsqu'ils ont à parler du règlement de Maximilien. Ferd. Henaux le voue à l'exécration ; Villenfagne (Rech., t. II), de Crassier, de Gerlache, Daris, s'en font les apologistes plus ou moins enthousiastes. Le dernier cité entre dans des détails intéressants sur les décrets publiés tour à tour concernant les bonnes villes, l'absolutisme du prince remplaça également le régime démocratique.

   A Liège, non seulement la citadelle se releva de ses ruines, mais Maximilien fit construire, au milieu du Pont des Arches, une tour fortifiée qui fut appelée Dardanelle. Elle fut armée de canons et dut être fermée tous les soirs. Le but du prince était d'empêcher quand il le voudrait les communications entre les deux rives. Il redoutait l'esprit turbulent des habitants d'Outre-Meuse.

   Maximilien-Henri mourut dans son palais de Bonn. Son corps fut transporté à Cologne et inhumé dans la cathédrale (chapelle des Trois-Rois).

Alphonse Le Roy.

   Les historiens liégeois, depuis Bouille jusqu'à Daris.


(1) Haceldama, mot hébreu signifiant champ du sang, est le nom qui fut donné à la terre achetée par les prêtres lorsque Judas l'Iscariote, bourrelé de remords, leur eut rendu les trente deniers, prix de sa trahison.

(2) Lonchay, la Principauté de Liège, etc., au XVIIe siècle, p. 91 (Mém. de l'Acad., coll. in-8°, t. XLIV). 

(3) Les troupes du duc Charles de Lorraine et celles de Condé. 


 

 

23/01/2013