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Jean-Louis d'Elderen


 

 

 

 

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Jean-Louis d'Elderen (1688-1694).

 

 

 

 

Alphonse Le Roy
Biographie nationale T. VI, pp. 521 et suiv.
publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des Beaux-arts de Belgique, Bruxelles, 1897.

ELDEREN (Jean-Louis, baron d'), LXIIIe évêque de Liége, fils de Guillaume, seigneur de Genoels-Elderen, Rechoven, Roye, etc. (1), et d'Élisabeth de Warnant, naquit dans les premières années du XVIIe siècle et mourut presque subitement à Liège, d'un catarrhe suffocant, le 1er février 1694. Il était entré de bonne heure dans les ordres. Reçu chanoine tréfoncier le 8 novembre 1636, par collation de Ferdinand de Bavière, il fut élu grand chantre en 1661 et grand doyen de Liège huit ans plus tard ; il porta également le titre de prévôt de Saint-Barthélemy, en cette ville, puis celui de prévôt de Notre-Dame de Tongres. Le prince Maximilien-Henri ayant rendu le dernier soupir à Bonn le 3 juin 1688, le chapitre cathédral s'empara aussitôt du pouvoir exécutif, au lieu de convoquer les états, suivant l'antique usage, pour la nomination d'un mambourg (2) : c'est de là, par parenthèse, que datent les premières monnaies sede vacante, frappées an nom dudit chapitre, à l'effigie de saint Lambert. Cependant il fallait en finir : les intrigues commençaient à se nouer. La France recommandait vivement la candidature du cardinal de Furstenberg ; elle y perdit sa peine. Les chanoines jetèrent leur dévolu sur Jean-Louis, qui ne songeait à rien moins qu'au pouvoir. C'est peut-être pour cela qu'ils le choisirent, parce qu'il était doux, affable, sans ambition personnelle ; aussi bien, l'intérêt du petit Etat de Liège était de se prêter le moins possible aux compétitions étrangères, d'ôter aux grandes puissances voisines et rivales tout prétexte à s'immiscer dans ses affaires. Elevé à le principauté le 17 août, d'Elderen fut consacré évêque le 27 décembre suivant, en l'église des Prémontrés. Le peuple témoigna une franche allégresse : on se félicitait de voir enfin sur le trône un gentilhomme du pays. Le règne de Maximilien-Henri avait été agité, sinistre, liberticide. Il n'y avait plus à revenir sur le passé, fût-on resté grignoux an fond de l'âme : l'opposition avait usé son énergie ; on se résignait ; du moins on comptait respirer sous un prince du caractère de d'Elderen : « Un très-saint homme, dit Mme de Lafayette, que l'esprit ne conduit pas à de grands desseins, et qui peut-être, à l'heure qu'il est, est très-faché d'avoir été élu. » Mais il n'est pas toujours possible de rester pacifique. Citons encore Mme de Lafayette, d'après Villenfagne : « Louis XIV fut offensé que le chapitre de Liège n'eût pas suivi ses intentions ; il s'en consola par la quantité de contributions qu'il espéra tirer de tout le pays. » L'occasion ne lui manqua pas. Jean-Louis n'avait pas encore reçu de Rome sa bulle de confirmation, qu'il eut maille à partir avec le grand roi. La puissante armée qui devait envahir l'Allemagne se jeta en passant sur le territoire liégeois et s'y conduisit en ennemie. L'évêque protesta et obtint, grâce aux démarches de son envoyé à Versailles, le comte de Groesbeeck, que la principauté serait épargnée, à condition : 1° qu'une somme de 150,000 livres serait payée annuellement à la France pendant la durée de la guerre ; 2° qu'une autre somme de 90,000 livrés servirait d'indemnité pour divers travaux exécutés entre autres à Huy ; 3° que la citadelle élevée par le dernier prince serait démolie. Liège devait, finalement, garder la neutralité. Qu'arriva-t-il? Des annalistes prétendent que les Liégeois saisirent un convoi « de munitions de guerre et de bouche » de provenance française ; d'autre part des troupes de la coalition furent introduites dans leur ville, bien qu'on leur eût fait dire que s'ils les recevaient, ils pourraient avoir lieu de s'en repentir. Était-ce manque de foi? N'ayant point de troupes, pouvaient-ils rester neutres? N'étaient-ils pas à la merci du premier occupant? Cédèrent-ils parce qu'il le fallut bien, ou n'écoutant que leurs préférences? Bref, d'Elderen se vit mis en demeure de se justifier ou de se prononcer. Longtemps il hésita : poussé à bout, il déclara la guerre à la France et leva sans retard 4,000 hommes, qu'il mit à la disposition des alliés. Outrecuidance! s'écria-t-on. D'autres, au contraire, vantèrent le courage et la présence d'esprit du prince, dont l'attitude en effet ne laissa pas que d'inquiéter les politiques de Paris. En tout cas, la malheureuse ville de Liége le paya cher. Vers la fin du mois de mai 1691, le maréchal de Boufflers entra en campagne. Le ler juin, mardi de la Pentecôte, il s'approcha de la cité, du côté de la Chartreuse, avec 60 escadrons et 20 bataillons (15,000 ou 16,000 hommes), douze mortiers et plusieurs canons. Le bombardement fut ouvert le 4 : les mortiers firent leur terrible office pendant deux fois vingt-quatre heures, et, dix-huit heures durant, les autres bouches à feu vomirent des boulets rouges sur les quartiers les plus populeux. Le feu gagna surtout les quais de la Meuse (rive gauche), ainsi que les maisons situées entre la rivière et le Marché : l'église Sainte-Catherine et l'hôtel de ville furent réduits en cendres ; le faubourg d'Amercœur et la Boverie eurent le même sort. Les troupes de Brandebourg mirent le comble à la désolation des habitants en se livrant au pillage, comme si elles n'avaient pas été appelées pour les protéger. Heureusement le bruit de l'arrivée d'une autre armée allemande se répandit dans le camp de Boufflers, qui délogea sans tenter de se rendre maître de la ville incendiée. D'Elderen désirait ardemment la paix ; elle ne fut conclue qu'après sa mort, en 1697 (traité de Ryswick) ; dans l'intervalle du moins, grâce aux mesures prudentes et à l'attitude énergique du général Coehorn, Liège fut à l'abri des coups de main et put songer à réparer ses désastres. Un autre fait qui ne manque pas d'importance se rattache au règne de Jean-Louis. - Un de ses parents, le comte d'Oyembrugge, était à la tête de l'ordre équestre lorsque le pouvoir souverain lui fut conféré. Sur les instances de ce personnage, le prince publia (1691) un édit portant que les gentilshommes qui voudraient désormais s'agréger audit ordre auraient à fournir la preuve de quatre quartiers paternels d'état noble ancien et militaire, et pareillement de quatre quartiers maternels, reçus dans les chapitres où l'on exige la même preuve. Il en résulta qu'avec le temps, un grand nombre de familles nobles, en possession de fiefs considérables, se virent exclues de toute participation directe au gouvernement du pays ; le but poursuivi avait été de concentrer les hautes dignités sur un petit nombre de têtes. Quand éclata la révolution liégeoise, l'état noble se composait à peine d'une douzaine de membres, parents les uns des autres. Villenfagne conteste formellement la constitutionnalité de l'acte de 1691 , quoi que l'on en pense, Jean-Louis engagea l'Etat dans une voie dangereuse : en réduisant outre mesure un corps investi de pouvoirs étendus, il l'exposa fatalement à dégénérer en coterie. - L'Histoire de Liége de B. Fisen fut réimprimée en 1694, un peu avant la mort de notre prince, et augmentée d'un second volume : c'est le point de départ du mouvement littéraire que nous avons signalé dans l'article Georges-Louis de Berghes.

Alphonse Le Roy.

Les historiens de Liège (de Gerlache, Henaux, etc) -- Loyens, Recueil héraldique. -- De Renesse, Numismatique liégeoise. -- De la Hodde,  Histoire de Louis XIV. --  Villenfagne, Recherches. -- Vanden Steen, Essai sur la cathédrale de S. Lambert. --  Poullet, Les Constitutions nationales, X. -- J. del Marmol, Le peuple liégeois. -- Mémoires et journaux du temps.


(1) La famille d'Elderen se rattachait au lignage de Tongres ; elle portait de vair, après le premier trait en chief une fasce d'or, les vairs nombrés de 4, 3 et 2 (V. Loyens, Rec. Hérald. et Ern. de Rye, Traité des maisons nobles du pays de Liége, p. 99). 

(2) Sur cette question controversée, voy. Poullet, Les Constitutions nationales belges (Mém. de l'Acad., in-8°, t. XXVI, p. 88). 


 

 

23/01/2013