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JOSEPH-CLÉMENT DE BAVIERE, XCIIe évêque de
Liège, né en décembre 1671, mourut à Bonn le 12 octobre l723. Il était
fils de Frédéric-Marie, duc des deux Bavières et Électeur de l'Empire
(† 1673), et de Henriette-Adélaïde († 1676), fille du duc de Savoie
Victor-Amédée, et petite-fille, par sa mère, du roi de France Henri
IV. Il dut à sa naissance d'être appelé avant l'âge aux plus grands
honneurs ecclésiastiques, bien qu'il ne fût point encore entré dans
les ordres. Dès 1688, il fut proclamé Électeur et archevêque de
Cologne, et la même année grand prévôt de Berchtesgaden ; en 1685,
presque enfant, il avait été désigné pour succéder à son cousin
Albert-Sigismond, évêque de Ratisbonne et de Freysingen ; mais cette
élection ne fut ratifiée que plusieurs années plus tard. Elu évêque
de Liège en 1694, il voulut renoncer à ses diocèses bavarois ; il fut
néanmoins réélu à Ratisbonne, et ce ne fut qu'en 1716 qu'il se trouva
définitivement en mesure de quitter ce dernier siège. En 1694 encore,
on le voit accepter la coadjutorerie de Hildesheim ; le chef de cette
église étant venu à mourir en 1702, le chapitre le remplaça par
Joseph-Clément ; mais l'empereur refusa d'admettre ce choix, l'élu
ayant pris parti pour Philippe V dans la guerre de la succession
d'Espagne. L'Électeur de Hanovre s'empara même de Hildesheim et des
places voisines, et les détint jusqu'à la conclusion de la paix
d'Utrecht (1713). Ces cumuls de fonctions n'étaient point rares alors
dans le haut clergé : la politique l'emportait sur les intérêts
religieux. Mais nous n'avons ici à nous occuper de Joseph-Clément que
comme prince-évêque de Liège.
Jean-Louis d'Elderen
étant mort presque subitement le ler février 1694, le chapitre de
Saint-Lambert prit la direction des affaires, sede vacante ;
presque tous les chanoines absents revinrent à Liège, afin de prendre part à
l'élection prochaine. Le cardinal de Bouillon, Théodore-Emmanuel de la
Tour d'Auvergne, appuyé par la France, fut écarté pour des motifs de
forme. Restèrent en présence deux candidats : Louis-Antoine, des comtes
palatins et ducs de Neubourg, grand-maître de l'ordre Teutonique et
beau-frère de l'empereur Léopold, et l'Électeur de Cologne. Celui-ci
arriva le 19 mars à Liège, accompagné de son frère Maximilien-Emmanuel
de Bavière, gouverneur général des Pays-Bas. Il avait pour lui le roi
d'Espagne, l'empereur et même les Etats généraux ; malgré
ces puissants appuis, il ne parvint pas à se rallier tous les
suffrages. Les dissidents le trouvaient trop jeune et peu capable, à
raison même de son âge, de gouverner à la fois plusieurs principautés
importantes ; ils craignaient de plus que son élection ne
portât ombrage à Louis XIV, qu'il était prudent de ménager. Bref, le
grand jour venu, un débat s'engagea et s'anima si bien, que les vingt
et un chanoines qui formaient l'opposition sortirent de la salle
capitulaire, alléguant une irrégularité et protestant contre tout ce
qui serait fait en leur absence. Les vingt-quatre autres votèrent à
l'unanimité pour Joseph-Clément ; les vingt et un, réduits à vingt, se
réunirent le lendemain chez le doyen, et choisirent également à
l'unanimité le grand-maître de l'ordre Teutonique. Les deux partis en
appelèrent au pape ; le cardinal de Bouillon en fit autant de son côté.
Une épidémie qui sévit à Liège au mois de mai enleva Louis-Antoine ;
alors la cour de Rome jugea que le plus simple était de confirmer
l'élection du prince de Bavière. Joseph-Clément fit son entrée
solennelle à Liège, le 24 septembre, et prit dès le lendemain
possession de son siège épiscopal. Le même jour, il signa une
capitulation en soixante-treize articles, où il s'obligeait, entre
autres, de résider six mois, chaque année, au diocèse de Liège ;
d'autre part, comme on était en état de guerre, il fut stipulé que le
prince ne pourrait ni lever des troupes dans le pays, ni permettre à des étrangers d'y
faire des recrues, ni envoyer des ambassadeurs au dehors, sans le
consentement du chapitre (1). En même temps l'évêque forma son conseil
privé.
Après avoir
convoqué les Etats pour régler des affaires urgentes, il quitta Liège,
le 20 juillet 1695, pour faire acte de présence dans ses principautés
d'Allemagne ; contrairement à ses prévisions, il ne put être de retour
que le 21 décembre. Dans l'intervalle, le chapitre avait tout
simplement pris sa place, comme si le siège eût été vacant. Il ne
dissimula pas son mécontentement ; ne parvenant point à s'entendre avec
les chanoines, il fit connaître la situation à l'empereur, qui prêcha
la concorde. Sur ces entrefaites, les troupes des puissances alliées
vinrent occuper Liège, ce qui coûta gros. Les choses en restèrent là
jusqu'à la conclusion de la paix de Ryswyck (20 septembre 1697). Le
chapitre n'était pas resté inactif pendant les négociations : les
alliés et le pape furent conjurés de stipuler la restitution à
l'Église de Liège des villes et territoires usurpés par les Français,
notamment de Dinant, Bouillon, Agimont et Rochefort. Ces
réclamations n'aboutirent pas ; la reddition de Dinant et de quelques
localités secondaires fut seule accordée par la France dans un
arrangement particulier avec l'Empire, intervenu le 20 octobre. Les
chanoines protestèrent, parce que le duché de Bouillon était passé
sous silence. Ils eurent beau faire ; les la Tour d'Auvergne
continuèrent de gouverner Bouillon, sous le protectorat de la France,
jusqu'a la fin du siècle dernier.
Joseph-Clément
eut ensuite maille à partir avec les États de Liège, au sujet des
impôts nécessaires pour défrayer la petite armée qu'il croyait devoir
entretenir ; on lui fit des concessions de forme et il reparut dans la
cité en 1700, au moment même où la succession de Charles II devenait
l'occasion d'une nouvelle guerre. La neutralité liégeoise serait-elle
respectée? Joseph-Clément fit des promesses au chapitre ;
elles devaient être illusoires, le prince ayant tout d'un coup pris
le parti, comme Electeur de Cologne, de s'allier avec la France.
Les troupes de
Louis XIV, dites du Cercle de Bourgogne, après avoir campé
assez longtemps à Richelle, près d'Argenteau, vinrent occuper la
citadelle de Liège, le 21 novembre 1701 ; en même temps des
détachements s'installèrent en ville, pour y prendre leurs quartiers
d'hiver : on juge de la surprise des chanoines. Quatre d'entre eux
furent arrêtés, entre autres le grand-doyen Jean-Ferdinand de Méan,
qui fut envoyé prisonnier à Avignon, puis autorisé à résider à Namur
: il ne recouvra la liberté qu'en 1709 ; ses collègues étaient parvenus
à s'évader. L'empereur, à ces nouvelles, délia les Liégeois de leur
serment de fidélité au prince-évêque, et vers le milieu de 1702, les
alliés se préparèrent à marcher sur Liège. Les Français délogèrent, après avoir brûlé le faubourg de Sainte-Walburge et les
hôpitaux de Cornillon, voisins du fort de la Chartreuse.
Joseph-Clément se mit sous la protection de l'armée en retraite ;
aussitôt, par décret impérial, le comte de Sinzendorf fut nommé
gouverneur intérimaire de la principauté. La diète de l'Empire
intervint à sou tour pour déposer le Bavarois, félon envers son
suzerain. Mais ici le chapitre trouva qu'on allait trop loin : il
allégua que le titre de prince de Liège et d'évêque étant
inséparables, l'évêque ne pouvait être dépouillé de son siège que du
consentement du souverain pontife. Joseph-Clément, de son côté,
envisagea les choses autrement : il prétendit n'avoir jamais manqué à
ses devoirs envers l'empereur en tant qu'empereur, et se posa en
victime des envahissements de la maison d'Autriche. Sinzendorf prit
une attitude menaçante à l'égard du chapitre : celui-ci, intimidé, ne
refusa pas la convocation des Etats, lesquels se bornèrent à voter des
impôts. Le chapitre tenait à satisfaire les alliés, et tout à la
fois à ménager l'autorité du prince.
Pendant que la
guerre de succession se poursuivait à travers des vicissitudes que
nous n'avons pas à détailler ici, Joseph-Clément, retiré à Lille,
songeait à se mettre en règle en obtenant les ordres sacrés. Il reçut
le sous-diaconat, le l5 août l706; le diaconat, le 8 décembre suivant ;
la prêtrise sur la fin du même mois. Le chapitre de Liège lui envoya
une députation pour assister à sa première messe. Enfin, le ler mai
1707, il fut sacré évêque par Fénelon, archevêque de Cambrai. En dépit
des sentences impériales, son clergé, à l'exemple du chapitre de
Saint-Lambert, ne cessa jamais de le considérer comme le chef légitime
du diocèse de Liège.
De février 1701
au 16 janvier 1715, Joseph-Clément resta éloigné de ses sujets de la
Meuse. Après la conclusion des traités d'Utrecht (1713), de Rastadt et
de Baden (1714), ce dernier rendant à l'Électeur de Cologne tous ses
Etats, rien ne s'opposa plus à sa rentrée. Il ne put toutefois
obtenir immédiatement l'évacuation des forteresses de Liège et de
Huy, occupées par des garnisons hollandaises depuis le départ des
Français. Un accord n'intervint qu'en 1718, stipulant là
démolition de ces citadelles. D'autre part, il fallut consentir à la réaccession de Liège au cercle de Westphalie. Enfin, on respira ; la
faute politique commise par le prince en contractant alliance avec
Louis XIV, fut oubliée et ne lui fit rien perdre de l'estime générale
: il avait pu se tromper, mais il avait cru servir le pays.
Le règne de
Joseph-Clément ne fut pas seulement agité au point de vue politique ;
l'évêque eut aussi à s'inquiéter des querelles religieuses du temps.
Le jansénisme s'était introduit dans la principauté et y avait conquis
pour ainsi dire le séminaire épiscopal. Pour mettre fin à cet état de
choses, le prélat confia au Père Sabran, du collège des jésuites
anglais, la présidence du séminaire. Les professeurs de théologie
visés par cette nomination s'insurgèrent ; le chapitre décida qu'ils
devaient se soumettre. Les professeurs en appelèrent à
Rome et firent pétitionner les curés.
L'évêque, voyant son autorité méconnue, eut recours aux moyens
violents : un détachement de troupes brisa les portes de
l'établissement à coups de hache, après trois sommations inutiles, et
le Père Sabran fut installé de force ; en outre, les récalcitrants se
virent destitués. Les cours de philosophie perdirent quelques élèves ;
le séminaire redevint calme ; mais, au dehors, une polémique ardente
s'engagea sur toute la ligne. Les jansénistes de Cologne et de Louvain
prirent la défense du Père Denys, le principal incriminé ; un de leurs
adhérents fit imprimer coup sur coup dix-sept brochures où il
attaquait de front les doctrines
pélagianistes
des jésuites anglais. Les auteurs de ces
dénonciations eurent le champ libre pendant la longue absence de
l'évêque, qui pourtant avait l'œil au guet. Il publia dès 1704 un
mandement ordonnant à tous les prêtres et aux instituteurs de signer
le formulaire d'Alexandre VII, et se prononça contre un système de
transaction proposé par Denys. Et quand il fut rétabli sur son siège
au lendemain de la promulgation de la bulle
Unigenitus, il
tint haut la main à l'exécution des sentences
comminées par la cour de Rome contre la nouvelle hérésie.
Liège était en
pleine paix lorsque Pierre le Grand, revenant de France et se rendant
à Spa., vint en passant saluer le prince-évêque. Pas n'est besoin
d'ajouter que le tzar reçut l'accueil le plus affable. Mais
Joseph-Clément ne pratiquait pas seulement l'hospitalité envers les
grands ; il était par caractère charitable et d'une générosité rare. Sa
caisse privée se trouva plus d'une fois vide : les pauvres
savaient bien pourquoi.
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