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Joseph-Clément de Bavière


 

 

 

 

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Joseph-Clément de Bavière (1694-1723). Gravure par G. Edelinck. Bruxelles, Bibliothèque royale Albert Ier, Cabinet des estampes.

 

 

 

 

Alphonse Le Roy
Biographie nationale T. X, pp. 552 et suiv.
publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des Beaux-arts de Belgique, Bruxelles, 1897.

JOSEPH-CLÉMENT DE BAVIERE, XCIIe évêque de Liège, né en décembre 1671, mourut à Bonn le 12 octobre l723. Il était fils de Frédéric-Marie, duc des deux Bavières et Électeur de l'Empire († 1673), et de Henriette-Adélaïde († 1676), fille du duc de Savoie Victor-Amédée, et petite-fille, par sa mère, du roi de France Henri IV. Il dut à sa naissance d'être appelé avant l'âge aux plus grands honneurs ecclésiastiques, bien qu'il ne fût point encore entré dans les ordres. Dès 1688, il fut proclamé Électeur et archevêque de Cologne, et la même année grand prévôt de Berchtesgaden ; en 1685, presque enfant, il avait été désigné pour succéder à son cousin Albert-Sigismond, évêque de Ratisbonne et de Freysingen ; mais cette élection ne fut ratifiée que plusieurs années plus tard. Elu évêque de Liège en 1694, il voulut renoncer à ses diocèses bavarois ; il fut néanmoins réélu à Ratisbonne, et ce ne fut qu'en 1716 qu'il se trouva définitivement en mesure de quitter ce dernier siège. En 1694 encore, on le voit accepter la coadjutorerie de Hildesheim ; le chef de cette église étant venu à mourir en 1702, le chapitre le remplaça par Joseph-Clément ; mais l'empereur refusa d'admettre ce choix, l'élu ayant pris parti pour Philippe V dans la guerre de la succession d'Espagne. L'Électeur de Hanovre s'empara même de Hildesheim et des places voisines, et les détint jusqu'à la conclusion de la paix d'Utrecht (1713). Ces cumuls de fonctions n'étaient point rares alors dans le haut clergé : la politique l'emportait sur les intérêts religieux. Mais nous n'avons ici à nous occuper de Joseph-Clément que comme prince-évêque de Liège.

   Jean-Louis d'Elderen étant mort presque subitement le ler février 1694, le chapitre de Saint-Lambert prit la direction des affaires, sede vacante ; presque tous les chanoines absents revinrent à Liège, afin de prendre part à l'élection prochaine. Le cardinal de Bouillon, Théodore-Emmanuel de la Tour d'Auvergne, appuyé par la France, fut écarté pour des motifs de forme. Restèrent en présence deux candidats : Louis-Antoine, des comtes palatins et ducs de Neubourg, grand-maître de l'ordre Teutonique et beau-frère de l'empereur Léopold, et l'Électeur de Cologne. Celui-ci arriva le 19 mars à Liège, accompagné de son frère Maximilien-Emmanuel de Bavière, gouverneur général des Pays-Bas. Il avait pour lui le roi d'Espagne, l'empereur et même les Etats généraux ; malgré ces puissants appuis, il ne parvint pas à se rallier tous les suffrages. Les dissidents le trouvaient trop jeune et peu capable, à raison même de son âge, de gouverner à la fois plusieurs principautés importantes ; ils craignaient de plus que son élection ne portât ombrage à Louis XIV, qu'il était prudent de ménager. Bref, le grand jour venu, un débat s'engagea et s'anima si bien, que les vingt et un chanoines qui formaient l'opposition sortirent de la salle capitulaire, alléguant une irrégularité et protestant contre tout ce qui serait fait en leur absence. Les vingt-quatre autres votèrent à l'unanimité pour Joseph-Clément ; les vingt et un, réduits à vingt, se réunirent le lendemain chez le doyen, et choisirent également à l'unanimité le grand-maître de l'ordre Teutonique. Les deux partis en appelèrent au pape ; le cardinal de Bouillon en fit autant de son côté. Une épidémie qui sévit à Liège au mois de mai enleva Louis-Antoine ; alors la cour de Rome jugea que le plus simple était de confirmer l'élection du prince de Bavière. Joseph-Clément fit son entrée solennelle à Liège, le 24 septembre, et prit dès le lendemain possession de son siège épiscopal. Le même jour, il signa une capitulation en soixante-treize articles, où il s'obligeait, entre autres, de résider six mois, chaque année, au diocèse de Liège ; d'autre part, comme on était en état de guerre, il fut stipulé que le prince ne pourrait ni lever des troupes dans le pays, ni permettre à des étrangers d'y faire des recrues, ni envoyer des ambassadeurs au dehors, sans le consentement du chapitre (1). En même temps l'évêque forma son conseil privé.

   Après avoir convoqué les Etats pour régler des affaires urgentes, il quitta Liège, le 20 juillet 1695, pour faire acte de présence dans ses principautés d'Allemagne ; contrairement à ses prévisions, il ne put être de retour que le 21 décembre. Dans l'intervalle, le chapitre avait tout simplement pris sa place, comme si le siège eût été vacant. Il ne dissimula pas son mécontentement ; ne parvenant point à s'entendre avec les chanoines, il fit connaître la situation à l'empereur, qui prêcha la concorde. Sur ces entrefaites, les troupes des puissances alliées vinrent occuper Liège, ce qui coûta gros. Les choses en restèrent là jusqu'à la conclusion de la paix de Ryswyck (20 septembre 1697). Le chapitre n'était pas resté inactif pendant les négociations : les alliés et le pape furent conjurés de stipuler la restitution à l'Église de Liège des villes et territoires usurpés par les Français, notamment de Dinant, Bouillon, Agimont et Rochefort. Ces réclamations n'aboutirent pas ; la reddition de Dinant et de quelques localités secondaires fut seule accordée par la France dans un arrangement particulier avec l'Empire, intervenu le 20 octobre. Les chanoines protestèrent, parce que le duché de Bouillon était passé sous silence. Ils eurent beau faire ; les la Tour d'Auvergne continuèrent de gouverner Bouillon, sous le protectorat de la France, jusqu'a la fin du siècle dernier.

   Joseph-Clément eut ensuite maille à partir avec les États de Liège, au sujet des impôts nécessaires pour défrayer la petite armée qu'il croyait devoir entretenir ; on lui fit des concessions de forme et il reparut dans la cité en 1700, au moment même où la succession de Charles II devenait l'occasion d'une nouvelle guerre. La neutralité liégeoise serait-elle respectée? Joseph-Clément fit des promesses au chapitre ; elles devaient être illusoires, le prince ayant tout d'un coup pris le parti, comme Electeur de Cologne, de s'allier avec la France.

   Les troupes de Louis XIV, dites du Cercle de Bourgogne, après avoir campé assez longtemps à Richelle, près d'Argenteau, vinrent occuper la citadelle de Liège, le 21 novembre 1701 ; en même temps des détachements s'installèrent en ville, pour y prendre leurs quartiers d'hiver : on juge de la surprise des chanoines. Quatre d'entre eux furent arrêtés, entre autres le grand-doyen Jean-Ferdinand de Méan, qui fut envoyé prisonnier à Avignon, puis autorisé à résider à Namur : il ne recouvra la liberté qu'en 1709 ; ses collègues étaient parvenus à s'évader. L'empereur, à ces nouvelles, délia les Liégeois de leur serment de fidélité au prince-évêque, et vers le milieu de 1702, les alliés se préparèrent à marcher sur Liège. Les Français délogèrent, après avoir brûlé le faubourg de Sainte-Walburge et les hôpitaux de Cornillon, voisins du fort de la Chartreuse. Joseph-Clément se mit sous la protection de l'armée en retraite ; aussitôt, par décret impérial, le comte de Sinzendorf fut nommé gouverneur intérimaire de la principauté. La diète de l'Empire intervint à sou tour pour déposer le Bavarois, félon envers son suzerain. Mais ici le chapitre trouva qu'on allait trop loin : il allégua que le titre de prince de Liège et d'évêque étant inséparables, l'évêque ne pouvait être dépouillé de son siège que du consentement du souverain pontife. Joseph-Clément, de son côté, envisagea les choses autrement : il prétendit n'avoir jamais manqué à ses devoirs envers l'empereur en tant qu'empereur, et se posa en victime des envahissements de la maison d'Autriche. Sinzendorf prit une attitude menaçante à l'égard du chapitre : celui-ci, intimidé, ne refusa pas la convocation des Etats, lesquels se bornèrent à voter des impôts. Le chapitre tenait à satisfaire les alliés, et tout à la fois à ménager l'autorité du prince.

   Pendant que la guerre de succession se poursuivait à travers des vicissitudes que nous n'avons pas à détailler ici, Joseph-Clément, retiré à Lille, songeait à se mettre en règle en obtenant les ordres sacrés. Il reçut le sous-diaconat, le l5 août l706; le diaconat, le 8 décembre suivant ; la prêtrise sur la fin du même mois. Le chapitre de Liège lui envoya une députation pour assister à sa première messe. Enfin, le ler mai 1707, il fut sacré évêque par Fénelon, archevêque de Cambrai. En dépit des sentences impériales, son clergé, à l'exemple du chapitre de Saint-Lambert, ne cessa jamais de le considérer comme le chef légitime du diocèse de Liège.

   De février 1701 au 16 janvier 1715, Joseph-Clément resta éloigné de ses sujets de la Meuse. Après la conclusion des traités d'Utrecht (1713), de Rastadt et de Baden (1714), ce dernier rendant à l'Électeur de Cologne tous ses Etats, rien ne s'opposa plus à sa rentrée. Il ne put toutefois obtenir immédiatement l'évacuation des forteresses de Liège et de Huy, occupées par des garnisons hollandaises depuis le départ des Français. Un accord n'intervint qu'en 1718, stipulant là démolition de ces citadelles. D'autre part, il fallut consentir à la réaccession de Liège au cercle de Westphalie. Enfin, on respira ; la faute politique commise par le prince en contractant alliance avec Louis XIV, fut oubliée et ne lui fit rien perdre de l'estime générale : il avait pu se tromper, mais il avait cru servir le pays.

   Le règne de Joseph-Clément ne fut pas seulement agité au point de vue politique ; l'évêque eut aussi à s'inquiéter des querelles religieuses du temps. Le jansénisme s'était introduit dans la principauté et y avait conquis pour ainsi dire le séminaire épiscopal. Pour mettre fin à cet état de choses, le prélat confia au Père Sabran, du collège des jésuites anglais, la présidence du séminaire. Les professeurs de théologie visés par cette nomination s'insurgèrent ; le chapitre décida qu'ils devaient se soumettre. Les professeurs en appelèrent à Rome et firent pétitionner les curés. L'évêque, voyant son autorité méconnue, eut recours aux moyens violents : un détachement de troupes brisa les portes de l'établissement à coups de hache, après trois sommations inutiles, et le Père Sabran fut installé de force ; en outre, les récalcitrants se virent destitués. Les cours de philosophie perdirent quelques élèves ; le séminaire redevint calme ; mais, au dehors, une polémique ardente s'engagea sur toute la ligne. Les jansénistes de Cologne et de Louvain prirent la défense du Père Denys, le principal incriminé ; un de leurs adhérents fit imprimer coup sur coup dix-sept brochures où il attaquait de front les doctrines pélagianistes des jésuites anglais. Les auteurs de ces dénonciations eurent le champ libre pendant la longue absence de l'évêque, qui pourtant avait l'œil au guet. Il publia dès 1704 un mandement ordonnant à tous les prêtres et aux instituteurs de signer le formulaire d'Alexandre VII, et se prononça contre un système de transaction proposé par Denys. Et quand il fut rétabli sur son siège au lendemain de la promulgation de la bulle Unigenitus, il tint haut la main à l'exécution des sentences comminées par la cour de Rome contre la nouvelle hérésie.

   Liège était en pleine paix lorsque Pierre le Grand, revenant de France et se rendant à Spa., vint en passant saluer le prince-évêque. Pas n'est besoin d'ajouter que le tzar reçut l'accueil le plus affable. Mais Joseph-Clément ne pratiquait pas seulement l'hospitalité envers les grands ; il était par caractère charitable et d'une générosité rare. Sa caisse privée se trouva plus d'une fois vide : les pauvres savaient bien pourquoi.

Alphonse Le Roy.

 Loyens, Recueil héraldique. -- Histoire ecclés. d'Allemagne. -- Les historiens liégeois, notamment Daris (XVIIe siècle, t. II). -- Albin Body, Pierre le Grand à Spa.


(1) D'autres détails dans l'ouvrage de Daris, XVIIe siècle, t. II, p. 248. 

 

 

23/01/2013