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JEAN-THEODORE DE BAVIERE,
cardinal, XCIVe évêque de Liège, évêque de Ratisbonne et de Freysingen,
né le 3 septembre 1703, mort à Liège le 27 janvier 1763. Il était fils
de l'électeur de Bavière Maximilien-Emmanuel et de Thérèse-Cunégonde Sobieski. De 1719 à 1721, il fréquenta l'université d'Ingolstadt,
dirigée par les jésuites, puis alla compléter ses études à Sienne.
Etant encore sur les bancs, le 29 juillet 1719, il fut appelé à
l'évêché de Ratisbonne, vacant par la renonciation de son frère
Clément-Auguste, archevêque de Cologne ; à Freysingen, il remplaça son
oncle Joseph-Clément. Sa consécration épiscopale ne remonte qu'à 1730.
En 1738, le pape le fit entrer dans le chapitre de Saint-Lambert de
Liège ; enfin, le 23 janvier 1744, il obtint l'unanimité des suffrages
des tréfonciers pour succéder à George-Louis de Berghes ; il fut
inauguré le 10 mars.
La capitulation
qu'il jura le même jour stipulait que le nouveau prince ne résignerait
son siège et ne prendrait de coadjuteur que du consentement du
chapitre ; qu'il défendrait les droits et les privilèges de son
clergé ; qu'il observerait la paix de Fexhe ; qu'il maintiendrait
l'intégrité du territoire de l'église de Liège ; enfin, qu'il ne
ferait la guerre et ne contracterait des alliances que d'accord avec
le chapitre. Jean-Théodore, sincère et actif, prit immédiatement sa
mission au sérieux et s'attacha tout d'abord à bien choisir les
membres de son synode ou conseil épiscopal, chargé de l'administration
du pays.
La marche des
affaires temporelles assurée, l'évêque partit lé 22 mai 1747
pour ses diocèses allemands, après avoir reçu le chapeau de cardinal.
Il ne rentra qu'au bout de quatre ans à Liège, pour s'absenter de
nouveau après quatre ans, et ainsi jusqu'à la fin de sa vie. Son règne
s'écoula tranquille et sans événements marquants. Les soins à donner
aux écoles (qui en avaient grand besoin) ; une querelle avec l'abbé de
Saint-Trond, qui prétendait relever directement de l'empire ; quelques
conflits de juridiction soulevés par le gouvernement des Pays-Bas
autrichiens et, à propos de Maestricht, par les Etats généraux ; puis,
lors de la guerre de Sept ans, des protestations vaines, au nom
de la neutralité liégeoise, contre les incursions des troupes
belligérantes ; puis des mesures financières, puis enfin la
promulgation d'un règlement pour la justice criminelle, dans lequel
on regrette de voir figurer la torture comme moyen d'information,
voilà en quelques mots le bilan de Jean-Théodore. Les agitations du
passé n'étaient plus à Liège qu'un souvenir que chaque jour effaçait
davantage : on vivait béatement, on vivait heureux, si le bonheur consiste dans la quiétude et dans la somnolence...
Cette torpeur
fut pourtant secouée, et de la manière la plus inattendue, par une circonstance
dont l'évêque n'entrevit pas d'abord toute la
gravité, mais qui devait avoir pour effet, avant la fin du siècle,
de renverser le trône où Jean-Théodore se sentait si commodément
assis, et de faire disparaître du même coup, de la carte de l'Europe,
la, principauté de Liège.
La propagande des
encyclopédistes français fut certainement, non pas la cause unique,
mais un des ferments les plus puissants de l'incubation des idées
révolutionnaires dans ce pays. Elle eut pour avant-coureur la presse
clandestine, qui prit
un essor considérable dans la ville même des princes-évêques,
répandant à profusion des livres malsains ou obscènes de bas étage,
démoralisant le public en attendant que sonnât l'heure de travailler
directement à détruire le respect des anciennes croyances. Le terrain
était préparé lorsque Pierre Rousseau, de Toulouse, accueilli avec
empressement par le comte de Horion, premier ministre de
Jean-Théodore, vint s'établir à Liège et y fonder sans retard le
journal encyclopédique, destiné à populariser le voltairianisme,
prudemment d'ailleurs et sans qu'il y parût trop, si bien que
l'éditeur osa dédier son recueil au chef même du diocèse. Rousseau
était un homme avisé : il avait compris les avantages de la situation
géographique de Liège, poste avancé
entre la France et l'Allemagne. Son choix fut aussi déterminé par le
conseil que lui donna l'électeur palatin, sous le patronage duquel il
avait d'abord songé à installer son Journal à Mannheim.
Liège lui convenait mieux, en effet, d'autant plus qu'il s'y trouvait
un noyau d'esprits forts, comme on disait en ce temps-là, gens
relativement modérés du reste, assez pour l'obliger à mettre un
masque. Il prit un surcroît de précautions en se faisant affranchir de
la censure par le comte de Horion ; il se montra maladroit par contre,
en donnant à sa publication un titre qui devait éveiller les
susceptibilités du synode. Aussi, quand le Dictionnaire
encyclopédique de Diderot et d'Alembert fut mis à l'index en
France (1758), le journal de Rousseau
« paya pour
lui à Liège ».
Légipont, curé de Saint-Georges, lança contre le
publiciste étranger un factum qui fut déféré à l'évêque ; mais
celui-ci s'en rapporta à Horion, qui donna gain de cause à son
protégé. Les chefs du synode s'adressèrent alors à la faculté de
théologie de Louvain : celle-ci condamna Rousseau sans réserve. Horion
était venu à mourir ; livré à lui-même, Rousseau devait succomber : le
27 août 1757, à Ismaringen, Jean-Théodore se décida à signer la
révocation de son privilège. Rousseau jeta les hauts cris ; de guerre
lasse, il songea à transporter ses presses à Bruxelles : il avait
compté sans l'université de Louvain, soutenue par le nonce. En vain
Cobentzl et Charles de Lorraine lui-même intervinrent eu sa faveur :
les Louvanistes l'emportèrent devant l'impératrice. Rousseau trouva un
refuge à Bouillon, chez un prince
« ami des philosophes
» ; il y
était à peine, que Voltaire lui offrait un asile à Ferney. Le
Journal encyclopédique, imprimé à Bouillon, recommença de paraître
avec régularité, affectant l'orthodoxie, mais laissant parfois percer
le bout de l'oreille. L'auteur vécut jusqu'en 1793 et publia en tout
288 volumes. Nous renvoyons le lecteur à l'article P. ROUSSEAU.
Jean-Théodore mourut paisiblement et fut inhumé dans le chœur de la
cathédrale de Liège. L'inscription de son mausolée rappelait à bon
droit son esprit de conciliation, son respect des lois du pays, ses
vertus privées et surtout sa charité. Etait-il ambitieux ? Notons en
passant qu'il brigua en 1761 l'électorat de Cologne, après le décès de
son frère Clément-Auguste. Le pape Clément XII n'autorisa pas le cumul
: les temps étaient changés. |