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Jean-Théodore de Bavière


 

 


 

 

 

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 Jean-Théodore de Bavière (1744-1763) par Paul-Joseph Delcloche en 1746

 

 

 

 

Alphonse Le Roy.
Biographie nationale T. VIII, pp. 337 et suiv.
publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des Beaux-arts de Belgique, Bruxelles, 1897.

JEAN-THEODORE DE BAVIERE, cardinal, XCIVe évêque de Liège, évêque de Ratisbonne et de Freysingen, né le 3 septembre 1703, mort à Liège le 27 janvier 1763. Il était fils de l'électeur de Bavière Maximilien-Emmanuel et de Thérèse-Cunégonde Sobieski. De 1719 à 1721, il fréquenta l'université d'Ingolstadt, dirigée par les jésuites, puis alla compléter ses études à Sienne. Etant encore sur les bancs, le 29 juillet 1719, il fut appelé à l'évêché de Ratisbonne, vacant par la renonciation de son frère Clément-Auguste, archevêque de Cologne ; à Freysingen, il remplaça son oncle Joseph-Clément. Sa consécration épiscopale ne remonte qu'à 1730. En 1738, le pape le fit entrer dans le chapitre de Saint-Lambert de Liège ; enfin, le 23 janvier 1744, il obtint l'unanimité des suffrages des tréfonciers pour succéder à George-Louis de Berghes ; il fut inauguré le 10 mars.

   La capitulation qu'il jura le même jour stipulait que le nouveau prince ne résignerait son siège et ne prendrait de coadjuteur que du consentement du chapitre ; qu'il défendrait les droits et les privilèges de son clergé ; qu'il observerait la paix de Fexhe ; qu'il maintiendrait l'intégrité du territoire de l'église de Liège ; enfin, qu'il ne ferait la guerre et ne contracterait des alliances que d'accord avec le chapitre. Jean-Théodore, sincère et actif, prit immédiatement sa mission au sérieux et s'attacha tout d'abord à bien choisir les membres de son synode ou conseil épiscopal, chargé de l'administration du pays.

   La marche des affaires temporelles assurée, l'évêque partit lé 22 mai 1747 pour ses diocèses allemands, après avoir reçu le chapeau de cardinal. Il ne rentra qu'au bout de quatre ans à Liège, pour s'absenter de nouveau après quatre ans, et ainsi jusqu'à la fin de sa vie. Son règne s'écoula tranquille et sans événements marquants. Les soins à donner aux écoles (qui en avaient grand besoin) ; une querelle avec l'abbé de Saint-Trond, qui prétendait relever directement de l'empire ; quelques conflits de juridiction soulevés par le gouvernement des Pays-Bas autrichiens et, à propos de Maestricht, par les Etats généraux ; puis, lors de la guerre de Sept ans, des protestations vaines, au nom de la neutralité liégeoise, contre les incursions des troupes belligérantes ; puis des mesures financières, puis enfin la promulgation d'un règlement pour la justice criminelle, dans lequel on regrette de voir figurer la torture comme moyen d'information, voilà en quelques mots le bilan de Jean-Théodore. Les agitations du passé n'étaient plus à Liège qu'un souvenir que chaque jour effaçait davantage : on vivait béatement, on vivait heureux, si le bonheur consiste dans la quiétude et dans la somnolence...

   Cette torpeur fut pourtant secouée, et de la manière la plus inattendue, par une circonstance dont l'évêque n'entrevit pas d'abord toute la gravité, mais qui devait avoir pour effet, avant la fin du siècle, de renverser le trône où Jean-Théodore se sentait si commodément assis, et de faire disparaître du même coup, de la carte de l'Europe, la, principauté de Liège.

La propagande des encyclopédistes français fut certainement, non pas la cause unique, mais un des ferments les plus puissants de l'incubation des idées révolutionnaires dans ce pays. Elle eut pour avant-coureur la presse clandestine, qui prit un essor considérable dans la ville même des princes-évêques, répandant à profusion des livres malsains ou obscènes de bas étage, démoralisant le public en attendant que sonnât l'heure de travailler directement à détruire le respect des anciennes croyances. Le terrain était préparé lorsque Pierre Rousseau, de Toulouse, accueilli avec empressement par le comte de Horion, premier ministre de Jean-Théodore, vint s'établir à Liège et y fonder sans retard le journal encyclopédique, destiné à populariser le voltairianisme, prudemment d'ailleurs et sans qu'il y parût trop, si bien que l'éditeur osa dédier son recueil au chef même du diocèse. Rousseau était un homme avisé : il avait compris les avantages de la situation géographique de Liège, poste avancé entre la France et l'Allemagne. Son choix fut aussi déterminé par le conseil que lui donna l'électeur palatin, sous le patronage duquel il avait d'abord songé à installer son Journal à Mannheim. Liège lui convenait mieux, en effet, d'autant plus qu'il s'y trouvait un noyau d'esprits forts, comme on disait en ce temps-là, gens relativement modérés du reste, assez pour l'obliger à mettre un masque. Il prit un surcroît de précautions en se faisant affranchir de la censure par le comte de Horion ; il se montra maladroit par contre, en donnant à sa publication un titre qui devait éveiller les susceptibilités du synode. Aussi, quand le Dictionnaire encyclopédique de Diderot et d'Alembert fut mis à l'index en France (1758), le journal de Rousseau « paya pour lui à Liège ». Légipont, curé de Saint-Georges, lança contre le publiciste étranger un factum qui fut déféré à l'évêque ; mais celui-ci s'en rapporta à Horion, qui donna gain de cause à son protégé. Les chefs du synode s'adressèrent alors à la faculté de théologie de Louvain : celle-ci condamna Rousseau sans réserve. Horion était venu à mourir ; livré à lui-même, Rousseau devait succomber : le 27 août 1757, à Ismaringen, Jean-Théodore se décida à signer la révocation de son privilège. Rousseau jeta les hauts cris ; de guerre lasse, il songea à transporter ses presses à Bruxelles : il avait compté sans l'université de Louvain, soutenue par le nonce. En vain Cobentzl et Charles de Lorraine lui-même intervinrent eu sa faveur : les Louvanistes l'emportèrent devant l'impératrice. Rousseau trouva un refuge à Bouillon, chez un prince « ami des philosophes » ; il y était à peine, que Voltaire lui offrait un asile à Ferney. Le Journal encyclopédique, imprimé à Bouillon, recommença de paraître avec régularité, affectant l'orthodoxie, mais laissant parfois percer le bout de l'oreille. L'auteur vécut jusqu'en 1793 et publia en tout 288 volumes. Nous renvoyons le lecteur à l'article P. ROUSSEAU.

   Jean-Théodore mourut paisiblement et fut inhumé dans le chœur de la cathédrale de Liège. L'inscription de son mausolée rappelait à bon droit son esprit de conciliation, son respect des lois du pays, ses vertus privées et surtout sa charité. Etait-il ambitieux ? Notons en passant qu'il brigua en 1761 l'électorat de Cologne, après le décès de son frère Clément-Auguste. Le pape Clément XII n'autorisa pas le cumul : les temps étaient changés.

Alphonse Le Roy.

   Daris, Hist. du diocèse et de la principauté de Liège (1724-1852), t. Ier, et les autres historiens liégeois. - Ul. Capitaine, Rech. sur les journaux liégeois. - Les mém. couronnés de MM. H. Francotte et J. Küntziger, sur la propagande des encyclopédistes français au pays de Liège.

 

 

23/01/2013