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OULTREMONT (Charles-Nicolas-Alexandre,
comte D'), prince-évêque de Liége. Né au château de Warfusée, le
26 juin 1716, il y mourut le 22 octobre 1771. Il était le huitième
enfant de Jean-François-Paul-Emile, comte d'Oultremont et du
Saint-Empire, baron de Han-sur-Lesse, seigneur de Chevetogne, pair du
duché de Luxembourg, grand bailli de Moha, etc., et de Marie-Isabelle
de Bavière, dite de Schagen, baronne de la ville et terre de Schagen,
qualifiée comtesse de Warfusée et de Druynen. Il fit ses études aux
collèges de Reims et Louis-le-Grand à Paris. Le pape le nomma chanoine
de la cathédrale de Liége en 1733, suivant Daris ; selon d'autres en
1737. Il fut ordonné diacre le 22 avril 1764 et prêtre le 24 du même
mois.
Jean-Théodore de Bavière
venait de décéder (27 janvier 1763). Le prince Clément de Saxe , fils
de Frédéric-Auguste, roi de Pologne, se mit sur les rangs pour lui
succéder; mais il ne réunissait pas les conditions requises par les
lois ecclésiastiques. Il n'avait que vingt-quatre ans, n'était pas
encore dans les ordres sacrés et ne faisait pas partie du chapitre de
la cathédrale. Il présenta requête au pape, le priant de lever ce
triple obstacle par une dispense. Clément XIII lui accorda un bref
d'éligibilité ; mais il écrivit en même temps au chapitre de n'avoir
en vue, dans l'élection, «
que la gloire de Dieu et le salut des
âmes et de choisir le plus digne
».
La candidature du prince
Clément de Saxe fut appuyée par les ministres d'Autriche et de France
et par le commissaire impérial à Liège. Mais la plupart des
tréfonciers préféraient un candidat indigène et leurs vues se
portèrent sur Charles d'Oultremont. Celui-ci fut élu, le 20 avril
1763, par trente-et-un suffrages contre dix-neuf.
Il y eut des
protestations. Le prince Clément, appuyé par quelques chanoines, en
appela au pape et l'empereur intervint en faveur de son protégé;
toutefois le Saint-Père ne se rangea pas à l'avis de la minorité et,
le 8 avril 1764, Charles-d'Oultremont prit possession de son siège
épiscopal. Une bulle papale du 30 mai valida son élection et permit le
sacre solennel, à Saint-Lambert, du nouveau prince-évêque, le 10 juin
suivant. Le lendemain eut lieu la grande fête de l'inauguration, au
cours de laquelle le souverain jura la même capitulation que son
prédécesseur. Néanmoins, le chapitre y inséra des clauses qui avaient
été refusées par Jean-Théodore de Bavière, à savoir qu'il aurait
l'administration de la principauté en l'absence du prince et qu'il
serait consulté dans toutes les affaires importantes, entre autres
quand il s'agirait de donner un suffrage aux diètes de l'empire et à
celles du cercle de Westphalie, dont la principauté faisait partie. Le
prince s'engageait, en outre, à défendre l'autorité et l'indépendance
du territoire contre les usurpations du gouvernement des Pays-Bas,
contre les prétentions de l'abbé de Saint-Trond et de
l'abbesse-princesse de Munsterbilsen.
Le règne de Charles d'Oultremont
eut, dans son ensemble, une couleur plus ecclésiastique que politique.
Évêque, il lutta contre le jansénisme et le fébronianisme et contre la
propagation d'ouvrages contraires à la foi et aux bonnes mœurs dont la
France inondait la principauté. Il assura le service régulier des
paroisses, prescrivit de nouvelles formules en vue d'améliorer la
tenue de l'état civil, protégea les collèges et les écoles, favorisa
l'érection de nouveaux établissements d'instruction et de charité, et
travailla particulièrement à rehausser le niveau des études
théologiques. II institua plusieurs confréries pieuses, entre autres
celle de «
l'Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement
»
dans l'église de Saint-Martin à Liège.
Prince séculier, il eut de fréquents démêlés avec le gouvernement des
Pays-Bas, au sujet de la juridiction de l'abbaye de Saint-Hubert. II
envoya à Vienne le comte de Hoensbroech, chancelier de la principauté,
mais sans résultat. La France l'engagea à s'entendre avec la cour de
Bruxelles, mais ce n'est qu'après sa mort que le conflit fut aplani
(14 mars 1772).
Il défendit les prérogatives de la
principauté contre les empiétements des souverains voisins :
deux cent cinquante paroisses étaient situées dans les Pays-Bas
autrichiens, un certain nombre au duché de Juliers, d'autres dans des
territoires dépendant du roi de Prusse, d'autres encore étaient sous
la domination des Provinces-Unies.
De concert avec les trois
États, il fit exécuter d'importants travaux destinés à favoriser le
commerce, l'industrie et l'agriculture. Il continua le pavage des
chaussées vers la France, l'Allemagne et la Hollande ; mais fut peu
secondé par les administrations de Bruxelles et de La Haye.
L'industrie métallurgique fut l'objet d'une étude spéciale de sa part. Il chargea le dr J.
Ph. de Limbourg (voir ce nom) de chercher à remplacer le charbon de bois pour
la fonte et la préparation du fer par la houille ; mais les essais
n'eurent pas le succès désiré.
Peu bienveillant à l'égard d'un prince qui
avait été élu malgré l'empereur, le gouvernement de Bruxelles se
maintint en possession de la terre de Saint-Hubert et de Nassogne,
s'empara de La Rochette et de La Vaux-Sainte-Anne et éleva, en outre,
des prétentions sur plusieurs autres localités de la principauté. Nous
avons vu que les protestations du prince demeurèrent sans résultat.
Les intérêts commerciaux du pays ne furent pas mieux ménagés. La
fabrication des clous était des plus florissantes. Le prince désirait
terminer par un traité les nombreux conflits que la question des
tarifs avait fait naître entre Liége et Bruxelles. Le vice-chancelier
Van der Heyden en informa le comte Cobenzl ; Hoensbroech fut de
nouveau envoyé à Vienne, mais n'obtint aucune satisfaction. Grâce à
ses nouvelles instances, on concéda au prince que des conférences
s'ouvriraient à Bruxelles entre les délégués des deux pays en vue
d'aplanir toutes les difficultés pendantes. Les négociations furent
rompues en 1768. Elles n'eurent d'autre effet que la conclusion
d'une convention pour dessécher les terrains inondés par le Démer et
pour régulariser le cours de cette rivière.
Le gouvernement des Pays-Bas se montra
plus conciliant envers la France, grande puissance, qu'envers la
petite principauté. La France lui avait cédé, en vérité, par le traité
du 16 mai 1769, toutes ses prétentions sur les terres de Saint-Hubert, Nassogne, Montigny-sur-Meuse , Cugnon , Bertrix , Memeau ,
Blamont, territoires princiers ; mais ce fut en échange d'avantages
pour son commerce. Elle stipula notamment que la principauté de Liége
pouvait établir une chaussée de Givet à Dinant par Blamont et Falmignoul. Le ministre résident du prince-évêque à Paris, de Heusy,
négocia aussi un traité avec la France, afin de régler les intérêts
commerciaux et les contestations territoriales. Le prince
protesta à Vienne, pour la forme, contre les préjudices que le traité
entre les Pays-Bas et la France causait à la principauté.
Le gouvernement de
l.iége fut en conflit avec l'Ordre Teutonique, dont les membres,
possessionnés dans la principauté, prétendaient être exempts, en vertu
de leurs privilèges, des impositions publiques. Une transaction
intervint le 5 mars 1768.
Il continua le procès
contre l'abbé de Saint-Trond qui réclamait, devant le conseil aulique,
à Vienne, la co-souveraineté de la ville de ce nom. L'affaire n'était
pas terminée à la mort du prince. L'abbesse de Munsterbilsen, en sa
qualité de princesse de l'empire, poursuivit encore, devant le conseil
aulique, la contestation que son chapitre avait avec la cour de Liége.
Elle prétendait au droit de porter des règlements d'administration
dans quatre villages, conformément au diplôme impérial de 1734 et
soutenait que ses ordonnances en cette matière ne pouvaient être
annulées par le prince-évêque. Malgré la décision affirmative du
conseil aulique, le prince maintint sa souveraineté absolue sur les
quatre villages et annula tous les actes de l'abbesse qui y portaient
atteinte. Il en fit de même concernant Saint-Trond et les populations
lui donnaient raison. Ces litiges dataient de loin. Déjà Jean-Théodore
de Bavière avait dû jurer, à son avènement, qu'il défendrait les
droits de la principauté contre l'abbé de Saint-Trond et l'abbesse de
Munsterbilsen.
Sous le règne de
Charles d'Oultremont, l'état noble se réduisit à une quinzaine de
familles. Cédant aux suggestions de son frère, le prince porta de huit
à seize le nombre des quartiers nécessaires pour être admis à l'état
noble, et peu de familles étaient en mesure de fournir ces preuves.
Celles qui le pouvaient formaient une sorte de coalition qui empêcha
parfois des mesures utiles. L'empereur confirma le décret princier le
6 mars 1766. Les douze villes flamandes suivirent jusqu'à un certain
point l'exemple du prince pour l'élection de leurs magistrats.
Pendant les trois
dernières années de sa vie, une disette désola la principauté et eut
comme conséquence le renchérissement des vivres. Le prince adoucit la
misère publique par d'abondantes aumônes et son clergé l'imita.
Peu de temps avant sa
mort, il reçut la visite du stadhouder de Hollande, accompagné des
princes de Brunswick et de Hesse.
Charles d'Oultremont
mourut subitement, le 22 octobre 1771, au château de Warfusée où il
aimait particulièrement à résider et où son appartement est
soigneusement conservé dans son état primitif. On raconte que le frère
aîné du prince, bien jeune encore, songeait à une transformation,
qu'il accomplit plus tard par l'adjonction, au castel primitif, d'un
grand corps de logis conçu dans le style Louis XV le plus pur et le
plus riche. Un jour que le futur évêque visitait son frère, étonné de
1a splendeur des nouvelles constructions, il lui dit :
«
Pourquoi ne pas vous montrer satisfait de
l'habitation de nos pères? - Ce sera votre palais, répondit son frère,
quand vous serez prince-évêque de Liége
». Charles d'Oultremont fut inhumé, le 26
octobre, au chœur de la cathédrale. Ses funérailles eurent lieu le 10
novembre ; son oraison funèbre fut prononcée par le jésuite Hennuy. Il
fut un prélat de mœurs exemplaires, dévoué au bien de tous, charitable
et son administration fut paternelle ; mais Becdelièvre opine qu'il
manquait d'énergie. Ses héritiers lui érigèrent un mausolée en marbre
blanc, dû au ciseau du sculpteur Evrard. Ce monument, après la
démolition de l'ancienne cathédrale de Saint-Lambert, fut transformé
et réédifié dans la chapelle d'Oultremont, au domaine de Warnant. |