1


 

 

 



 

 

 

Charles-Nicolas d'Oultremont


 

 


 

 

 

D_Oultremont.JPG (44518 octets)

Auteurs :

 

Retour :

 

 Charles-Nicolas d'Oultremont (1763-1771), école liégeoise. Château de Warfusée.

 

 

 

 

Baron de Borchgrave.
Biographie nationale T. XVI, pp. 387 et suiv.
publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des Beaux-arts de Belgique, Bruxelles, 1897.

OULTREMONT (Charles-Nicolas-Alexandre, comte D'), prince-évêque de Liége. Né au château de Warfusée, le 26 juin 1716, il y mourut le 22 octobre 1771. Il était le huitième enfant de Jean-François-Paul-Emile, comte d'Oultremont et du Saint-Empire, baron de Han-sur-Lesse, seigneur de Chevetogne, pair du duché de Luxembourg, grand bailli de Moha, etc., et de Marie-Isabelle de Bavière, dite de Schagen, baronne de la ville et terre de Schagen, qualifiée comtesse de Warfusée et de Druynen. Il fit ses études aux collèges de Reims et Louis-le-Grand à Paris. Le pape le nomma chanoine de la cathédrale de Liége en 1733, suivant Daris ; selon d'autres en 1737. Il fut ordonné diacre le 22 avril 1764 et prêtre le 24 du même mois.

   Jean-Théodore de Bavière venait de décéder (27 janvier 1763). Le prince Clément de Saxe , fils de Frédéric-Auguste, roi de Pologne, se mit sur les rangs pour lui succéder; mais il ne réunissait pas les conditions requises par les lois ecclésiastiques. Il n'avait que vingt-quatre ans, n'était pas encore dans les ordres sacrés et ne faisait pas partie du chapitre de la cathédrale. Il présenta requête au pape, le priant de lever ce triple obstacle par une dispense. Clément XIII lui accorda un bref d'éligibilité ; mais il écrivit en même temps au chapitre de n'avoir en vue, dans l'élection, « que la gloire de Dieu et le salut des âmes et de choisir le plus digne ».

   La candidature du prince Clément de Saxe fut appuyée par les ministres d'Autriche et de France et par le commissaire impérial à Liège. Mais la plupart des tréfonciers préféraient un candidat indigène et leurs vues se portèrent sur Charles d'Oultremont. Celui-ci fut élu, le 20 avril 1763, par trente-et-un suffrages contre dix-neuf.

   Il y eut des protestations. Le prince Clément, appuyé par quelques chanoines, en appela au pape et l'empereur intervint en faveur de son protégé; toutefois le Saint-Père ne se rangea pas à l'avis de la minorité et, le 8 avril 1764, Charles-d'Oultremont prit possession de son siège épiscopal. Une bulle papale du 30 mai valida son élection et permit le sacre solennel, à Saint-Lambert, du nouveau prince-évêque, le 10 juin suivant. Le lendemain eut lieu la grande fête de l'inauguration, au cours de laquelle le souverain jura la même capitulation que son prédécesseur. Néanmoins, le chapitre y inséra des clauses qui avaient été refusées par Jean-Théodore de Bavière, à savoir qu'il aurait l'administration de la principauté en l'absence du prince et qu'il serait consulté dans toutes les affaires importantes, entre autres quand il s'agirait de donner un suffrage aux diètes de l'empire et à celles du cercle de Westphalie, dont la principauté faisait partie. Le prince s'engageait, en outre, à défendre l'autorité et l'indépendance du territoire contre les usurpations du gouvernement des Pays-Bas, contre les prétentions de l'abbé de Saint-Trond et de l'abbesse-princesse de Munsterbilsen.

   Le règne de Charles d'Oultremont eut, dans son ensemble, une couleur plus ecclésiastique que politique. Évêque, il lutta contre le jansénisme et le fébronianisme et contre la propagation d'ouvrages contraires à la foi et aux bonnes mœurs dont la France inondait la principauté. Il assura le service régulier des paroisses, prescrivit de nouvelles formules en vue d'améliorer la tenue de l'état civil, protégea les collèges et les écoles, favorisa l'érection de nouveaux établissements d'instruction et de charité, et travailla particulièrement à rehausser le niveau des études théologiques. II institua plusieurs confréries pieuses, entre autres celle de « l'Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement » dans l'église de Saint-Martin à Liège.

   Prince séculier, il eut de fréquents démêlés avec le gouvernement des Pays-Bas, au sujet de la juridiction de l'abbaye de Saint-Hubert. II envoya à Vienne le comte de Hoensbroech, chancelier de la principauté, mais sans résultat. La France l'engagea à s'entendre avec la cour de Bruxelles, mais ce n'est qu'après sa mort que le conflit fut aplani (14 mars 1772).

   Il défendit les prérogatives de la principauté contre les empiétements des souverains voisins : deux cent cinquante paroisses étaient situées dans les Pays-Bas autrichiens, un certain nombre au duché de Juliers, d'autres dans des territoires dépendant du roi de Prusse, d'autres encore étaient sous la domination des Provinces-Unies.

   De concert avec les trois États, il fit exécuter d'importants travaux destinés à favoriser le commerce, l'industrie et l'agriculture. Il continua le pavage des chaussées vers la France, l'Allemagne et la Hollande ; mais fut peu secondé par les administrations de Bruxelles et de La Haye. L'industrie métallurgique fut l'objet d'une étude spéciale de sa part. Il chargea le dr J. Ph. de Limbourg (voir ce nom) de chercher à remplacer le charbon de bois pour la fonte et la préparation du fer par la houille ; mais les essais n'eurent pas le succès désiré.

   Peu bienveillant à l'égard d'un prince qui avait été élu malgré l'empereur, le gouvernement de Bruxelles se maintint en possession de la terre de Saint-Hubert et de Nassogne, s'empara de La Rochette et de La Vaux-Sainte-Anne et éleva, en outre, des prétentions sur plusieurs autres localités de la principauté. Nous avons vu que les protestations du prince demeurèrent sans résultat. Les intérêts commerciaux du pays ne furent pas mieux ménagés. La fabrication des clous était des plus florissantes. Le prince désirait terminer par un traité les nombreux conflits que la question des tarifs avait fait naître entre Liége et Bruxelles. Le vice-chancelier Van der Heyden en informa le comte Cobenzl ; Hoensbroech fut de nouveau envoyé à Vienne, mais n'obtint aucune satisfaction. Grâce à ses nouvelles instances, on concéda au prince que des conférences s'ouvriraient à Bruxelles entre les délégués des deux pays en vue d'aplanir toutes les difficultés pendantes. Les négociations furent rompues en 1768. Elles n'eurent d'autre effet que la conclusion d'une convention pour dessécher les terrains inondés par le Démer et pour régulariser le cours de cette rivière.

   Le gouvernement des Pays-Bas se montra plus conciliant envers la France, grande puissance, qu'envers la petite principauté. La France lui avait cédé, en vérité, par le traité du 16 mai 1769, toutes ses prétentions sur les terres de Saint-Hubert, Nassogne, Montigny-sur-Meuse , Cugnon , Bertrix , Memeau , Blamont, territoires princiers ; mais ce fut en échange d'avantages pour son commerce. Elle stipula notamment que la principauté de Liége pouvait établir une chaussée de Givet à Dinant par Blamont et Falmignoul. Le ministre résident du prince-évêque à Paris, de Heusy, négocia aussi un traité avec la France, afin de régler les intérêts commerciaux et les contestations territoriales.  Le prince protesta à Vienne, pour la forme, contre les préjudices que le traité entre les Pays-Bas et la France causait à la principauté.

   Le gouvernement de l.iége fut en conflit avec l'Ordre Teutonique, dont les membres, possessionnés dans la principauté, prétendaient être exempts, en vertu de leurs privilèges, des impositions publiques. Une transaction intervint le 5 mars 1768.

   Il continua le procès contre l'abbé de Saint-Trond qui réclamait, devant le conseil aulique, à Vienne, la co-souveraineté de la ville de ce nom. L'affaire n'était pas terminée à la mort du prince. L'abbesse de Munsterbilsen, en sa qualité de princesse de l'empire, poursuivit encore, devant le conseil aulique, la contestation que son chapitre avait avec la cour de Liége. Elle prétendait au droit de porter des règlements d'administration dans quatre villages, conformément au diplôme impérial de 1734 et soutenait que ses ordonnances en cette matière ne pouvaient être annulées par le prince-évêque. Malgré la décision affirmative du conseil aulique, le prince maintint sa souveraineté absolue sur les quatre villages et annula tous les actes de l'abbesse qui y portaient atteinte. Il en fit de même concernant Saint-Trond et les populations lui donnaient raison. Ces litiges dataient de loin. Déjà Jean-Théodore de Bavière avait dû jurer, à son avènement, qu'il défendrait les droits de la principauté contre l'abbé de Saint-Trond et l'abbesse de Munsterbilsen.

   Sous le règne de Charles d'Oultremont, l'état noble se réduisit à une quinzaine de familles. Cédant aux suggestions de son frère, le prince porta de huit à seize le nombre des quartiers nécessaires pour être admis à l'état noble, et peu de familles étaient en mesure de fournir ces preuves. Celles qui le pouvaient formaient une sorte de coalition qui empêcha parfois des mesures utiles. L'empereur confirma le décret princier le 6 mars 1766. Les douze villes flamandes suivirent jusqu'à un certain point l'exemple du prince pour l'élection de leurs magistrats.

   Pendant les trois dernières années de sa vie, une disette désola la principauté et eut comme conséquence le renchérissement des vivres. Le prince adoucit la misère publique par d'abondantes aumônes et son clergé l'imita.

   Peu de temps avant sa mort, il reçut la visite du stadhouder de Hollande, accompagné des princes de Brunswick et de Hesse.

   Charles d'Oultremont mourut subitement, le 22 octobre 1771, au château de Warfusée où il aimait particulièrement à résider et où son appartement est soigneusement conservé dans son état primitif. On raconte que le frère aîné du prince, bien jeune encore, songeait à une transformation, qu'il accomplit plus tard par l'adjonction, au castel primitif, d'un grand corps de logis conçu dans le style Louis XV le plus pur et le plus riche. Un jour que le futur évêque visitait son frère, étonné de 1a splendeur des nouvelles constructions, il lui dit : « Pourquoi ne pas vous montrer satisfait de l'habitation de nos pères? - Ce sera votre palais, répondit son frère, quand vous serez prince-évêque de Liége ». Charles d'Oultremont fut inhumé, le 26 octobre, au chœur de la cathédrale. Ses funérailles eurent lieu le 10 novembre ; son oraison funèbre fut prononcée par le jésuite Hennuy. Il fut un prélat de mœurs exemplaires, dévoué au bien de tous, charitable et son administration fut paternelle ; mais Becdelièvre opine qu'il manquait d'énergie. Ses héritiers lui érigèrent un mausolée en marbre blanc, dû au ciseau du sculpteur Evrard. Ce monument, après la démolition de l'ancienne cathédrale de Saint-Lambert, fut transformé et réédifié dans la chapelle d'Oultremont, au domaine de Warnant.

Baron de Borchgrave.

   Daris, Histoire du diocèse et de la principauté de Liéqe (1868), t. 1, p. 205-259 ; t. II, p. 40. - Becdelièvre, Biographie liégeoise. - Stein d'Altenstein, Annuaire de la Noblesse de Belgique. - Poplimont, la Belgique héraldique, t. VIII, p. 205, 237.

 

 

23/01/2013