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César-Constantin-François
de Hoensbroeck
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César-Constantin-François
de Hoensbroech (1784-1792), par Pierre-Michel Lovinfosse. Collection de Madame le Contesse
de Liedekerke, Eisden. |
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Alphonse Le Roy
Biographie nationale T.IX, pp. 419
et suiv.
publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des Beaux-arts de
Belgique,
Bruxelles, 1897. |
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HOENSBROECK (Constantin-François
DE) ou HOENSBROECH, XCVIIIe évêque de Liège, né le 28 août
1724, au château d'Oost à Buers, d'Ulric-Antoine comte de Hoensbroeck d'Oost, et d'Anne-Salomé comtesse de Nesselrode d'Ehreshoven,
mourut au chef-lieu de son diocèse le 3 juin 1792. Il
avait fait ses études à l'université de Heidelberg et résidé ensuite à
Notre-Dame d'Aix-la-Chapelle en qualité de chanoine écolâtre, lorsque
Jean-Théodore de Bavière, en 1751, le nomma tréfoncier de sa
cathédrale de Saint-Lambert. Diverses fonctions, tant civiles
qu'ecclésiastiques, lui furent successivement conférées. Le prince
Charles d'Oultremont, en 1764, le mit à la tête de sa
chancellerie ; ce poste lui fournit l'occasion, pendant les sept
années qu'il l'occupa, de s'initier aux complications de la
constitution liégeoise. Sous Velbruck, il s'effaça complètement ;
Velbruck mort, il n'en recueillit pas moins les suffrages unanimes du
chapitre. Ses concurrents furent le prince de Salm, évêque de Tournai,
et le prince Ferdinand de Rohan, archevêque de Bordeaux. Les chanoines
les écartèrent parce qu'ils gouvernaient déjà une église ; il leur
répugnait désormais de choisir des prélats résidant à l'étranger. Salm
aurait eu pourtant des chances, si ses protecteurs n'avaient tenté
d'obtenir pour lui une promesse de coadjutorerie en cas d'insuccès :
c'eût été engager l'avenir et priver le chapitre de la
«
faculté d'élire librement le successeur du
prince défunt
»
(1). Hoensbroeck eut donc la préférence ; élu
par acclamation le 21 juillet 1784, il reçut le 15 août le bref
d'administration et prit deux jours plus tard les rênes du pouvoir. Sa
consécration épiscopale eut lieu le 19 décembre ; son inauguration, le
lendemain. A l'exemple de Velbruck, il défendit toutes réjouissances,
et pria les habitants de consacrer à des œuvres de charité l'argent
qu'ils destinaient à des illuminations (2).
Le nouveau prélat
différait du tout au tout de son prédécesseur. Un long séjour à la
cour de Versailles avait développé chez celui-ci les qualités
brillantes de l'homme du monde : affable, ouvert, généreux, ami des
arts, des lettres, des sciences, Velbruck avait des séductions pour
tout le monde. Hoensbroeck, menant une vie austère, mais esprit étroit
et presque bigot, regardant comme le plus redoutable des périls
l'influence croissante du philosophisme français, absolutiste et
opiniâtre, personnifiait la réaction en faveur d'un régime devenu
insupportable aux Liégeois, qui commençaient à se ressouvenir de leurs
anciennes libertés. N'étant pas homme à compter avec l'esprit du
temps, il n'eut pour ainsi dire que l'art de se faire des ennemis.
L'équité veut cependant que Velbruck, aussi bien que Hoensbroeck,
porte sa part de la responsabilité des événements qui remplirent le
dernier chapitre de l'histoire de la principauté. Velbruck s'était
rendu populaire par sa tolérance ; mais celle-ci eût dû avoir des
limites ; quand il s'en aperçut, il essaya de changer d'attitude :
trop tard ! La propagande des encyclopédistes avait fait éclore dans
les esprits des idées inconciliables avec le gouvernement d'un prêtre.
Hoensbroeck crut pouvoir endiguer le torrent ; il s'y prit de manière
à le déchaîner. Sous un prince mondain, qui ne gênait personne, on
n'avait pas senti le poids du joug ; le secouer devint une idée fixe,
lorsqu'on vit le chef de l'État s'arroger un pouvoir arbitraire, lui
qui pourtant connaissait si bien la constitution. Hoensbroeck, à
propos des jeux de Spa, s'obstina inconsidérément à mettre le feu aux
poudres, dans des circonstances que nous avons rapportées ailleurs
(voir l'art. Jean-Remy DE CHESTRET). Son départ
clandestin ou plutôt sa fuite de Liège donna le signal d'une
révolution devenue inévitable, et sous l'impulsion du vent soufflant
de France depuis le temps de Velbruck, et par l'effet des colères
sourdes que soulevaient ses prétentions. Hoensbroeck ne comprit pas
que se retrancher dorénavant derrière le règlement de 1684, c'était
porter un défi à son peuple ; qu'on lui en imposerait l'abolition s'il
n'y consentait pas de plein gré ; qu'en pareil cas, enfin, mieux vaut
abandonner franchement et complètement la partie, quand on ne se sent
pas assez fort pour tenir tête à l'orage.
Le lecteur trouvera, dans
les articles J.-R. de Chestret et J.-J. Fabry, l'exposé des
différentes phases de la crise ; il serait superflu d'y revenir, si ce
n'est pour rappeler que, le 17 avril 1790, le lendemain du départ des
Prussiens, la déchéance de Hoensbroeck comme prince de Liège, fut
proclamée par les patriotes, et le prince de Rohan nommé mambour.
Ce fut une grande faute : on offensait ainsi les princes allemands et
du même coup on s'isolait, l'appui de la France étant plus que
douteux. On échoua pour s'être trop hâté ; de guerre lasse, incapables
de résister, les Liégeois durent finalement s'en remettre à la
«
volonté suprême
»
de l'empereur. Le 13 février 1791, Hoensbroeck
rentra dans sa capitale sous la protection des baïonnettes
autrichiennes. Plus de semblants de concessions : il reparut en maître
absolu et le fit aussitôt sentir. Vainement Fabry protesta : le prince
interpréta la constitution à sa guise (3)
et malgré les Etats (4). Sa mort, quatre
mois après son retour, ne changea rien à la situation ; le prince de
Méan ne lui succéda que pour continuer son œuvre, quitte à partir
précipitamment pour l'Allemagne quand il entendit, le 27 novembre
1792, le canon de Dumouriez tonner dans les plaines de la Hesbaye.
Hoensbroeck régnant un
demi-siècle plus tôt, lorsque les Liégeois étaient tombés en
somnolence, eût été un de ces souverains dont le règne n'a point
d'histoire. Il était foncièrement honnête, sévère pour lui-même, mais
tout au moins aussi jaloux de ses droits que fidèle à ses devoirs ; il
ne sut garder, sous ce rapport, la juste mesure, et sa conduite fut
fatale au pays qu'il était appelé à gouverner. On n'en rendra pas
moins justice à ses qualités privées. Il s'intéressa beaucoup aux
œuvres charitables. Spa lui dut son premier hôpital, entretenu, il est
vrai, par les bénéfices de la banque. Quoiqu'il n'eût pas les goûts
d'un lettré, il ne négligea point l'instruction publique. Il pourvut à
l'établissement d'écoles primaires gratuites ou payantes, protégea les
collèges, institua des cours utriusque juris au grand
collège installé dans la maison des jésuites supprimés, fonda pour
les filles des pensionnats religieux, encouragea même la Société
d'Emulation (5), malgré les
tendances philosophiques de quelques-uns de ses membres. --
D'autre part, en matière ecclésiastique, à propos de l'invasion des
doctrines fébroniennes dans l'archidiocèse de Cologne, par exemple, il
se montra intransigeant, partisan résolu du pouvoir suprême du
Saint-Siège ; dans l'affaire des séminaires, il crut pouvoir un
instant accepter un modus vivendi transactionnel, mais fut
pourtant moins complaisant envers l'empereur qu'on n'a voulu le
prétendre. -- En somme, avec des intentions sincères, il fut un pauvre
politique : la clairvoyance et le tact
lui manquaient. Des mesures financières intempestives lui
aliénèrent ses sujets dès le début de son règne, autant que plus tard
son obstination à accaparer le pouvoir législatif. Son grand tort fut
de s'être trompé de date. |
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Alphonse Le Roy |
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Daris,
Hist. du diocèse
et de la principauté de Liège (1724-1852). -- Borgnet,
Hist. de la révolution
liégeoise. -- Ferd. Henaux, Hist. du pays de Liège, t. II.
-- Villenfagne, Recherches, t. II. -- Becdelièvre. --
Pamphlets du temps. |
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(1) Daris, t. 1er, p. 358.

(2) Idem, ibid., p. 360.

(3)
Edit fondamental du 10 août
1791.

(4) Ce qui ne l'empêcha pas
d'entreprendre de fortifier l'Etat noble, réduit à une douzaine de
personnes : il chargea même l'historien Villenfagne d'écrire un livre
à ce sujet.

(5) Sorte d'Académie fondée par
Velbruck en 1779.
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