Paweilhars |
"Les anciens habitants des Gaules, tout en conservant
des vestiges de leurs vieilles coutumes, suivaient les lois que les Romains y avaient
introduites, lorsque des tribus franques vinrent s'établir dans les provinces
septentrionales. Ces tribus conservèrent aussi les usages qu'elles avaient apportés de
la Germanie. Elles formèrent d'abord des nations distinctes et leurs lois furent
personnelles; mais l'action du temps, en confondant les races diverses, eut pour effet de
rendre ces lois territoriales. On perdit de vue les sources primitives, et les
législations précédentes ne furent plus guère que des traditions confiées à la
mémoire des hommes. Le besoin de les rédiger par écrit se fit sentir. Le premier essai
tenté dans ce but ne fut pas un acte de la puissance publique; la rédaction des coutumes
fut une oeuvre privée, n'ayant d'autorité qu'autant qu'elle reproduisait, avec
exactitude, la pratique judiciaire de l'époque. Tel était le caractère de l'ancien code
coutumier de Liége, connu sous le nom de Paweilhars.
Le Paweilhars nous retrace et les traditions conservées par les
échevins de Liége, et les décisions émanées de ce tribunal, investi, dans les anciens
temps, d'une juridiction souveraine; c'était celle de l'évêque, au territoire duquel,
dès le septième siècle, l'immunité avait été conférée par les rois francs
(1)."
(J.J. Raikem et M.L. Polain, Coutumes du Pays de Liège, T. I., pp. 3 & 4.,
Fr. Gobbaerts, Bruxelles, 1870.)
(1)
C'est à saint Lambert que Clovis Il avait accordé une charte d'immunité. Cette charte
était encore conservée dans les archives de la cathédrale, en 1120, lorsque le chanoine
Nicolas écrivait la vie de ce saint. (Gesta sancti Lamberti, cap. VI, apud
Chapeauville, t. I, p. 380). Ces archives ont été la proie des flammes, lors du
vaste incendie de 1185. Les archives de l'abbaye de Stavelot n'eurent pas le même sort,
et l'on y trouve la preuve que ce fut également dans le septième siècle que cette
abbaye obtint des chartes d'immunité, confirmées, dans le siècle suivant, par celle de
714. (D. Bouquet, t. IV, p. 650, 653 et 711. Polain, Recueil des ordonnances de la
principauté de Stavelot, Bruxelles, 1864, in-fol.) Quant au pays de Liége,
la clause d'immunité fut reproduite dans les chartes octroyées aux successeurs de saint
Lambert, en 980, 984, 985, 1006 et 1070. (Chapeauville, tit. I, pp. 200, 211, 212 et 215;
t. Il, pp. 13 et 14).
(J.J. Raikem et M.L. Polain, Ibid p. 4.) |
Wérixhas |
"Pour le prince, les terrains vagues étaient des
"wérixhas", mot auquel il donnait le sens de terrains seigneuriaux; pour la
Cité, c'étaient des "aisemences", c'est-à-dire des terrains communaux restant
à la disposition de la municipalité et des habitants." (Édouard Poncelet, Les
domaines urbains de Liège, T. II 1947, p.18)
"La question de la propriété des wérixhas ne fut jamais résolue légalement; elle
fit, depuis l'an 1330 (paix de Flône), l'objet d'un modus vivendi. Sans contester
publiquement les prétendus droits de la Ville, le prince ne les reconnut jamais;
quant à la Cité, elle se considère comme propriétaire, mais elle ne le proclame pas
trop haut.
A la fin du XVIe siècle, la Ville est parvenue insensiblement à accaparer
l'administration des ouvrages publics, des fortifications et des terrains vagues; c'est
elle qui restaure ou désaffecte les remparts, nomme et rémunère les gardiens des
portes."(Édouard Poncelet, Ibid., p. 20.) |