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Villenfagne d'Ingihoul




 

 

 

 

 


 

 

 

M. Yans.
Biographie nationale T. XXVI pp. 757 et suiv.
publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des Beaux-arts de Belgique
Bruxelles, 1897.

VILLENFAGNE D'INGIHOUL (Hilarion-Noël, baron DE), chanoine, homme politique et historien liégeois, né à Hordenne lez-Dinant le 14 juin 1753, décédé à Liège le 23 janvier 1826. Il est le fils de Jean-Ignace de Villenfagne de Vogelsanck, chambellan du prince de Liège, et de M.-L.-B.-J. de Libert de Flémalle. Il compte parmi ses ancêtres le jurisconsulte Louvrex.

   Il complète à Reims une formation intellectuelle peu commune chez les gentilshommes relativement ignares de cette époque.

   De retour au pays (1776), il entre dans la cléricature dans un but intéressé. Chanoine à la collégiale de Tongres, puis coadjuteur à celle de Saint-Denis à Liège, il dispose de deux prébendes qui lui assurent la douce quiétude nécessaire à la méditation et à la production littéraire. Ces honneurs ne lui ont pas interdit ni le mariage ni les joies familiales, ternies par la mort prématurée d'une jeune épouse, mère de trois enfants.

   La politique, qu'il envisage en conservateur, lui confère la charge de bourgmestre de Liège en 1791. Deux de ses frères ont également rempli cette fonction : Léopold -Albert -Ignace en 1788 et Jean-Dieudonné-Philibert en 1793. Il fit partie du conseil privé du prince-évêque Hoensbroech et fut député de l'ordre équestre aux États de la principauté. Dans le domaine des lettres, il cueillit de beaux succès académiques, qui devaient le consoler de l'indifférence du public pour la plupart de ses travaux érudits, paraissant en un temps de renouveau social. Dès 1781, il est reçu membre de la Société d'Émulation, fondée et inaugurée solennellement le 2 juin 1779 par le prince-évêque Velbruck, promoteur de la culture scientifique et artistique dans la principauté de Liège. Villenfagne, bastion de l'ancien régime, prit une part active aux travaux de cette « Académie » propagatrice des idées nouvelles. En 1784, il est proclamé lauréat du concours annuel, organisé par l'Émulation. Le travail couronné, s'intitulant Essai sur la vie de Notger, répondait à une question posée par Velbruck lui-même, désireux d'assurer l'éloge de ses prédécesseurs. L'œuvre principale de Villenfagne, Recherches sur l'histoire de la ci-devant principauté de Liège, obtint, en 1812, la médaille d'or de cette même institution. Le 28 mai 1816, Villenfagne est créé membre de la deuxième classe de l'Institut royal d'Amsterdam. La même année, le 3 juillet, il entre à l'Académie royale de Bruxelles. Ajoutons qu'il fut curateur de l'Université de Liège.

   L'œuvre de Villenfagne est multiple, -- nous ne pouvons songer à l'énumérer ici, -- abondante et d'inégale valeur. Comme historien, Villenfagne est parfois victime de ses conceptions politiques, qui lui ont du reste valu un exil momentané lors de la conquête française. Ainsi, il base ses Recherches historiques sur l'ordre équestre de la principauté de Liége sur d'excellents matériaux, puisés dans les archives de l'État-Tiers, qu'il consulte librement en qualité de bourgmestre, et dans les papiers de l'ordre équestre communiqués par Hoensbroech ; l'animosité des passions contemporaines le fait malheureusement verser fréquemment dans le pamphlet. Dans d'autres travaux, tel l'Éclaircissement sur Raes de Dammartin, il s'est manifestement trompé. Les erreurs de Villenfagne sont nombreuses, ses mérites, immenses. Il est le pionnier de l'étude moderne de l'histoire liégeoise. II s'est attaché à l'analyse de maintes institutions de la ville et de la principauté de Liège ; l'histoire de l'art et de la littérature l'a également préoccupé ; il a consacré de belles études à la vie artistique de la Cité ardente.

   Pour donner un faible aperçu de la diversité de Villenfagne, signalons que dans l'Histoire de Spa le lecteur trouvera, entre autres, une dissertation sur les eaux de Spa, une notice sur deux astrologues et enfin l'analyse de Li voegge di Chofontaine, opéra wallon du XVIIIe siècle, immortalisé par le talent musical de Jean-Noël Hamal.

   Il ne faut toutefois pas en conclure que Villenfagne soit un esprit sans suite ; son œuvre maîtresse, que nous avons déjà citée, quoique composée de diverses dissertations, répond à un plan bien ordonné.

M. Yans.

X. de Theux, Nouveaux mélanges historiques et littéraires, œuvres inédites du Baron H.-N. de Villenfagne d'Ingihoul (Liège, 1878). -- De Chênedollé, Notice sur M. le Baron de Villenfagne, dans l'Annuaire de l'Académie royale de Bruxelles, 1837. -- De Theux, op. cit., et dans les Biographies de Michaud, Becdelièvre, Delvenne, etc. (tiré à part Desoer), in-8°, 20 p. -- F. Hénaux, Essai sur la vie et les ouvrages du baron de Villenfagne dans Messager des Sciences (Gand, 1838, et in-8°, 28 p. -- H. Helbig,  A propos du cinquantième anniversaire de la mort de Villenfagne dans Bulletin de l'Institut archéologique liégeois, t. XII, 1876 et in 8°, 6 p. -- G. de Froidcourt, Velbruck (Liège, 1936).

 

22/01/2013