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BORMAN (Camille, Théodore, Frédéric,
Marie, baron DE), historien, né au château de Rullingen (Looz), le
2 avril 1837, mort à Schalkhoven, le 8 décembre 1922. Il était fils du
chevalier Théodore-Nicolas de Borman et de Nathalie du Vivier. Le
baron de Borman, dans Le Livre d'or de la Famille de Borman
(Liège, 1906), a retracé l'histoire de cette vieille famille
limbourgeoise, d'après des documents authentiques et avec une
objectivité absolue. Ainsi qu'en témoigne sa riche bibliographie,
Camille de Borman conserva, sa vie durant, une réelle prédilection
pour les travaux généalogiques, qui le passionnèrent dès sa prime
jeunesse. Ce sont eux qui, dès le début de ses études universitaires,
lui firent prendre le chemin des Archives et l'initièrent à toutes les
sciences auxiliaires de l'histoire.
En 1854, il s'inscrivit au rôle des
étudiants de l'Université de Liège, où il conquit le diplôme de
docteur en droit en 1861. Une grave maladie d'abord, sa fréquentation
assidue des Archives ensuite, avaient retardé quelque peu la fin de
ses études, qu'il acheva cependant moins par goût que par acquit de
conscience et pour faire plaisir à son père. Celui-ci était juge de
paix du canton de Looz et espérait bien le voir entrer dans la
magistrature. A défaut de réaliser lui-même ce désir paternel, le
baron de Borman eut la satisfaction de voir son fils cadet accéder au
siège de la justice de paix que son père avait occupé si longtemps à
la satisfaction générale. Quant à lui, sa véritable vocation s'était
dessinée alors qu'il se trouvait encore sur les bancs de l'Université.
Dès l'année 1858, il avait été nommé membre correspondant de la
Société scientifique et littéraire du Limbourg. Quelques semaines
avant l'obtention de son titre de docteur en droit, le 11 février
1851, la Commission royale des monuments le nomma membre
correspondant.
C'est que, dès lors, il avait
affronté la publicité en livrant à l'impression des notices sur la
topographie ancienne du Limbourg, sur les seigneurs de Heers et de
Repen, sur le village de Mombeeck et sur la dédicace dé l'église de
Rixingen (celle-ci en collaboration avec le célèbre archéologue James
Weale). Dans la suite, jusqu'à la veille de la grande guerre, il ne se
passa plus une seule année sans qu'il fît paraître une ou plusieurs
notices. voire de gros volumes. Reprenons d'abord la carrière du baron
de Borman dans l'ordre chronologique. En 1863, avec quelques amis,
parmi lesquels Stanislas Bormans et Xavier de Theux, il fonda la
Société des bibliophiles liégeois, dont les publications continuent,
de nos jours encore, à bénéficier de la faveur de tous les amateurs du
beau livre et de l'historiographie liégeoise. La même année, de Borman
apparaît parmi les fondateurs de la Gilde de Saint-Thomas et de
Saint-Luc, créée pour la défense et la propagation de l'art chrétien.
La mort inopinée de l'auteur de ses jours, en 1863, l'obligea à
chercher une position. Ayant essayé, sans succès, de succéder à son
père, il se lança dans la politique. De 1863 à 1874 il fut bourgmestre
de Schalkhoven.
En 1865, il fut
nommé conseiller provincial du canton de Looz, mandat qu'il remplit
jusqu'à sa mort, pendant cinquante-sept ans. En 1874, ses collègues
l'appelèrent à la députation permanente par un vote unanime et ce fut
cette même unanimité qui le porta, en 1904, au siège présidentiel du
Conseil. En 1902, il fut, avec ses collègues MM. Slegers et Gielen,
l'objet d'une manifestation de sympathie qui aurait dû se renouveler,
plus éclatante, en 1915, à l'occasion du cinquantième anniversaire de
son. entrée au Conseil provincial. Le deuil de la patrie empêcha, à ce
moment, les grandes cérémonies publiques, mais deux de ses collègues
se rendirent au domicile du jubilaire pour lui offrir son portrait,
œuvre du peintre Damien.
Le Roi le nomma
commandeur de l'Ordre de Léopold en 1911 et, deux ans plus tard,
changea son titre de chevalier en celui de baron.
En 1886, le
baron de Borman fut nommé membre du Conseil héraldique, dont il devint
président en 1911. Membre suppléant de la Commission royale d'histoire
en 1907, il fut désigné comme membre effectif en 1910. A diverses
reprises il fut appelé à présider le jury d'histoire des concours
universitaires et des bourses de voyage.
Tout en collaborant activement à
l'Annuaire de la noblesse de Belgique,
dans lequel il publia près de
soixante-dix notices généalogiques, de Borman avait abordé le domaine
des études historiques proprement dites, principalement le passé du
comté de Looz et de la principauté de Liège. Il faut citer ici le
Livre des fiefs du comté de Looz sous Jean d'Arckel dans la série
in-8° de la Commission royale d'Histoire (1875), ses
nouvelles éditions de la Chronique de l'Abbaye de Saint-Trond
(1877) et de la Chronique d'Adrien d'Oudenbosch (1902),
publiées toutes deux sous les auspices de la Société des bibliophiles
liégeois. Des Œuvres de Jacques de Hemricourt il ne put publier
que le tome ler, contenant le Miroir des nobles de Hesbaye,
en collaboration avec Alphonse Bayot (1910). La guerre survint au
moment où le tome Il était livré à l'impression, puis arrêté à son
grand désespoir ; l'affaiblissement progressif de sa vue le rendait
impuissant à achever un travail auquel il avait consacré près d'un
demi-siècle d'études préliminaires. Il laissait heureusement des
précieuses notes à ses continuateurs, qui menèrent la tâche à bonne
fin.
Dans l'impossibilité de
recourir désormais aux consolations de ses chers amis, les livres, il
envoya sa riche bibliothèque à l'Université de Louvain, si cruellement
éprouvée par la guerre.
N'ayant pu le fêter
pendant l'occupation étrangère, ses amis et admirateurs profitèrent du
retour de la paix pour organiser en son honneur une manifestation
solennelle. Elle eut lieu au palais du gouvernement provincial à
Hasselt, chez son vieil ami le comte Théodore de Renesse, le 30
novembre 1919. Au cours de la cérémonie, où plusieurs orateurs
célébrèrent ses mérites, il lui fut remis un volume
de Mélanges, auquel collaborèrent à une soixantaine
d'historiens, d'archéologues et de philologues. Ce fut, ne cessa-t-il
de répéter, le plus beau jour de sa vie.
L'œuvre
capitale du baron de Borman fut incontestablement Les échevins de
la souveraine justice de Liège (1892-1899), deux magnifiques
volumes grand in-4°, publiés par la Société des bibliophiles liégeois.
Consacré à la plus importante institution judiciaire de la principauté
et dont l'histoire est si intimement unie à celle de la Cité, cet
ouvrage ressuscite tout le personnel de ce tribunal avec une fermeté
de critique et une sûreté d'information impeccables. De l'avis de
Godefroid Kurth, il peut être considéré comme l'œuvre la plus
remarquable de l'érudition liégeoise au XIXe siècle. Rien d'étonnant
donc que le jury chargé en 1901 de décerner le prix quinquennal
d'histoire nationale ait proposé à l'unanimité de lui décerner ce prix
en partage avec le tome Ier de l'Histoire de Belgique de
Henri Pirenne. Malheureusement, le gouvernement ne put accepter cette
proposition et, au vote, l'œuvre du baron de Borman ne recueillit que
deux voix contre trois données à son éminent concurrent.
De par leur nature même,
les œuvres de Camille de Borman sont appelées à résister à l'usure
du temps. On ne saurait toucher à l'histoire liégeoise sans y
recourir.
Cet homme, droit et bon, aussi modeste
que
savant, qui avait consacré sa vie à la chose publique et à l'histoire,
s'éteignit doucement au château de Schalkhoven.
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