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Camille de Borman




 

 

 

 

 

 

 

J. Cuvelier
Biographie nationale T.II, pp. 327 et suiv.
publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des Beaux-arts de Belgique, Bruxelles, 1897.

BORMAN (Camille, Théodore, Frédéric, Marie, baron DE), historien, né au château de Rullingen (Looz), le 2 avril 1837, mort à Schalkhoven, le 8 décembre 1922. Il était fils du chevalier Théodore-Nicolas de Borman et de Nathalie du Vivier. Le baron de Borman, dans Le Livre d'or de la Famille de Borman (Liège, 1906), a retracé l'histoire de cette vieille famille limbourgeoise, d'après des documents authentiques et avec une objectivité absolue. Ainsi qu'en témoigne sa riche bibliographie, Camille de Borman conserva, sa vie durant, une réelle prédilection pour les travaux généalogiques, qui le passionnèrent dès sa prime jeunesse. Ce sont eux qui, dès le début de ses études universitaires, lui firent prendre le chemin des Archives et l'initièrent à toutes les sciences auxiliaires de l'histoire.

   En 1854, il s'inscrivit au rôle des étudiants de l'Université de Liège, où il conquit le diplôme de docteur en droit en 1861. Une grave maladie d'abord, sa fréquentation assidue des Archives ensuite, avaient retardé quelque peu la fin de ses études, qu'il acheva cependant moins par goût que par acquit de conscience et pour faire plaisir à son père. Celui-ci était juge de paix du canton de Looz et espérait bien le voir entrer dans la magistrature. A défaut de réaliser lui-même ce désir paternel, le baron de Borman eut la satisfaction de voir son fils cadet accéder au siège de la justice de paix que son père avait occupé si longtemps à la satisfaction générale. Quant à lui, sa véritable vocation s'était dessinée alors qu'il se trouvait encore sur les bancs de l'Université. Dès l'année 1858, il avait été nommé membre correspondant de la Société scientifique et littéraire du Limbourg. Quelques semaines avant l'obtention de son titre de docteur en droit, le 11 février 1851, la Commission royale des monuments le nomma membre correspondant.

   C'est que, dès lors, il avait affronté la publicité en livrant à l'impression des notices sur la topographie ancienne du Limbourg, sur les seigneurs de Heers et de Repen, sur le village de Mombeeck et sur la dédicace dé l'église de Rixingen (celle-ci en collaboration avec le célèbre archéologue James Weale). Dans la suite, jusqu'à la veille de la grande guerre, il ne se passa plus une seule année sans qu'il fît paraître une ou plusieurs notices. voire de gros volumes. Reprenons d'abord la carrière du baron de Borman dans l'ordre chronologique. En 1863, avec quelques amis, parmi lesquels Stanislas Bormans et Xavier de Theux, il fonda la Société des bibliophiles liégeois, dont les publications continuent, de nos jours encore, à bénéficier de la faveur de tous les amateurs du beau livre et de l'historiographie liégeoise. La même année, de Borman apparaît parmi les fondateurs de la Gilde de Saint-Thomas et de Saint-Luc, créée pour la défense et la propagation de l'art chrétien. La mort inopinée de l'auteur de ses jours, en 1863, l'obligea à chercher une position. Ayant essayé, sans succès, de succéder à son père, il se lança dans la politique. De 1863 à 1874 il fut bourgmestre de Schalkhoven.

   En 1865, il fut nommé conseiller provincial du canton de Looz, mandat qu'il remplit jusqu'à sa mort, pendant cinquante-sept ans. En 1874, ses collègues l'appelèrent à la députation permanente par un vote unanime et ce fut cette même unanimité qui le porta, en 1904, au siège présidentiel du Conseil. En 1902, il fut, avec ses collègues MM. Slegers et Gielen, l'objet d'une manifestation de sympathie qui aurait dû se renouveler, plus éclatante, en 1915, à l'occasion du cinquantième anniversaire de son. entrée au Conseil provincial. Le deuil de la patrie empêcha, à ce moment, les grandes cérémonies publiques, mais deux de ses collègues se rendirent au domicile du jubilaire pour lui offrir son portrait, œuvre du peintre Damien.

   Le Roi le nomma commandeur de l'Ordre de Léopold en 1911 et, deux ans plus tard, changea son titre de chevalier en celui de baron.

   En 1886, le baron de Borman fut nommé membre du Conseil héraldique, dont il devint président en 1911. Membre suppléant de la Commission royale d'histoire en 1907, il fut désigné comme membre effectif en 1910. A diverses reprises il fut appelé à présider le jury d'histoire des concours universitaires et des bourses de voyage.

   Tout en collaborant activement à l'Annuaire de la noblesse de Belgique, dans lequel il publia près de soixante-dix notices généalogiques, de Borman avait abordé le domaine des études historiques proprement dites, principalement le passé du comté de Looz et de la principauté de Liège. Il faut citer ici le Livre des fiefs du comté de Looz sous Jean d'Arckel dans la série in-8° de la Commission royale d'Histoire (1875), ses nouvelles éditions de la Chronique de l'Abbaye de Saint-Trond (1877) et de la Chronique d'Adrien d'Oudenbosch (1902), publiées toutes deux sous les auspices de la Société des bibliophiles liégeois. Des Œuvres de Jacques de Hemricourt il ne put publier que le tome ler, contenant le Miroir des nobles de Hesbaye, en collaboration avec Alphonse Bayot (1910). La guerre survint au moment où le tome Il était livré à l'impression, puis arrêté à son grand désespoir ; l'affaiblissement progressif de sa vue le rendait impuissant à achever un travail auquel il avait consacré près d'un demi-siècle d'études préliminaires. Il laissait heureusement des précieuses notes à ses continuateurs, qui menèrent la tâche à bonne fin.

   Dans l'impossibilité de recourir désormais aux consolations de ses chers amis, les livres, il envoya sa riche bibliothèque à l'Université de Louvain, si cruellement éprouvée par la guerre.

   N'ayant pu le fêter pendant l'occupation étrangère, ses amis et admirateurs profitèrent du retour de la paix pour organiser en son honneur une manifestation solennelle. Elle eut lieu au palais du gouvernement provincial à Hasselt, chez son vieil ami le comte Théodore de Renesse, le 30 novembre 1919. Au cours de la cérémonie, où plusieurs orateurs célébrèrent ses mérites, il lui fut remis un volume de Mélanges, auquel collaborèrent à une soixantaine d'historiens, d'archéologues et de philologues. Ce fut, ne cessa-t-il de répéter, le plus beau jour de sa vie.

   L'œuvre capitale du baron de Borman fut incontestablement Les échevins de la souveraine justice de Liège (1892-1899), deux magnifiques volumes grand in-4°, publiés par la Société des bibliophiles liégeois. Consacré à la plus importante institution judiciaire de la principauté et dont l'histoire est si intimement unie à celle de la Cité, cet ouvrage ressuscite tout le personnel de ce tribunal avec une fermeté de critique et une sûreté d'information impeccables. De l'avis de Godefroid Kurth, il peut être considéré comme l'œuvre la plus remarquable de l'érudition liégeoise au XIXe siècle. Rien d'étonnant donc que le jury chargé en 1901 de décerner le prix quinquennal d'histoire nationale ait proposé à l'unanimité de lui décerner ce prix en partage avec le tome Ier de l'Histoire de Belgique de Henri Pirenne. Malheureusement, le gouvernement ne put accepter cette proposition et, au vote, l'œuvre du baron de Borman ne recueillit que deux voix contre trois données à son éminent concurrent.

   De par leur nature même, les œuvres de Camille de Borman sont appelées à résister à l'usure du temps. On ne saurait toucher à l'histoire liégeoise sans y recourir.

   Cet homme, droit et bon, aussi modeste que savant, qui avait consacré sa vie à la chose publique et à l'histoire, s'éteignit doucement au château de Schalkhoven.

J. Cuvelier.

Le livre d'or de la famille de Borman (Liège, 1906). - Guillaume Simenon, Le baron de Borman (dans Mélanges Camille de Borman, p. 1-7) (Liège, 1919). - J. Lyna, Bibliographie de Camille de Borman (ibidem, p. 8-12). - Dom Ursmer Berlière, Hommage rendu au baron de Borman (dans Bulletin de la Commission royale d'Histoire, t. LXXXVIII, 1923, p. 1-5). - Ed. Poncelet, Le baron Camille de Borman (dans Livre jubilaire de la Commission royale d'histoire, p. 277-282) (Bruxelles, 1934).

 

 

22/01/2013