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POLAIN
(Mathieu-Lambert), historien,
né à Liége, le 25 juin 1808, mort dans cette ville, le 4 avril 1872.
Il fut fils de ses œuvres. A treize ans il avait achevé ses humanités,
et à quatorze il suivait à l'université les cours de la faculté de
philosophie. Dès lors, il donne des témoignages de son application au
travail : tout en continuant ses études, il répond à une question mise
au concours par l'université de Gand (1826), écrit avec deux de ses
condisciples un vaudeville, Les eaux de Chaudfontaine (1827),
et collabore à divers journaux. A peine reçu docteur, il accepte de
donner, à l'École spéciale de commerce, dirigée par Mr Charlier, des
cours de littérature française et d'histoire politique moderne
(1828-1849). Lorsque éclata la révolution de 1830, il se fit remarquer
par son ardeur à embrasser la cause de notre indépendance, si bien que
l'administration provisoire, qui s'était installée à l'Hôtel de ville,
le choisit pour remplir les fonctions de secrétaire (septembre
1830 à mars 1831). C'est alors qu'il écrivit sa patriotique brochure :
De la souveraineté indivise des évêques de Liége et des Etats
généraux sur la ville de Maestricht (1831). Ce
travail historico-juridique, fait sur pièces originales, attira
l'attention du gouvernement belge. Le 15 février 1833, Polain fut
nommé archiviste adjoint de la province. Il remplaça Mr Rossius
dans les fonctions d'archiviste, le 16 janvier 1835. Pendant près d'un
quart de siècle, il les remplit avec un zèle remarquable, classant et
inventoriant sans relâche les richesses historiques amoncelées dans le
dépôt confié à sa garde. Il eut le grand mérite pour l'époque de les
mettre à la portée du public en dressant un Tableau général des différentes collections que renferme le dépôt des archives de l'État,
à Liége (1847).
Cependant, ses
occupations officielles ne suffisaient pas à son activité. En 1834, il
fonda, avec quelques amis, l'Association nationale pour l'encouragement
et le développement de la littérature en Belgique, dont il fut le
premier président, et qui eut pour organe la Revue belge
(1835-1843). « Ce fut
», dit Alph. Le Roy,
« la première école
littéraire de la Belgique émancipée, et ce fut peut-être la
plus saine..... C'était une œuvre de civilisation et de patriotisme
». Ce qui
est certain, c'est qu'elle contribua largement à développer en
Belgique le goût des études historiques. C'est dans ce recueil que
Polain fit paraître successivement, sous une forme pittoresque et
vivante, les épisodes les plus dramatiques de l'histoire de Liége,
réunis ensuite en un volume, sous ce titre : Récits historiques sur
l'ancien pays de I,iége. Ce livre devint immédiatement populaire.
Le succès qu'il obtint engagea l'auteur à entreprendre une œuvre
de plus longue haleine. En 1844 et en 1847 parurent les deux premiers
volumes d'une Histoire du pays de Liége, écrite suivant la
méthode descriptive d'Augustin Thierry et de P. de Barante, et dans
laquelle, pour la première fois, il est tenu compte du rôle que le
peuple avait joué dans nos annales. Elle s'arrête à l'année 1468 et
devait comprendre un troisième volume. Polain ne l'écrivit jamais,
soit parce qu'il n'en eut pas le temps, soit parce que le genre qu'il
avait adopté n'était plus du goût du public.
Quoique inachevé, cet ouvrage ouvrit à Polain les portes de l'Académie
; nommé correspondant le 10 janvier 1846, il devint membre effectif le
7 mai 1849. Il occupa dans ce corps savant une place distinguée, et
lui fit plusieurs communications intéressantes, notamment au sujet du
lieu de naissance de Pierre l'Ermite et de Charlemagne ; c'est sous
ses auspices qu'il publia les
Vrayes Chroniques de messire Jehan le Bel, le maître de Froissart.
Polain apporta une contribution importante aux publications de la
Commission royale pour la publication des anciennes lois et
ordonnances de Belgique, instituée en 1846, et dont il fit partie
dès l'origine. Il en fut un des membres les plus actifs. Chargé de la
partie relative à l'ancienne principauté de Liége, il fit paraître
coup sur coup, de 1855 à 1867, quatre énormes volumes in-folio,
consacrés aux ordonnances du pays de Liége, de la principauté de
Stavelot et du duché de Bouillon ; puis, dans le format in-4° et en
collaboration avec Mr le procureur général Raikem, les deux premiers
volumes des Coutumes de Liége.
Tandis qu'à Liége il
réussissait, comme président du comité de littérature et des
beaux-arts, à tirer d'un long sommeil la Société d'émulation, il
contribuait chez nos voisins du Midi à la publication des
Documents inédits sur l'histoire de France et à d'autres
recueils. Cette collaboration lui valut notamment le titre de
correspondant étranger de l'Institut (Académie (les inscriptions et
belles-lettres).
Avec son
incontestable mérite, Polain pouvait aspirer à une position plus
brillante que celle qu'il occupait depuis vingt-cinq ans. Par arrêté
du 10 octobre 1857, il fut nommé administrateur-inspecteur de
l'université de Liége, à laquelle il était, depuis le 30 octobre 1845,
attaché comme agrégé. A cette époque, n'existaient encore ni
instituts ni laboratoires, avec les complications du matériel et du
personnel que ces utiles créations ont entraînées. Les fonctions
d'administrateur étaient donc beaucoup moins absorbantes qu'elles ne
le sont aujourd'hui, mais elles n'en étaient pas moins délicates.
Commissaire du gouvernement, il devait, tout en se montrant le
défenseur des intérêts de l'université, faire respecter les droits
du pouvoir central, sans froisser les prérogatives du corps
professoral. «
Par son caractère à la fois conciliant et ferme, il maintenait
l'union et la paix, et, dans les
circonstances difficiles, il tempérait les rigueurs d'une
judicieuse autorité par une bienveillance de formes et de
procédés qui lui assurait sur l'esprit de tous une haute et salutaire
influence ».
Pour n'omettre
aucun détail, il faut ajouter que Polain donna un cours de littérature
française à l'institution des demoiselles Hubin (1852-1860), qu'il fit
la critique littéraire dans le Journal de Liége (1851-1864), et
qu'il fonda, avec son frère Alphonse, une librairie, d'abord installée
rue Saint-Gangulphe, puis transférée au coin des rues de la Cathédrale
et de l'Université (1836 à 1849).
La liste de ses
publications se trouve dans Quérard, France littéraire, t. XI,
p. 473, dans la Bibliographie nationale, dans les Notices
biographiques et bibliographiques des académiciens belges, édition
de 1854, p. 152, dans le Liber memorialis et dans
l'Annuaire de l'Académie,
cités ci-dessous.
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