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Mathieu-Lambert Polain




 

 

 

 

 


     

 

S. Bormans,
Biographie nationale T. XVII, pp. 897 et suiv.
publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des Beaux-arts de Belgique, Bruxelles, 1897.

POLAIN (Mathieu-Lambert), historien, né à Liége, le 25 juin 1808, mort dans cette ville, le 4 avril 1872. Il fut fils de ses œuvres. A treize ans il avait achevé ses humanités, et à quatorze il suivait à l'université les cours de la faculté de philosophie. Dès lors, il donne des témoignages de son application au travail : tout en continuant ses études, il répond à une question mise au concours par l'université de Gand (1826), écrit avec deux de ses condisciples un vaudeville, Les eaux de Chaudfontaine (1827), et collabore à divers journaux. A peine reçu docteur, il accepte de donner, à l'École spéciale de commerce, dirigée par Mr Charlier, des cours de littérature française et d'histoire politique moderne (1828-1849). Lorsque éclata la révolution de 1830, il se fit remarquer par son ardeur à embrasser la cause de notre indépendance, si bien que l'administration provisoire, qui s'était installée à l'Hôtel de ville, le choisit pour remplir les fonctions de secrétaire (septembre 1830 à mars 1831). C'est alors qu'il écrivit sa patriotique brochure : De la souveraineté indivise des évêques de Liége et des Etats généraux sur la ville de Maestricht (1831). Ce travail historico-juridique, fait sur pièces originales, attira l'attention du gouvernement belge. Le 15 février 1833, Polain fut nommé archiviste adjoint de la province. Il remplaça Mr Rossius dans les fonctions d'archiviste, le 16 janvier 1835. Pendant près d'un quart de siècle, il les remplit avec un zèle remarquable, classant et inventoriant sans relâche les richesses historiques amoncelées dans le dépôt confié à sa garde. Il eut le grand mérite pour l'époque de les mettre à la portée du public en dressant un Tableau général des différentes collections que renferme le dépôt des archives de l'État, à Liége (1847).

   Cependant, ses occupations officielles ne suffisaient pas à son activité. En 1834, il fonda, avec quelques amis, l'Association nationale pour l'encouragement et le développement de la littérature en Belgique, dont il fut le premier président, et qui eut pour organe la Revue belge (1835-1843). « Ce fut », dit Alph. Le Roy, « la première école littéraire de la Belgique  émancipée, et ce fut peut-être la plus saine..... C'était une œuvre de civilisation et de patriotisme ». Ce qui est certain, c'est qu'elle contribua largement à développer en Belgique le goût des études historiques. C'est dans ce recueil que Polain fit paraître successivement, sous une forme pittoresque et vivante, les épisodes les plus dramatiques de l'histoire de Liége, réunis ensuite en un volume, sous ce titre : Récits historiques sur l'ancien pays de I,iége. Ce livre devint immédiatement populaire. Le succès qu'il obtint engagea l'auteur à entreprendre une œuvre  de plus longue haleine. En 1844 et en 1847 parurent les deux premiers volumes d'une Histoire du pays de Liége, écrite suivant la méthode descriptive d'Augustin Thierry et de P. de Barante, et dans laquelle, pour la première fois, il est tenu compte du rôle que le peuple avait joué dans nos annales. Elle s'arrête à l'année 1468 et devait comprendre un troisième volume. Polain ne l'écrivit jamais, soit parce qu'il n'en eut pas le temps, soit parce que le genre qu'il avait adopté n'était plus du goût du public.

   Quoique inachevé, cet ouvrage ouvrit à Polain les portes de l'Académie ; nommé correspondant le 10 janvier 1846, il devint membre effectif le 7 mai 1849. Il occupa dans ce corps savant une place distinguée, et lui fit plusieurs communications intéressantes, notamment au sujet du lieu de naissance de Pierre l'Ermite et de Charlemagne ; c'est sous ses auspices qu'il publia les Vrayes Chroniques de messire Jehan le Bel, le maître de Froissart.

   Polain apporta une contribution importante aux publications de la Commission royale pour la publication des anciennes lois et ordonnances de Belgique, instituée en 1846, et dont il fit partie dès l'origine. Il en fut un des membres les plus actifs. Chargé de la partie relative à l'ancienne principauté de Liége, il fit paraître coup sur coup, de 1855 à 1867, quatre énormes volumes in-folio, consacrés aux ordonnances du pays de Liége, de la principauté de Stavelot et du duché de Bouillon ; puis, dans le format in-4° et en collaboration avec Mr le procureur général Raikem, les deux premiers volumes des Coutumes de Liége.

   Tandis qu'à Liége il réussissait, comme président du comité de littérature et des beaux-arts, à tirer d'un long sommeil la Société d'émulation, il contribuait chez nos voisins du Midi à la publication des Documents inédits sur l'histoire de France et à d'autres recueils. Cette collaboration lui valut notamment le titre de correspondant étranger de l'Institut (Académie (les inscriptions et belles-lettres).

   Avec son incontestable mérite, Polain pouvait aspirer à une position plus brillante que celle qu'il occupait depuis vingt-cinq ans. Par arrêté du 10 octobre 1857, il fut nommé administrateur-inspecteur de l'université de Liége, à laquelle il était, depuis le 30 octobre 1845, attaché comme agrégé. A cette époque, n'existaient encore ni instituts ni laboratoires, avec les complications du matériel et du personnel que ces utiles créations ont entraînées. Les fonctions d'administrateur étaient donc beaucoup moins absorbantes qu'elles ne le sont aujourd'hui, mais elles n'en étaient pas moins délicates. Commissaire du gouvernement, il devait, tout en se montrant le défenseur des intérêts de l'université, faire respecter les droits du pouvoir central, sans froisser les prérogatives du corps professoral. « Par son caractère à la fois conciliant et ferme,  il maintenait l'union et la paix, et, dans les circonstances difficiles, il tempérait les rigueurs d'une judicieuse autorité par une bienveillance de formes et de procédés qui lui assurait sur l'esprit de tous une haute et salutaire influence ».

   Pour n'omettre aucun détail, il faut ajouter que Polain donna un cours de littérature française à l'institution des demoiselles Hubin (1852-1860), qu'il fit la critique littéraire dans le Journal de Liége (1851-1864), et qu'il fonda, avec son frère Alphonse, une librairie, d'abord installée rue Saint-Gangulphe, puis transférée au coin des rues de la Cathédrale et de l'Université (1836 à 1849).

   La liste de ses publications se trouve dans Quérard, France littéraire, t. XI, p. 473, dans la Bibliographie nationale, dans les Notices biographiques et bibliographiques des académiciens belges, édition de 1854, p. 152, dans le Liber memorialis et dans l'Annuaire de l'Académie, cités ci-dessous.

S. Bormans.

Notice par Mr de Decker dans l'Annuaire de l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, 1873, 39e année, p. 189-226. -- Liber memorialis de l'université de Liége, par A. Le Roy, col. 11-24. -- Mathieu Polain, sa vie et ses œuvres, par Micha, 1872 (extrait de la Revue de Belgique). -- Notice biographique sur M.-L. Polain, par Georges Demarteau (extrait de la Revue de l'Instruction publique, t. XV).

 

 

 

 

22/01/2013