2. Le curaca et la redistribution

Les membres des ayllus avaient des obligations envers le curaca. A la demande de celui-ci, ils entretenaient et exploitaient ses terres , son bétail avant les leurs. Donc les membres des ayllus pour quelques mois et à tour de rôle, ils réalisaient ses corvées: garder les troupeaux, filer, tisser leur laine , voire même entretenir sa maison: c'est la mita.

Des réserves étaient constituées grâce à ces mitas périodiques (en aliments, en vêtements,...). Ainsi s'établit le lien entre mita et redistribution.

Cependant les ayllus ne devaient aucun impôt au curaca, si ce n'est cette mise à disposition de main-d'oeuvre temporaire.

Le curaca administrait l'excédent produit par la mita et veillait à palier tout manque Il d'organisait les réserves pour les périodes de disette (guerre, sécheresse,...).


réserves organisées en vue des périodes de disette par G. Poma de Ayala

Le curaca nourrissait, logeait, habillait et outillait ceux dont ils disposaient dans le cadre de la mita. Les mitani (ceux qui effectuent la mita) ,dès que les corvées étaient remplies, rentraient chez eux avec des compensations: animaux, vêtements, tissus,... issus des propres réserves du curaca. En outre, le curaca veillait à la sécurité matérielle des orphelins, veuves, malades,...à l'aide de ses réserves. Le curaca avait donc des droits mais aussi des obligations.

Ces règles comme le curaca préexistaient à l'empire et l'héritage de celles-ci en a permis une utilisation expérimentée. L'empire Inca l'utilisa simplement à une plus grande échelle. La charge du curaca était hautement rituelle.

Au sein de l'ayllu, certaines réciprocités sont constantes, fondées sur l'énergie humaine (familiale) et d'autres plus ponctuelles et précises (ethnique ou pluriethnique).

Tout comme il y avait des ayllus soumises à l'autorité d'un curaca, il existait des ensembles de curacas au service d'un curaca plus puissant obtenus par un échange de réciprocité ou par la force. Un des avantages de ces ensembles de curacas est qu'il englobe des régions plus vastes et donc plus diversifiées au niveau de la production. La redistribution dans ces ensembles était du même type qu'à l'échelon plus bas. Cette réciprocité permettait, par exemple, de produire des biens introuvables près du lac Titicaca où résidait généralement l'ethnie. Diverses mitas permettaient de cultiver à des endroits très différents (côtes, proximité forêt amazonienne,...) et d'y cultiver d'autres légumes ou fruits; Il fallait donc une mita pour semer, une autre pour récolter, et une pour transporter les produits vers le lieu d'origine de l'ethnie afin d'y entreposer la production. Cette technique permettait la redistribution des biens à travers l'empire ou à travers une ethnie profitant ainsi d'une diversité des produits impossible à obtenir au niveau local.




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