Chers amis et bienfaiteurs,
 
Nous voudrions vous dire et redire un immense merci pour votre générosité indéfectible. Nous pouvons ainsi aider père Elie Sader à payer le remplacement de certains panneaux solaires et en ajouter d'autres. Ceux-ci chauffent l'eau nécessaire aux trois bâtiments. Merci à tous les généreux donateurs.
 
La situation au Liban depuis la fin de la guerre de juillet 2006, n'est pas encore stabilisée. La violence peut surgir à tous moments, et, ce sont toujours les civils qui sont pris en otage.
 
La procession du jeudi de la "Fête-Dieu" a dû être annulée en dernière minute. Trois voitures piégées étaient installées sur le parcours de la procession; procession qui rassemble des centaines de chrétiens dans le centre de Zahlé. Les victimes auraient été nombreuses si cet attentat n'avait été déjoué.
 
Les tensions restent vives, le peuple libanais souffre. De plus en plus de personnes souffrent de dépression et de maladies cardiaques mais aussi de malnutrition chez les jeunes enfants.
 
Les politiciens soufflent le chaud et le froid. "La situation est extrêment délicate "affirme le cardinal Nasrallah Sfeir, patriarche maronite. Il invite tous les chrétiens à faire preuve " de vigilance et d'un degré élevé du sens de citoyenneté, pour s'entraider, faire échouer la discorde et renouer avec la stabilité, la sécurité et la paix".
 
C'est pour répondre à cette demande d'entraide, de solidarité qu'un "déjeuner de femmes" a réuni quelques 460 dames pour un déjeuner libanais, selon la coutume, au Centre Christ Rédempteur. Toutes ces femmes ont un point commun: comment survivre dans cette tension, comment éduquer les enfants dans un tel climat, comment accepter de voir les jeunes quitter le pays etc… En se retrouvant entre-elles, elles peuvent parler des mêmes problèmes, partager leurs angoisses, elles repartent alors sans la solution mais réconfortées de se sentir moins seules.
Ce sont des femmes fortes, courageuses, les piliers des familles qui trouvent leurs forces dans la prière et une grande vénération pour la Vierge Marie.
 
Joignons nos prières, unissons-nous à toutes ces courageuses Libanaises et retrouvons-nous le dernier mardi du mois pour prier ensemble, dans la chapelle des pères Rédemptoristes de Jette.
 

Monique
 
Les paroles sincères manquent souvent d'élégance : les paroles élégantes sont rarement sincères.
Centre Christ Rédempteur
Le 29 Mai 2007
 
Très chers Monique et Marcel Vandenberghe
 
Je vous transmets ce que j’ai pu mettre par écrit ces quelques phrases de réflexion. Je n’arrive pas à me concentrer vu la situation qui nous accable et nous met en état de torpeur… dans l’espoir de pouvoir ajouter d’autres réflexions, je vous prie de prier pour le petit reste des chrétiens en Orient.
 
Depuis tous temps, la situation au Liban a toujours été très compliquée voire inextricable. Nous ne savons pas qui sont nos amis ni qui sont nos ennemis. Les ennemis d’un parti libanais sont les amis d’un autre et vice versa. Pire, les alliances se font et se défont du jour au lendemain sans raison apparente.
 
Ce qui se passe en ce moment dans les camps palestiniens avec le groupe du Fateh el Islam nous fait penser au commencement des affrontements entre Libanais et Palestiniens à la fin des années 60. Affrontements qui ont conduit à 15 ans de guerre civile déchirante. Sommes-nous revenus à la case départ ?
 
Plein de questions se posent aujourd'hui: Fateh el Islam serait-il un simple groupe terroriste à l'instar d'Al Qaeda dont la mission est de combattre les "Chrétiens infidèles"?
 
N'y aurait-il pas d'autres raisons, d'autres explications qui justifieraient l'existence de ce groupe? Pourquoi est ce que les Palestiniens ont permis à un tel groupe de se former et se développer au sein de leur communauté et de leur pays d'accueil ? Pourquoi est-il permis aux Palestiniens de garder leurs armes même si ce n'est qu'à l'intérieur des camps ? Pourquoi est ce qu'on ne cherche jamais à régler une fois pour toute le problème des réfugiés palestiniens comme nos pays voisins l'ont fait (Egypte, Jordanie)?
 
Tout nous fait penser au plan Kissinger et à ses propos quand il avait rencontré le président Frangie (1975): « Le cancer palestinien au Liban doit trouver sa solution dans l’implantation de ces Palestiniens dans votre pays. En tant que chrétiens libanais vous êtes appréciés partout dans le monde. Tous les pays seraient prêts à vous recevoir ».
Ce plan tient-il toujours ? Pourquoi durant la dernière guerre de juillet les camps palestiniens ont été épargnés alors que le reste du pays était en feu ? S'agissait-il de faire déserter le sud pour l'offrir en cadeau aux Palestiniens ? Pourquoi cet acharnement contre les armes du Hezbollah alors que les groupes armés palestiniens sont bien plus dangereux ?
 
Les analyses et les points de vue ne manquent pas en ce moment. Certains accusent la Syrie d'être derrière Fateh El Islam, d'autres le réseau d'Al Qaeda, certains mêmes accusent le clan Hariri de financer ces militants islamistes. Toutes les analyses, bien que contradictoires, peuvent être valables.
Une chose est sûre, la présence Chrétienne au Liban est en grand danger. Moins le pays est stable, plus les Chrétiens seront amenés à quitter le pays. Ainsi on se rapproche du plan Kissenger…
 
Nous prions que les puissants leaders Chrétiens du monde se rendent compte de l'ampleur du danger que court la présence Chrétienne dans cette partie du monde et qu'ils œuvrent sagement pour la sauvegarde de ces quelques communautés Chrétiennes qui vivent là ou le Christ a vécu.
 
P Elie Sader
Centre Christ Rédempteur
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Réflexions et témoignage de Monsieur Nabil Hobéika
 
Comprendre autrui
 
Stefan Zweig, qui fut un grand voyageur, a écrit : « C’est une impression merveilleuse pour chacun sur terre de se savoir compris et même aimé ».
Peut-être que le noyau de ce témoignage est-il dans les trois mots : /se savoir compris/. Comprendre ne suffit-il pas ? Quand quelqu’un dit : je vous ai compris, a-t-il répondu à l’attente de l’autre ? Sa réponse est-elle complète, au sens d’achevée, autrement parfaite, menée à sa bonne fin ? Quelle est cette fin ? En quoi est-elle bonne ?
 
Les gestes et la parole se retrouvent dans chaque relation humaine.
Celle-ci a des aspects, des visages divers : de l’échange commercial à l’échange amoureux. A chaque fois que deux êtres se parlent, l’un en principe dit et l’autre écoute, et réciproquement. Leurs propos avancent en suivant les méandres de leurs pensées, de leur sensibilité. De part et d’autre on devrait témoigner d’une forme de disponibilité : être bien disposé, ni lié, ni engagé par rien, sauf par sa conscience.
Pour l’illustrer : «Un maître dit un jour à un élève sceptique : ‘Je te jure que Dieu existe !’ L’élève lui répondit : ‘ Non seulement je dois croire en Dieu mais aussi en toi ! ».
 
Il est difficile, dans une relation humaine, de dissocier « comprendre » et « se savoir compris ». Nous écoutons l’autre, nous le comprenons.
Mais encore ! Une insatisfaction risquerait d’affecter la parole vers laquelle on se porte. Celle-ci réclame d’être satisfaite, qu’on s’en acquitte. Le « merveilleux » plaisir d’être compris ne se réalise qu’en le sachant.
 
Il y a dans tout acte de parole et d’écoute une attente, celle de le sentir aboutir.
Enfin, on ne peut pas se laisser bercer de mots : en famille, en société, et partout où au moins deux êtres se retrouvent comme « donateur de sens ».
 
Dès lors que le sens est accessible, il faut passer du sens au savoir, du désir d’être compris au savoir de l’être. Il y a là un retour sur soi, que pour pouvoir l’accomplir, être à même de juger du lien qui s’est ou ne s’est pas créé.
 
On ne peut être compris sans que cela ne soit suivi d’effet. Car on n’attend pas de recevoir de celui qui n’a rien à donner. La compréhension de l’autre, dans la mesure où elle relève de la préhension, relève proprement de l’action : elle se matérialise en acte, saisir : deux mains l’une dans l’autre, deux cœurs, deux discours se répondant. Ils veulent rendre compte d’eux-mêmes, et réciproquement.
 
A la question : quelle est cette fin ? Sous-jacente à « se savoir compris », la réponse est : la reconnaissance d’autrui. Comprendre autrui n’est pas de l’ordre de la morale, mais de l’éthique. Car autrui n’a pas besoin de moi pour être mon semblable, il l’est. Bien sûr, sans l’être, c’est-à-dire : tout sauf une copie conforme, donc en ce tout qu’il est.
 
Témoignage
 
A chaque visite au Liban, une, deux, voire trois fois par an, ce qui attire surtout mon attention, ce sont au quotidien les conditions de certaines familles.
 
Institution fragilisée par la guerre et la crise économique, la famille considérée en général comme un rempart pour les générations futures, par sa précarité menace l’équilibre social en hypothéquant l’avenir des enfants.
 
Il existe un facteur matériel à l’intégration social de l’individu, à la réalisation de son bien-être. La précarité des familles que je croise se ressent face à l’éducation et à la santé.
 
Bénéficier d’une scolarité digne de ce nom, avoir accès selon ses besoins aux soins sanitaires demeurent inaccessibles à un nombre de plus en plus grossissant d’individus. Tout se paye au prix fort, très disproportionné par rapport au salaire, quand il existe, d’un travailleur. La visite médicale, l’hospitalisation, la scolarité, sont un cauchemar. Comment s’en acquitter ? Une question qui tourmente.
 
Dans le contexte économique et politique libanais, la notion de bien-être est barbare ou insolente. Le pouvoir politique libanais qui se débat dans ses contradictions, disputes et autres ergotages aggrave le malaise social et familial. Quand on touche de près le point d’honneur que met le « petit de nos frères » au Liban, à assurer l’instruction et la qualification de son enfant, c’est poignant.
 
La dignité de chaque être humain s’affirme et grandit avec son semblable. Que dire à celui qui se dit chrétien, qui est dépositaire, car il le veut bien, ce me semble, du message du Christ fondé sur l’amour du prochain, sinon d’occuper sans réserve sa place.
 
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Une gloire du Liban: le patriarche Elias Hoyek.
 
Né en 1843, à Helta, petit village du Liban-Nord, à 20 kilomètres de Batroun. Elias est l'aîné d'une famille de sept enfants, trois garçons et quatre filles.
Son père est curé de paroisse, connu sous le nom de père Boutros, sa mère est connue pour sa foi, sa charité et sa piété.
 
Très jeune, le petit Elias manifeste le désir de faire des études. Ses parents l'inscrivent à l'école Saint Jean-Maroun. Elias fera une heure de marche chaque jour pour se rendre à l'école qu'il fréquente de 1851 à 1859. Il fait des progrès surprenants, et déjà, il accueille l'appel du Seigneur à se mettre à Son service.
Il entre au séminaire Patriarcal maronite de Ghazir en octobre 1859. Intelligent, travailleur et persévérant, Elias arrive à assimiler le programme de trois années en une seule. Ce brillant élève sera surnommé le "pionnier".
 
Il est chargé de la catéchèse, de distribuer l'aumône et il devient premier assistant de la confrérie de l'Ange gardien de 1865 jusqu'au 10 novembre 1866. Il quitte alors le Liban pour suivre des études théologiques à Rome. Il sera ordonné prêtre le 5 juin 1870 à l'église du Sacré-Cœur par Monseigneur Youssef Geagea, évêque de Chypre.
Père Elias Hoyek rentre au Liban le 1er septembre, et pleure la mort de son père survenu en avril 1869.
 
Père Elias enseigne la théologie morale aux séminaristes, il préside différents offices, passe des heures au confessionnal, partage les repas avec les étudiants et demeure en leurs compagnies aux heures libres. Durant les vacances scolaires, il prêche des retraites et il n'hésite pas à collaborer aux travaux champêtres.
En 1872, Sa Béatitude Monseigneur Boulos Massaad le désigne pour être son secrétaire privé et l'avocat responsable au tribunal ecclésiastique de Bkerké.
 
Après dix-sept ans de service fidèle au Patriarcat maronite, le père Elias Hoyek est promu au rang de prélat de l'Eglise. Il est sacré évêque à Bkerké le 14 décembre 1889. Il est désigné évêque d'Arka et en même temps, Vicaire patriarcal maronite. En mai 1890, il sera délégué à Rome pour représenter le nouveau patriarche.
 
Le 6 janvier 1899, Monseigneur Hoyek est élu Patriarche à cinquante-six ans.
Il conserve cependant la simplicité de l'enfance et manifeste à tous un esprit de piété et de fidélité.
 
Homme d'oraison, il puise particulièrement aux "Confessions de Saint Augustin", à "Massime eterne" de Saint Alphonse de Liguori, il relit "l'imitation de Jésus-Christ" qui nourrit son âme.
Piété, esprit de pauvreté, maîtrise de soi, sens de l'autre, esprit de collaboration et esprit de gratitude: toutes ces vertus ont leur source dans "une constante" dans la vie du grand prélat : L'Abandon à la Divine Providence.
 
C'est sur cet abandon à la Divine Providence qu'il fondera une Congrégation nationale féminine maronite.
 
Après avoir visité plusieurs instituts religieux à l'étranger, il rencontre Mère Rosalie Nassr et sœur Stéphanie Kardouche, ils décident d'entreprendre l'œuvre. Le 15 août 1895, la Congrégation est baptisée sous le nom de la Sainte Famille Maronite et s'installe dans un petit couvent à Jbeil.
 
La Sainte Règle, la Pauvreté, le Témoignage sont les 3 fondements de la Congrégation. Les religieuses se chargeront de la formation des jeunes filles, elles s'occuperont maternellement du pauvre, du vieillard et de l'orphelin.
A la mort du fondateur, la Congrégation comptera vingt institutions et nonante-quatre religieuses.
 
Fidèle à sa noble mission, Sa Béatitude consolide l'Eglise en Orient, non seulement par sa prière, mais aussi par sa vie et ses interventions, dans le climat de confiance, de respect mutuel et de compréhension. Conscient de sa responsabilité, il travaillera à rapprocher les hommes et les libérer, à conserver fidèlement la dimension de l'Eglise en Orient.
 
Il manifestera son attachement au Saint-Siège, il défendra les intérêts du Liban à Constantinople, après l'invasion des Turcs en 1914. Il plaidera à Paris la cause du Liban intégral sous la tutelle de la France qui sera proclamée, le 1er septembre 1920.
 
Que cet esprit patriotique continue à souffler sur le Liban que Hoyek a voulu consacrer au Sacré-Cœur et à la Vierge du Liban pour laquelle il a érigé un sanctuaire à Harissa!
 
Le 24 décembre 1931, son âme repose en paix dans les bras de la Providence, il n'a que deux livres syriennes dans son porte-monnaie, car toute sa richesse était dans le "bourse de la Providence".
 
Mesure ton aumône à ton abondance: si tu a beaucoup, donne davantage; si tu as peu, donne moins, mais n'hésite pas à faire l'aumône. C'est te constituer un beau trésor pour le jour du besoin. Car l'aumône délivre de la mort, et elle empêche d'aller dans les ténèbres. (Tb 4, 8-10).
 
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IN MEMORIAM Le 12 mai dernier, le papa du père Elie Sader est retourné à la maison du Père.
Plusieurs centaines de personnes ont rendu hommage à cet homme courageux, très pieux et excellent père de famille.
Nous présentons à père Elie Sader, à sa maman, à ses frères et sœurs, au nom d'Emmaüs nos chrétiennes condoléances.