Saint Alphonse-Marie de Liguori
 
Saint Alphonse-Marie de Liguori naquit en 1696, près de Naples, dans une famille de l'aristocratie. Après de fort brillantes études, docteur en droit civil et en droit canon à dix sept ans, il embrassa une carrière d'avocat.
 
Pendant les dix années qu'il remplit cette charge, il fut le modèle de parfait chrétien. Il commençait à se relâcher, quand il échoua dans un superbe plaidoyer où il avait déployé tous ses talents : "O monde ! s'écria-t-il, désormais je te connais ; tu ne m'auras plus." Peu après, il entendit une voix lui dire : "Laisse le monde de côté, livre-toi à moi tout entier…" Fondant en larmes, il répondit : " O Dieu ! me voici, faites de moi ce qu'Il vous plaira." Aussitôt Alphonse va déposer à l'église de la Sainte Vierge, son épée de gentilhomme, prend bientôt l'habit ecclésiastique, fait ses études de théologie, et au bout de trois ans, en 1726, reçoit le sacerdoce.
 
Désormais le voilà embrasé du zèle des âmes ; il se consacre d'abord à la formation de missionnaires pour la Chine dans un séminaire de Naples.
 
Il se mêle au peuple des campagnes où il découvre une grande misère morale et s'éprend d'un amour spécial pour lui. C'est alors que l'idée lui vint de fonder, la Congrégation du Très-Saint-Rédempteur (Rédemptoristes).
 
Traité d'insensé par son père, ses proches et ses amis, persécuté et abandonné bientôt par plusieurs de ses premiers collaborateurs, délaissé et méprisé par son directeur lui-même, Alphonse endura toutes les souffrances morales qui peuvent tomber sur un homme : rien ne put l'abattre ni le décourager. Il eut plusieurs visions de la très Sainte Vierge ; une fois, pendant un sermon sur les gloires de Marie, il fut ravi, et environné d'une éblouissante lumière.
 
Un jour, son pauvre accoutrement le fit prendre pour le cocher des autres missionnaires, et, à son premier sermon, son éloquence fit dire au peuple : " Si le cocher prêche si bien, que sera-t-il des autres !" Aux travaux apostoliques, Alphonse joignait les travaux intellectuels, et il composa un grand nombre d'ouvrages de piété et de morale qui l'ont fait élever au rang des docteurs.
 
Ce grand prédicateur a aussi mis au service de son zèle apostolique ses talents de poète et de musicien. En 1762, saint Alphonse sera nommé évêque de Saint-Agathe-des-Goths, en Campanie, où, pendant treize ans, il continuera l'œuvre des missions.
 
Les dernières années de sa vie furent marquées par de grandes souffrances ; la maladie, la suspicion et même le rejet de la part de sa famille religieuse, les luttes qui opposaient les membres de sa congrégation aboutirent à une scission, ainsi que l'angoisse de la damnation, furent acceptées avec une patience héroïque.
 
Il mourut le 1er août 1787. Il fut canonisé en1839 et proclamé docteur de l'Eglise en1871 ;
 
On attribue à Saint Alphonse cent ouvrages de théologie ou de spiritualité, dont les plus célèbres sont :
 
Les Visites au Saint Sacrement (1748)
 
Les Gloires de Marie (1750)
 
Le Grand Moyen de la prière (1759)
 
Le Traité de l'amour de Jésus-Christ et Théologie morale (1753-1755)
 
Les Œuvres Complètes ont été traduites en français (1834-1842)
 
Le Bienheureux Gennaro Sarnelli
 
Gennaro Maria Sarnelli, fils du baron de Ciorani, naquit à Naples, le 12 septembre 1702.
 
A la suite de la béatification de François Régis - Gennaro avait alors 14 ans - il décida de devenir jésuite. A cause de son jeune âge, son père l'en dissuada. Il commença donc ses études en Droit et obtint son doctorat en Droit civil et ecclésiastique en 1722. Il se distingua au barreau et devint membre de la Congrégation des Chevaliers des Professions légale et médicale. Cette dernière était dirigée par les Pieux Ouvriers de Saint Nicolas de Tolède. Une des règles de cette association était de s'obliger à visiter les malades de l'Hôpital des Incurables. C'est là qu'il entendit la voix du Seigneur qui l'appelait à la prêtrise.
 
Il entra au séminaire en septembre 1728 et le Cardinal Pignatelli le reçut comme clerc à la paroisse de Sainte-Anne de Palazzo. Afin de pouvoir étudier dans des conditions plus paisibles, le 4 juin 1729, il devint pensionnaire au Collège de la Sainte-Famille. Ce collège était mieux connu sous le nom de Collège Chinois, fondé par Matthieu Ripa. L'année suivante, le 8 avril, il laissa le Collège Chinois, et, le 5 juin, il commença son noviciat dans la Congrégation des Missions Apostoliques.
 
Son noviciat prit fin le 28 mai 1731 et le 8 juillet de l'année suivante, il fut ordonné prêtre. C'est pendant ces années, qu'il ajouta à ses visites à l'hôpital le ministère aux jeunes travailleurs. Il se dévoua à leur enseigner le catéchisme. Il visita aussi les personnes âgées de l'Hospice de Saint-Gennaro ainsi que les condamnés aux galères malades, hospitalisés sur les quais. Au cours de ces années, se développa son amitié pour saint Alphonse de Liguori et pour son apostolat. Ensemble, ils se dévouèrent à l'enseignement du catéchisme aux laïques en organisant les Chapelles du Soir.
 
Après son ordination, le Cardinal Pignatelli le nomma à la direction de l'éducation religieuse à la paroisse des Saints François et Matthieu dans le quartier espagnol. Il se rendit compte de la corruption si évidente des jeunes filles. Il décida de consacrer toutes ses énergies à combattre la prostitution. C'est dans la même période (1733) qu'il prit avec ténacité la défense de saint Alphonse. Celui-ci était en butte à d'injustes critiques après avoir fondé à Scala (SA), le 9 novembre 1732, la Congrégation missionnaire du Très-Saint-Rédempteur. En juin de la même année, il se rendit à Scala aider son ami à la mission de Ravello. C'est là qu'il décida de se joindre aux Rédemptoristes tout en demeurant membre des Missions Apostoliques. Dès son entrée dans la Congrégation en avril 1736, il se consacra sans répit aux missions paroissiales et il défendit par ses écrits les "jeunes filles en péril". Il écrit aussi au sujet de la vie spirituelle. Il mit tant d'énergie au travail qu'il en était rendu aux portes de la mort. Il obtint le consentement de saint Alphonse et retourna à Naples pour se faire soigner. Il y recommença son apostolat auprès des prostituées.
 
Tout en participant à l'apostolat des Rédemptoristes ainsi qu'à celui des Missions Apostoliques, il fit la promotion auprès des laïques de la méditation en commun. Il publia pour eux "Il mondo santificato". Dans un autre ouvrage, il combattit le blasphème. En 1741, il travailla avec saint Alphonse à la planification et à la prédication des grandes missions prêchées dans les hameaux avoisinants Naples. C'était en préparation à une visite canonique du Cardinal Spinelli. Malgré son état de santé toujours incertain, il continua à prêcher jusqu'en avril 1744. Il retourna à Naples très malade et mourut le 30 juin à l'âge de 42 ans. Sa dépouille mortelle repose à Ciorani, la première église rédemptoriste.
 
Gennaro Maria Sarnelli nous a laissé 30 ouvrages. Ceux-ci traitent de la méditation, de la théologie mystique, de la direction spirituelle, du droit, de la pédagogie et de thèmes de théologie morale et pastorale. Son action sociale en faveur de la femme lui a valu la réputation d'être un des auteurs qui ont traité le mieux ce sujet dans l'Europe de la première moitié du dix-neuvième siècle.
 
Le Pape Jean-Paul II l'a béatifié sur la Place St-Pierre, le 12 mai 1996.
 
Saint Gérard Majella
 
Gérard naquit à Muro, en 1726. Muro est une petite ville au sud de l'Italie. Sa mère, Benedetta, un don du ciel dans sa vie, lui apprit à connaître l'amour surabondant de Dieu. Le bonheur de Gérard était de se sentir tout près de Dieu.
 
A l'âge de douze ans, il perdit son père et il devint le support de sa famille. Apprenti chez un tailleur, il eut à subir de nombreux sévices de la part du contremaître. Après quatre ans d'apprentissage, au moment même où il pouvait commencer sa carrière de tailleur autonome, il fit part de son intention d'aller travailler comme serviteur auprès de son évêque à Lacedonia. Ses amis tentèrent de l'en dissuader. Malgré les sautes de colère et la hargne incessante qu'avaient à subir les serviteurs qui l'avaient précédé, Gérard n'y vit aucun obstacle. Pendant trois ans, jusqu'au décès de l'évêque, Gérard s'adonna, auprès de ce dernier, à toutes sortes de travaux. Tant qu'il était convaincu de faire la volonté de Dieu, Gérard acceptait tout. Bousculé chez le tailleur, ignoré par son évêque, Gérard souffrait avec patience afin de suivre le Christ. "Monseigneur m'a salué" disait-il. Déjà Gérard passait de longues heures devant le Saint Sacrement, signe de la présence du Seigneur crucifié et ressuscité.
 
En 1745, âgé de 19 ans, il retourna à Muro. Il y établit une boutique de tailleur à son propre compte. Ses affaires allaient en croissant, mais il ne faisait que peu d'argent. Il donnait pratiquement tout. Il ne gardait que le nécessaire pour suffire aux besoins de sa mère et de ses sœurs. Le reste, il le donnait aux pauvres ou bien il offrait des messes pour les âmes du Purgatoire. Il n'y eut pas de conversion soudaine pour Gérard; seulement une croissance constante dans l'amour de Dieu. Puis, pendant le carême de 1747, il résolut de ressembler le plus possible au Christ. Il commença une série de pénitences rigoureuses; dans la rue, il prétendait la folie et s'en réjouissait quand on le prenait en ridicule.
 
Il désirait tant être au service exclusif de Dieu qu'il demanda à entrer chez les frères capucins. Il ne fut pas accepté. À 21 ans, il entreprit la vie d'ermite. Son désir intense d'imiter le Christ le poussa à prendre le rôle principal dans le jeu de la passion, un tableau vivant, à la cathédrale de Muro.
 
Chez les Rédemptoristes
 
Les Rédemptoristes vinrent à Muro en 1749. Ils étaient quinze missionnaires et prirent d'assaut les trois paroisses de la petite ville. Gérard suivit scrupuleusement la mission et en vint à la décision que cette vie était celle qu'il désirait. Il demanda à se joindre à l'équipe missionnaire, mais le Supérieur, le Père Cafaro, refusa de l'accepter à cause de sa faible santé. Il insista tellement auprès des missionnaires qu'à leur départ le Père Cafaro suggéra à sa famille de l'enfermer à clef dans sa chambre.
 
Gérard prit les draps de son lit, les noua ensemble et, sortant par la fenêtre, suivit les missionnaires. Exploit qui soulève un écho au cœur de plusieurs jeunes! Il dut marcher plus de 19 kilomètres pour rejoindre les missionnaires. Gérard leur dit: "Laissez-moi essayer, donnez-moi une chance et si je ne fais pas l'affaire, vous me renverrez." Devant une telle insistance, le Père Cafaro se résigna à lui offrir une période d'essai. Il l'envoya au monastère de d'Iliceto avec une lettre qui disait: "Je vous envoie un autre Frère, mais il sera bien inutile quant au travail.…".
 
Il fit sa première profession le 16 juillet 1752 et, grande consolation pour lui: c'était le jour de la fête du Très Saint Rédempteur et celle de Notre Dame du Mont Carmel. A l'exception de quelques visites à Naples et de ses derniers jours qu'il passa à Caposele où il mourut, la vie de Gérard s'est écoulée à la communauté rédemptoriste d'Iliceto.
 
Cette étiquette d'"inutile" dont on l'avait caractérisé ne dura pas longtemps. Gérard fut un excellent travailleur. Pendant les années qui suivirent, il fut jardinier, sacristain, tailleur, portier, cuisinier, menuisier et commis de construction des nouveaux édifices de Caposele. Il apprenait rapidement: ayant visité l'atelier d'un sculpteur, il devint un habile sculpteur de crucifix. Gérard, un trésor pour sa communauté; et sa seule ambition était de toujours faire en tout la volonté de Dieu.
 
Son directeur spirituel lui demanda, en 1754, de mettre par écrit quel était son plus ardent désir. Il écrivit: "beaucoup aimer Dieu; toujours être uni à lui; toujours agir pour lui plaire; aimer toute chose pour le plaisir de Dieu; souffrir beaucoup pour Dieu. En tout, faire la volonté de Dieu".
 
Sa grande épreuve
 
La véritable sainteté trouve sa preuve dans la croix. Gérard, en 1754, subit cette grande épreuve. Cette épreuve lui mérita, sans doute, le pouvoir spécial qu'il aurait de venir en aide aux mères et à leurs enfants. Son zèle le poussait, entre autres, à encourager et à aider les jeunes filles qui désiraient entrer au couvent. Il alla même, à l'égard de filles pauvres, jusqu'à leur procurer une dot sans laquelle elles ne pouvaient être admises dans un ordre religieux.
 
Neria Caggiano fut l'une de ces filles à qui Gérard vint en aide. Elle prit en horreur la vie du couvent et, après trois semaines seulement, elle retourna chez elle. Pour justifier son départ, elle fit circuler des rumeurs mensongères sur la vie des religieuses. Les gens de Muro refusèrent de croire ces histoires touchant un couvent recommandé par Gérard; ainsi, afin de sauver sa propre réputation, elle voulut salir la réputation de son bienfaiteur. Elle écrivit une lettre à saint Alphonse, supérieur de Gérard. Elle accusait ce dernier de fautes d'impureté avec une jeune fille de la famille où Gérard demeurait souvent au cours de ses voyages missionnaires.
 
Saint Alphonse fit venir Gérard et lui demanda de se justifier devant cette accusation. Gérard garda le silence et ne se défendit pas. Il suivait l'exemple de son divin Maître. Devant un tel silence, Alphonse n'eut d'autre choix que d'imposer au jeune religieux une pénitence sévère. Il lui enleva le privilège de recevoir la sainte communion et lui refusa tout contact avec l'extérieur.
 
Quelle épreuve pour Gérard que de devoir abandonner son travail auprès des âmes. Mais cela n'était rien comparé à être privé de la sainte communion. Il en fut si profondément touché, qu'il demande qu'on le libère du privilège de servir la messe. Son désir de communier était si fort qu'il craignait de saisir de l'hostie consacrée des mains du célébrant.
 
Quelque temps plus tard, Neria tomba dangereusement malade. Elle écrivit alors une lettre à saint Alphonse pour lui avouer que les accusations qu'elle avait portées contre Gérard étaient une pure invention et une calomnie. Le saint se réjouit en apprenant l'innocence de son fils. Quant à Gérard, lui qui n'avait pas été déprimé par son épreuve, ne se réjouit pas outre mesure de sa réhabilitation. Dans les deux cas, il vit la main de Dieu et cela lui suffit.
 
Le thaumaturge  
Il y a très peu de saints auxquels on a attribué autant de faits merveilleux qu'à Saint Gérard. Ses procès de béatification et de canonisation révèlent que les miracles qu'il fit étaient d'une variété et d'une profusion incroyables.
 
Il fut fréquemment transporté en extase en méditant sur Dieu ou sa sainte volonté. On a même vu à plusieurs occasions son corps s'élever à une bonne distance au-dessus du plancher. Il existe même des faits authentifiés prouvant ce miracle très inhabituel d'être présent à deux endroits en même temps.
 
La plupart de ses miracles avaient pour objet de rendre service à autrui. Des choses aussi extraordinaires que celles qui suivent semblent avoir été bien ordinaires dans sa vie: ramener à la vie un jeune qui était tombé d'une paroi rocheuse très élevée; bénir la petite réserve de blé d'une pauvre famille et ils en eurent jusqu'à la prochaine récolte; multiplier le pain pour le distribuer aux pauvres, chose qui arriva à maintes reprises. Un jour, il marcha sur l'eau pour conduire des pêcheurs en détresse jusqu'à la sécurité de la rive. Plusieurs fois, il mentionna à des gens leurs péchés cachés dans le secret de leur âme. Honteux de les confesser, il les amena à la pénitence et au pardon.
 
Son apostolat miraculeux auprès de mères commença aussi de son vivant. Un jour qu'il quittait une famille amie, les Pirofaldo, une des jeunes filles l'appela pour lui dire qu'il avait oublié son mouchoir. Dans un moment de vision prophétique, Gérard dit: "Garde-le, il te servira un jour." On garda le mouchoir comme un précieux souvenir de Gérard. Plusieurs années plus tard, cette même fille se vit en péril de mort à la naissance de son premier enfant. Elle se souvint des paroles de Gérard. Elle demanda qu'on lui apporte le mouchoir de Gérard. Presque immédiatement, elle était hors de danger et donna naissance à un enfant plein de santé. En une autre circonstance, une mère dont la vie était en danger ainsi que celle de son enfant sur le point de naître, demanda les prières de Gérard. Elle et son bébé furent immédiatement sauvés.
 
Sa mort et sa glorification
 
De santé toujours fragile, il était évident que Gérard ne vivrait pas longtemps. En 1755, il fut saisi de violentes hémorragies et de dysenterie. On voyait déjà sa mort approcher. Il lui restait cependant à donner une grande leçon d'obéissance. Son directeur spirituel lui ordonna de revenir à la santé si c'était la volonté de Dieu. Immédiatement, sa maladie le quitta et, laissant son lit, il rejoint la communauté. Il savait, cependant, que cette guérison n'était que temporaire et qu'il n'avait guère plus qu'un mois à vivre.
 
Il dut bientôt reprendre le lit. Il se prépara à mourir. Dans son abandon complet à la volonté de Dieu, il demanda qu'on place un écriteau à sa porte. "Ici on fait la volonté de Dieu, comme Dieu le veut, et aussi longtemps qu'il le veut." On l'entendit souvent répéter cette prière: "Mon Dieu, je désire mourir pour me conformer à ta sainte volonté." Un peu avant minuit, le 15 octobre 1755, sa belle âme retourna à Dieu.
 
A la mort de Gérard, le frère sacristain, tout excité, sonna la cloche comme pour une fête plutôt que de sonner pour les morts. La foule se rua pour voir le corps de "leur saint" et pour trouver un souvenir de celui qui les avait aidés si souvent. Après sa mort, de presque toutes les parties d'Italie, on rapporta des miracles attribués à l'intercession de Gérard. En 1893, le Pape Léon XIII le béatifia. Il fut canonisé par le Pape Pie X le 11 décembre 1904.
 
Le saint, protecteur des mères
 
En raison des miracles que Dieu fit en réponse aux prières des mères, en Italie, il devint le saint favori des mères et elles l'adoptèrent comme leur patron. Au procès de sa béatification, un témoin affirma qu'il était connu comme "il santo dei felici parti", le saint des heureux enfantements.
 
Des milliers de mères ont expérimenté le pouvoir de Saint Gérard en participant à la Ligue de Saint Gérard. Dans plusieurs hôpitaux, le département de maternité est dédié à Saint Gérard. On y distribue aux parturientes des médailles et des livrets de prières en son honneur. Des milliers d'enfants reçoivent à leur naissance le nom de Gérard. Leurs parents sont convaincus que c'est par l'intercession du saint qu'ils ont eu des enfants en bonne santé. Même des filles portent son nom. Il est intéressant de voir comment le nom de Gérard prend diverses formes: Gérarda, Géralyn, Gérardine, Gérianne et Gérardette.
 
Saint Clément Hofbauer
 
Saint Clément Hofbauer naquit le jour de la fête de S. Étienne, le 26 décembre 1751. Sa famille demeurait à Tasswitz en Moravie, maintenant partie orientale de la République Tchèque. A sa naissance on lui donna le nom de Hansl (Jean).
 
Jeune servant de messe, il rêvait de devenir prêtre. Ce rêve devint réalité malgré la pauvreté de sa famille. Il étudia le latin au presbytère de sa paroisse. Son curé était un prêtre âgé d'une grande bonté. Celui-ci remarqua très tôt la possibilité d'une vocation à la prêtrise chez le jeune Hofbauer. Ce prêtre mourut lorsque Hansl n'avait que quatorze ans. Ses études furent interrompues à ce moment-là. Suivit pour Hansl une période de travail. D'abord apprenti boulanger, puis, en 1770, il travailla comme boulanger au monastère des Prémontrés à Bruck. Ce genre de vie sacerdotale ne lui plut peu. Il rêvait toujours de la vie d'ermite.
 
Au cours d'un voyage en Italie, en 1771, il visita Tivoli et l'ermitage du sanctuaire de Notre-Dame de Quintiliolo. L'évêque du lieu lui permit de revêtir l'habit d'ermite à ce sanctuaire. C'est là que Hansl Hofbauer prit le nom de Clément-Marie. Il ne resta que six mois à Quintiliolo. Il retourna à Bruck, au monastère des Prémontrés. Là, il se remit à l'étude du latin. Ses études de philosophie terminées, il se vit bloqué par un décret de l'Empereur qui imposait un quota au monastère de Bruck.
 
Après deux ans de vie d'ermite, il rencontra à Vienne deux dames qui devinrent ses bienfaitrices. Grâce à leur aide, il put entrer à l'Université de Vienne. Clément avait alors vingt-neuf ans. Son rêve de la prêtrise était toujours vivant.
 
En 1784, au cours d'un pèlerinage, accompagné de Thaddeus Huebl, tous deux décidèrent d'entrer en communauté. Les deux séminaristes furent acceptés au noviciat rédemptoriste de Saint-Giuliano en Italie. Le jour de la fête de Saint Joseph, le 19 mars 1785, Clément Hofbauer et Thaddeus Huebl firent profession dans la Congrégation du Très Saint Rédempteur. Enfin le rêve de Clément devenait réalité.
 
Varsovie et S. Bennon
 
Devant quitter son pays à cause de la situation politique du moment, les deux Rédemptoristes trouvèrent refuge en Pologne, à Varsovie. Ils arrivèrent à Varsovie en février 1787. Varsovie comptait une population de 124,000 habitants. La pratique religieuse diminuée, la pauvreté généralisée et le manque d'éducation, tels furent les obstacles qui les firent souffrir beaucoup pendant les 21 années qu'ils passèrent dans cette ville. Avec leurs compagnons Rédemptoristes, ils se dévouèrent pour le Seigneur et les fidèles de Pologne.
 
Au cours de leur voyage, Peter Kunzmann (devenu Emmanuel) s'était joint à eux. Il connaissait déjà Clément, ayant travaillé avec lui comme boulanger. Emmanuel devint le premier frère rédemptoriste hors de l'Italie. A leur arrivée, le délégué apostolique leur confia l'église de S. Bennon ainsi que la population de langue allemande de Varsovie.
 
Clément se dévoua aussi auprès des jeunes abandonnés. Bientôt, il leur offrit le Refuge de l'Enfant-Jésus. Il dut mendier afin de pouvoir les nourrir et les habiller. Grâce à l'aide de nobles dames de Varsovie, dès 1791, quatre ans seulement après leur arrivée, les Rédemptoristes agrandirent le refuge des enfants et ouvrirent un pensionnat pour jeunes filles. A mesure que l'œuvre grandissait, les bienfaiteurs aussi croissaient, venant de toutes les classes de la société. Quand même, Clément dut continuer à demander des aumônes.
 
A Saint-Bennon, Clément et son équipe de cinq prêtres et de trois frères rédemptoristes commencèrent ce qu'ils appelèrent une Mission Perpétuelle. Chaque jour, les cinq messes étaient accompagnées de sermons prêchés soit en allemand ou en polonais. On y célébrait aussi les visites au Saint Sacrement, le Chemin de la Croix, les Vêpres et l'Office de Vierge Marie. De plus, les prêtres étaient toujours disponibles pour le sacrement du pardon. La fréquentation des sacrements s'améliora nettement. En 1800, on notait déjà que plus de cent mille personnes chaque année participaient aux sacrements. Vingt et un prêtres et sept frères rédemptoristes desservaient S. Bennon. De plus, il y avait cinq novices et quatre séminaristes rédemptoristes.
 
Malgré leur apostolat, les prêtres Rédemptoristes demeuraient des "étrangers" dans un pays qui connaissait toujours la guerre. De plus, les forces du mal, la franc-maçonnerie en particulier, leur nuisaient constamment. L'événement le plus pénible pour Clément fut l'assassinat brutal du Père Thaddeus Huebl. Ce dernier avait été confrère de classe de Clément. Il était aussi un ami très cher. Malgré son recours au roi de La Saxe qui gouvernait la Pologne à ce moment-là, malgré tout le bien que les Rédemptoristes faisaient autour d'eux, les jacobins et les franc-maçons obtinrent un décret ordonnant l'expulsion des Rédemptoristes. Ce décret fut signé le 9 juin 1808.
 
Vienne, un nouveau départ
 
En septembre 1808, Clément revint à Vienne où il demeura jusqu'à sa mort, 13 ans plus tard. Pendant l'invasion de l'Autriche par Napoléon, Clément fut aumônier d'hôpital prenant soin des soldats blessés. C'est là que l'archevêque de Vienne remarqua son grand zèle. Il lui donna alors une église italienne à Vienne. Il y demeura quatre ans, puis, en juillet 1813, il fut nommé aumônier des Sœurs Ursulines. Religieuses et laïques perçurent vite toute la profondeur de la foi de Clément. Prédicateur et confesseur, il savait communiquer la bonté de Dieu à ses fidèles.
 
Vienne, ville de culture par excellence, permit à Clément d'attirer à lui cette élite intellectuelle. Plusieurs d'entre eux devinrent Rédemptoristes. Cependant, les épreuves le guettaient encore. Parce qu'il avait communiqué avec son Supérieur Général de Rome, il fut menacé d'expulsion. Mais l'Empereur reconnut son mérite et lui permit d'établir la Congrégation en Autriche.
 
Clément Hofbauer décéda le 15 mars 1820, année même de la fondation rédemptoriste à Vienne. Léon XIII le béatifia le 29 janvier 1888. Canonisé par Pie X le 20 mai 1909, celui-ci lui décerna le titre d'Apôtre et de Patron de Vienne.
 
Le Bienheureux Pierre Donders
(1809-1887)  
Pierre Donders est né à Tilburg, en Hollande, le 27 octobre 1809, de Arnold Denis Donders et de Petronella van den Brekel. Comme la famille était pauvre, les deux fils ne purent bénéficier que d'une faible scolarité et furent contraints de supporter leur famille. Dès son jeune âge, cependant, Pierre avait exprimé le désir de devenir prêtre. Et voilà qu'avec l'aide du clergé de sa paroisse, à l'âge de vingt-deux ans, il fut capable d'entreprendre ses études au petit séminaire. Une fois complété le temps de sa formation, il fut ordonné prêtre le 5 juin 1841.
 
Pendant qu'il poursuivait ses études théologiques, il fut orienté par ses supérieurs vers les missions hollandaises de la colonie du Surinam. Il arriva à Paramaribo, la métropole de la colonie, le 16 septembre 1842 et se consacra immédiatement aux travaux apostoliques qui devaient l'occuper jusqu'à sa mort. Ses premières fonctions consistaient en des visites régulières dans les plantations, étalées le long des rivières de la colonie; il y prêchait et administrait les sacrements, surtout auprès des esclaves. Ses lettres font état de son indignation contre le traitement cruel qu'on faisait subir aux peuples africains, forcés de travailler dans les plantations.
 
En 1856, il fut envoyé à la léproserie de Batavia. Cet apostolat devait s'avérer, sauf en de brèves interruptions, le théâtre de ses travaux pour le reste de sa vie. Sa charité ne le poussa pas seulement à offrir les bienfaits de la religion aux patients, mais il s'impliqua aussi personnellement jusqu'à ce qu'il fût capable de persuader les autorités de donner des services médicaux appropriés. Grâce à toutes sortes d'industries, il réussit à améliorer les conditions des lépreux, en déployant son énergie à présenter leurs besoins à l'attention des autorités coloniales. Quand les Rédemptoristes arrivèrent, en 1866, pour prendre en charge la mission du Surinam, le père Donders et un de ses compagnons prêtre demandèrent à être admis dans la Congrégation.
 
Les deux candidats firent leur noviciat sous la direction du Vicaire Apostolique, Monseigneur Johan Baptiste Winkels, et prononcèrent leurs vœux le 24 juin 1867. Le père Donders retourna immédiatement à Batavia. Grâce à l'assistance dont il disposait désormais auprès des lépreux, il put consacrer son temps au travail qu'il avait longtemps désiré entreprendre. Comme rédemptoriste, il pouvait désormais tourner son attention vers les Indiens du Surinam. Il poursuivit ce travail, qui avait été négligé auparavant faute de personnel, jusqu'à sa mort. Il se mit à apprendre les langues autochtones et instruisit les Indiens dans la foi chrétienne, jusqu'à ce que ses forces défaillantes l'obligent à confier à d'autres ce qu'il avait commencé.
 
En 1883, le Vicaire Apostolique, désirant le soulager des lourds fardeaux dont il était accablé depuis si longtemps, le transféra à Paramaribo et plus tard, à Coronie. Il retourna toutefois à Batavia en novembre 1885. Il reprit ses occupations antérieures jusqu'à ce que sa santé déclinante l'obligeât finalement à se mettre au lit, en décembre 1886. Il languit ainsi pendant deux semaines jusqu'à sa mort, le 14 janvier 1887. Comme sa renommée de sainteté se répandait au-delà du Surinam et jusque dans sa Hollande natale, sa cause fut introduite à Rome. Il fut béatifié par le pape Jean-Paul II le 23 mai 1982.
 
Saint Jean Neumann
 
Évêque de Philadelphie, Pennsylvanie, U.S.A., il naquit à Prachatitz, en Bohème, le 28 mars 1811. Il était le fils de Philip Neumann et de Agnès Lebis. Il fit ses études à Budweis et entra au séminaire là-même, en 1831.
 
Deux ans plus tard, il alla à l'Université Charles-Ferdinand à Prague. Il y étudia la théologie.
 
Il attendait avec impatience son ordination pour 1835. L'évêque décida qu'il n'y aurait plus d'ordinations pour le moment. Une chose impensable aujourd'hui. En effet, la Bohème avait une surabondance de prêtres. Alors Jean écrivit aux évêques d'Europe, mais la même situation se répétait partout et personne ne voulait plus de prêtres. Certain de sa vocation à la prêtrise, Jean se retrouvait devant des portes fermées.
 
Il ne lâcha pas, cependant. Comme il avait appris la langue anglaise à l'usine avec ses compagnons de travail, il décida d'écrire aux évêques d'Amérique. Finalement, l'Évêque de New York accepta de l'ordonner prêtre. Afin de répondre à l'appel de Dieu, il dut se résigner à quitter pour toujours sa famille, traverser l'océan, s'en aller vers un pays nouveau et une terre austère.
 
A New York, Jean se retrouva parmi les 36 prêtres qui assuraient le ministère auprès de 200,000 catholiques. Sa paroisse, dans la partie ouest de l'État de New York allait du lac Ontario jusqu'à la Pennsylvanie. Son église n'avait ni clocher ni parquet. Mais cela ne le préoccupait pas; en effet, il passait la majeure partie de son temps à voyager d'un village à l'autre, escaladant les montagnes pour visiter les malades; il s'arrêtait dans des mansardes ou des tavernes où il enseignait et célébrait la messe sur des tables de cuisine.
 
Il entra chez les Rédemptoristes poussé par son désir de vivre en communauté. Le travail de sa paroisse l'obligeait à vivre dans l'isolement. Pour lui, les Rédemptoristes étaient une congrégation de prêtres et de frères consacrés à venir en aide aux pauvres et aux plus abandonnés.
 
Il fut le premier prêtre à se joindre à la Congrégation en Amérique. Il prononça ses vœux le 16 janvier 1842 à Baltimore.
 
Dès le début, sa sainteté évidente, son zèle et son amabilité, le firent remarquer de ses confrères religieux.
 
Il connaissait six langues modernes, ce qui le fit apprécier énormément de cette société américaine multiculturelle du 19e siècle.
 
A la suite de son apostolat à Baltimore et à Pittsburgh, en 1847, on le nomma Visiteur ou Supérieur Majeur des Rédemptoristes des États-Unis.
 
Le Père Frédéric de Held, supérieur de la Province de Belgique, Province à laquelle étaient rattachés les monastères rédemptoristes américains, a dit de lui: "C'est un grand homme qui réunit la piété à une personnalité forte et prudente. Ces qualités lui furent bien nécessaires pendant les deux années où il remplit cette fonction. En effet, les fondations américaines traversaient une période d'ajustement éprouvante.
 
Lorsque sa charge passa à son successeur, le Père Bernard Hafkenscheid, les Rédemptoristes des Etats-Unis étaient beaucoup mieux préparés à devenir une Province autonome. Ils furent érigés en Province en 1850.
 
Le Père Jean Neumann fut nommé évêque de Philadelphie. Sa consécration eut lieu à Baltimore, le 28 mars 1852. Son diocèse était immense et passait à travers une phase de développement considérable.
 
Une fois évêque, il fut le premier à mettre en place un réseau diocésain d'écoles catholiques. Le nombre de ces écoles passa, pendant son épiscopat, de deux à cent.
 
Il fonda les Sœurs du Tiers-Ordre de Saint-François pour enseigner dans les écoles.
 
Parmi les églises qu'il construisit pendant ce temps - plus de quatre-vingt - il faut mentionner la cathédrale de Saint Pierre et Saint Paul dont il commença la construction.
 
Saint Jean Neumann était de petite taille et de faible santé. Dans sa courte vie, cependant, il accomplit beaucoup de choses. Il trouva même le temps de s'adonner à une activité littéraire considérable en plus de ses devoirs pastoraux.
 
Il publia de nombreux articles dans les journaux catholiques ainsi que dans des périodiques. Il publia deux catéchismes et, en 1849, une histoire de la Bible pour les écoles.
 
Son activité continua jusqu'à la fin de sa vie.
 
Le 5 janvier 1860, à l'âge de 48 ans, il s'affaissa dans la rue, dans sa ville épiscopale, et mourut avant de pouvoir recevoir le sacrement des malades.
 
Il fut béatifié par le Pape Paul VI, le 13 octobre 1963, et canonisé le 19 juin 1977.
 
Le Bienheureux Francis-Xavier Seelos
 
Francis-Xavier Seelos naquit le 11 janvier 1819 à Füssen en Bavière, Allemagne. Il fut baptisé le même jour à l'église paroissiale de Saint Mang. Il entretint le désir de devenir prêtre dès son enfance. Il entra au Séminaire diocésain après avoir terminé ses études de philosophie.
 
Peu de temps après, il rencontra des missionnaires de la Congrégation du Très-Saint-Rédempteur. Comme ils avaient été fondés dans le but d'évangéliser les plus abandonnés, il prit la décision de se joindre à cette Congrégation et d'orienter son ministère auprès des immigrants de langue allemande aux États-Unis. Il fut accepté dans la Congrégation le 22 novembre 1842 et, l'année suivante, partant du Havre, France, il arriva à New York le 20 avril 1843.
 
Après avoir terminé son noviciat et ses études théologiques, il fut ordonné prêtre le 22 décembre 1844 dans l'église rédemptoriste de St. James à Baltimore, Maryland, U. S. A. Après son ordination, il travailla pendant neuf ans à la paroisse de St. Philomène à Pittsburgh, Pennsylvanie. Il agit comme premier assistant de saint Jean Neumann, supérieur de la communauté religieuse. Plus tard, il devint lui-même supérieur et les trois dernières années, curé de la paroisse. En même temps, il fut Maître des novices. Avec Neumann, il s'adonna aussi à la prédication des missions. Seelos a dit de sa relation avec Neumann: "C'est lui qui m'a initié à la vie active" et "il fut mon guide comme directeur spirituel et confesseur". Sa disponibilité et sa bonté naturelle lui permettaient de comprendre les besoins des fidèles et d'y répondre. C'est ainsi qu'il fut connu très tôt comme un confesseur et directeur spirituel extraordinaire. Les gens venaient le rencontrer même des villes avoisinantes.
 
Sa fidélité au charisme rédemptoriste l'incita à avoir un style de vie simple et à s'exprimer de la même façon. Les thèmes de sa prédication, riches en contenu biblique, étaient toujours compris par les gens les plus simples parmi le peuple. Dans son travail apostolique, il s'est toujours efforcé d'initier à la foi les petits enfants. Non seulement favorisait-il ce ministère, il le considérait même comme le fondement de la croissance de la communauté chrétienne dans la paroisse. En 1854, on l'envoya de Pittsburgh à Baltimore, puis à Cumberland en 1857 et à Annapolis en 1862. Pendant ce temps, il travailla au ministère paroissial tout en s'occupant, comme Préfet des étudiants, de la formation des futurs Rédemptoristes. Au cours de ces occupations, il resta conforme à son caractère: le bon et joyeux pasteur. Envers ses étudiants, c'est avec prudence qu'il se faisait attentif à leurs besoins tout en étant conscient de leur formation doctrinale. Il s'efforçait surtout d'inculquer à ces futurs missionnaires rédemptoristes l'enthousiasme, l'esprit de sacrifice et le zèle apostolique nécessaire au bien spirituel et temporel des gens.
 
En 1860, son nom fut proposé comme candidat au poste d'évêque de Pittsburgh. Le Pape Pie IX accepta ses excuses à l'égard de cette fonction. De 1863 à 1866, il s'adonna comme missionnaire itinérant en anglais et en allemand dans les États suivants: le Connecticut, l'Illinois, le Michigan, le Missouri, le New Jersey, l'État de New York, de l'Ohio, de la Pennsylvanie, du Rhode Island et du Wisconsin.
 
A la suite d'un bref séjour à la paroisse de Détroit, État du Michigan, il fut nommé à la communauté rédemptoriste de la Nouvelle Orléans en Louisiane. Là, encore, il fut curé de la paroisse Sainte-Marie de l'Assomption. On reconnu vite le pasteur joyeux, disponible à l'égard de tous ses paroissiens, surtout les plus pauvres et les plus abandonnés. Au mois de septembre, épuisé par les visites et les soins qu'il donnait aux victimes de la fièvre jaune, il contracta lui-même cette maladie redoutable. Il endura cette maladie avec patience pendant plusieurs semaines; il en mourut le 4 octobre 1867 à l'âge de 48 ans et neuf mois.
 
Le Père Seelos fut proclamé bienheureux à la Place St-Pierre par Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II le 9 avril de l'Année du Jubilée Solennel 2000.
 
Le Bienheureux Kaspar Stanggassinger
 
Le Père Stanggassinger a écrit: "Les saints ont des intuitions bien spéciales. Ce qui est important pour moi qui ne suis pas un saint, ce sont les vérités éternelles: l'Incarnation, la Rédemption et l'Eucharistie".
 
Kaspar Stanggassinger naquit en 1871 à Berchtesgaden en Allemagne du Sud. Il était le deuxième de 16 enfants. Son père, qui était un homme respecté de tous, était un fermier et possédait une carrière de pierres.
 
Son désir de devenir prêtre grandit avec lui dès son enfance. Pendant ces jeunes années déjà il jouait au prêtre et 'prêchait' de brefs sermons à ses frères et à ses sœurs. Il les conduisait en procession jusqu'à une chapelle de montagne située tout près de sa maison.
 
A dix ans, il se rendit à Freising pour continuer ses études. Comme il avait de la difficulté dans ses études, son père lui dit qu'il devrait abandonner ses études s'il ne réussissait pas ses examens. Avec une volonté ferme et une détermination à une prière constante, il s'améliora de façon continue. Dans les années qui suivirent, durant les vacances, il commença à rassembler autour de lui des jeunes garçons. Il les encourageait dans leur vie chrétienne et leur apprenait à vivre ensemble et à organiser leur temps libre. Chaque jour, le groupe assistait à la messe, faisait une promenade ou allait en pèlerinage. Il consacrait son temps à ce groupe de façon admirable. Même un jour, il risqua sa vie pour sauver un garçon en danger au cours d'une escalade en montagne.
 
Il fit son entrée au séminaire diocésain de Munich-Freising en 1890. Il y commença ses études de théologie. Il chercha à discerner la volonté de Dieu. A cette fin, il s'imposa un plan de prière très rigoureux. Très tôt, il comprit clairement que le Seigneur l'appelait à vivre sa vocation dans la vie religieuse. En fait, après une visite chez les Rédemptoristes, il fut inspiré à suivre leur vocation rédemptoriste comme missionnaire. Malgré l'opposition de son père, il entra au noviciat rédemptoriste de Gars en 1892. Son ordination à la prêtrise eut lieu à Regensbourg en 1895. C'est avec l'intention de devenir missionnaire que Kaspar Stanggassinger s'était joint à la Congrégation du Très-Saint-Rédempteur. Ses supérieurs, cependant, le nommèrent Vice-directeur du petit séminaire de Durrnberg près de Hallein. On lui confiait la formation de futurs missionnaires. Il s'adonna complètement à cette responsabilité.
 
Il avait fait le vœu d'obéissance en religion. Sa vie en fut une preuve claire et constante.
 
Il passait chaque semaine 28 heures à enseigner en classe et, de plus, il était toujours disponible à recevoir les garçons. Le dimanche, sans faute, il offrait ses services aux paroisses environnantes, surtout pour la prédication. Même avec une telle charge de travail, on le voyait toujours patient et attentif aux besoins des autres, surtout à l'égard de ses étudiants; ceux-ci le considéraient plus comme un ami que comme un supérieur. En ces années, les règlements touchant la formation étaient très rigoureux. Cependant, Kaspar n'agit jamais de façon dure. Chaque fois qu'il avait l'impression d'avoir fait du tort à quelqu'un, immédiatement s'en excusait-il avec humilité.
 
Il avait une profonde dévotion à Jésus dans l'Eucharistie. Il invitait les garçons et les fidèles auxquels il prêchait, à recourir au Saint Sacrement dans leurs moments d'angoisse et de besoin. Il les encourageait à rencontrer le Christ dans l'adoration ou dans le dialogue qu'on entretient avec un ami. Ses sermons rappelaient constamment aux fidèles de prendre au sérieux leur vie chrétienne: croissance dans la foi par la prière et une constante conversion. Son style était direct et provoquant, sans menace de punition comme c'était la pratique des prédicateurs de ce temps.
 
En 1899, un nouveau séminaire rédemptoriste fit son ouverture à Gars. Le Père Stanggassinger y fut nommé directeur. Il avait 28 ans. Il n'eut que le temps de prêcher une retraite aux étudiants et de présider à l'ouverture de l'année scolaire.
 
Le 26 septembre, une péritonite mit fin à son séjour terrestre.
 
Sa cause de béatification fut introduite en 1935. On transféra son corps dans une chapelle de l'église de Gars.
 
Le 24 avril 1988, il fut proclamé bienheureux par le Saint-Père, Jean-Paul II.
 
Le Bienheureux Mykolay Charnetskyi
(1884-1959)
 
Mykolay Charnetskyi est né au sein d'une grosse et pieuse famille paysanne, le 14 décembre 1884, dans le village de Samakivka, situé dans l'Ouest de l'Ukraine. Mikolay était l'aîné de neuf enfants. Il reçut son éducation primaire dans le village de Tovmach, puis entra dans le lycée St-Nicolas (école de grammaire), à Stanislaviv (aujourd'hui Ivano-Frankivsk).
 
Mykolay était tout jeune quand il découvrit sa vocation à la prêtrise et manifesta très tôt son intention de devenir prêtre. En 1903, l'évêque Hryhoriy Khomyshyn l'envoya faire des études à Rome. Au cours d'une brève visite de Mykolay en Ukraine, l'évêque Hryhoriy Khomyshyn l'ordonna prêtre le 2 octobre 1909. Le père Mykolay revint alors à Rome afin de poursuivre ses études; il y reçut le titre de docteur en théologie.
 
À partir de l'automne 1910, le père Mykolay devint professeur de philosophie et de théologie dogmatique au séminaire de Stanislaviv. Il fut aussi directeur spirituel du même séminaire. Animé de profonds sentiments, cependant, le père Mykolay rêvait de vie religieuse. Voilà pourquoi, en octobre 1919, il joignit le noviciat rédemptoriste de Zhoiska près de Lviv, et un an plus tard, le 16 octobre 1920, il fit profession comme rédemptoriste.
 
Vivement désireux de travailler à la réconciliation des chrétiens et à la conversion des âmes les plus abandonnées, en 1926, les rédemptoristes de la province de Lviv fondèrent le centre missionnaire de Kovel dans la région de Volhyn. Le père Mykolay, ardent missionnaire comme il l'était, y fut envoyé. Très tôt, il gagna la plus grande estime des gens de l'endroit et même de ceux du clergé orthodoxe. Après avoir ouvert un monastère et une église à Kovel, le père Mykolay fit de son mieux pour préserver la pureté du rite liturgique oriental. En 1931, faisant état du dévouement du père Mykolay, le pape Pie XI l'assigna comme évêque titulaire de Lebed et Visiteur apostolique des Catholiques ukrainiens des régions de Volhyn et de Pidliashsha. Ces régions devinrent le champ d'activité de Mykolay, d'abord comme missionnaire, puis comme évêque, durant presque 14 ans.
 
En tant que premier évêque rédemptoriste ukrainien, il fit l'expérience de la persécution dès le début de son activité. Durant l'occupation soviétique de l'Ukraine Occidentale, en 1939, les Rédemptoristes furent contraints de quitter la région de Volhyn; l'évêque Charnetskyi déménagea à Lviv, dans le monastère rédemptoriste situé sur la rue Zyblykevycha (aujourd'hui Ivana Franka).
 
Après la restauration de l'Académie de théologie de Lviv, en 1941, Monseigneur Mykolay Charnetskyi joignit la faculté de l'Académie comme professeur de philosophie, de psychologie et de théologie morale. Son calme, basé sur une foi solide et inébranlable, son esprit d'obéissance et sa piété, tout cela fournit aux étudiants de bons motifs de considérer leur professeur comme un saint. Monseigneur Mykolay Charnetskyi fut pour eux un modèle exemplaire de vie religieuse et de vertu.
 
En 1944, les troupes soviétiques entrèrent en Galicie pour la deuxième fois. Cet événement marqua, pour Monseigneur Charnetskyi, le début de la "via dolorosa". Il fut arrêté le 11 avril 1945. Il fut conduit à la prison de la police secrète soviétique sur la rue Lonskoho. Là, l'évêque subit maintes afflictions: interrogatoires en plein milieu de la nuit, cruelles raclées et torture. Plus tard, Monseigneur Mykolay Charnetskyi subit une sentence de dix ans d'emprisonnement pour le crime d'être un "agent du Vatican". Il partagea cette sentence avec le Métropolite Yosyf Slipyi, d'abord dans la ville de Mariinsk, située dans la région de Kemeroc (Sibérie), et plus tard dans un certain nombre d'autres institutions carcérales.
 
Selon des sources dignes de foi, pendant la durée de son emprisonnement, c'est-à-dire depuis son arrestation à Lviv en avril 1945 jusqu'à sa libération en 1956, Monseigneur Charnetskyi a passé, en tout, 600 heures sous la torture et les interrogatoires, et à différentes périodes, il fut emprisonné dans trente prisons et camps de concentration. Malgré toutes ces souffrances, l'évêque a toujours cherché à trouver un mot de consolation à l'endroit de ses compagnons de détention. Il les encourageait au plan moral et connaissait chacun d'eux par leur nom. Il n'est pas étonnant de penser que Monseigneur Charnetskyi fût si populaire parmi les prisonniers, car il était pour eux la seule source de consolation.
 
Monseigneur Mykolay Charnetskyi passa les dernières années de sa détention dans l'hôpital de la prison de Mordovia. En 1956, sa santé déclina à tel point que les médecins n'avaient plus aucun espoir de le voir survivre. On avait déjà cousu pour Monseigneur Charnetskyi, une tunique spéciale, dans laquelle les prisonniers avaient coutume d'être ensevelis. Tenant compte de la condition désespérée de l'évêque et du fait que le régime soviétique pourrait éviter le blâme d'avoir causé la mort de l'évêque, les administrateurs de la prison décidèrent de le relâcher et de l'expédier à Lviv. Après son retour à Lviv en 1956, dû au fait qu'il avait contracté l'hépatite et un certain nombre d'autres maladies, Monseigneur Mykolay Charnetskyi fut immédiatement hospitalisé. Tous étaient sûrs que Monseigneur Charnetskyi allait bientôt mourir. Mais le Seigneur avait un autre plan: Il décida de prolonger la vie de l'homme dont la foi et le travail étaient si dignes de mérite et si nécessaires à l'Église ukrainienne. L'évêque recouvra bientôt la santé et déménagea dans l'appartement portant le numéro 7 de la rue Vechirnia en même temps que le frère Klymentiy, C.Ss.R. Là, Monseigneur Charnetskyi continua son apostolat de patience et de prière. Il consacrait la majeure partie de son temps à prier et à lire. Ceux qui rendirent visite à l'évêque au cours de cette période attestèrent qu'ils l'avaient souvent aperçu en état d'extase. Durant son séjour à Lviv, Monseigneur Charnetskyi demeura fidèle à sa mission de Bon Pasteur: il encouragea ses confrères au plan spirituel, prépara les candidats à la prêtrise et ordonna plus de dix prêtres.
 
Malheureusement, la guérison "miraculeuse" de Monseigneur Charnetskyi ne dura pas longtemps. Le 2 avril 1959, l'évêque mourut en odeur de sainteté. Ses dernières paroles furent un gémissement, appelant à son aide Notre Dame du Perpétuel Secours. Les funérailles de Monseigneur Charnetskyi eurent lieu le 4 avril 1959. Le récit des funérailles, conservé dans les archives de la Province rédemptoriste de Yorkton (Canada), se termine par les mots suivants: "Nous croyons tous que le jour de sa canonisation viendra, car il fut, sans aucun doute, un saint évêque".
 
Tous ceux qui ont connu Monseigneur Mykolay Charnetskyi ont donné le témoignage unanime de sa sainteté. Pas surprenant qu'immédiatement après sa mort, beaucoup de gens commencèrent à adresser des prières à Monseigneur Charnetskyi. On éprouve cette impression de sainteté et de puissance d'intercession devant Dieu au cours des prières qui se disent devant le tombeau de l'évêque au cimetière de Lychakiv. Une femme, dont on s'apprêtait à amputer le bras, appliqua de la terre tirée du tombeau sur son bras et fut complètement guérie. Depuis lors, les gens recueillent de la terre sur son tombeau afin de soigner diverses sortes de maladies.
 
Tenant compte des témoignages concernant la vie héroïque de Monseigneur Mykolay Charnetskyi, en particulier sa patience, son courage et sa fidélité envers l'Église du Christ durant la période de persécution, on entreprit le procès de béatification en 1960. Le 2 mars 2001, le procès fut complété au niveau de l'éparchie et le cas fut transmis au Siège Apostolique. Le 6 avril 2001, la commission théologique reconnut l'authenticité du martyre de Monseigneur Charnetskyi; le 23 avril, son martyre fut attesté par l'Assemblée des Cardinaux, et le 24 avril 2001, le Très Saint-Père Jean-Paul II signa le décret de béatification de Monseigneur Mykolay Charnetskyi, un bienheureux martyr de la foi chrétienne.
 
Le Bienheureux Dominick Methodius Trcka
 
Le 24 avril 2001, en présence du Saint-Père, le décret de Martyre fut promulgué en faveur de cinq Rédemptoristes, quatre Ukrainiens et un Tchèque.
 
Le bienheureux Dominick Methodius Trcka, de nationalité tchèque, est né le 6 juillet 1886 à Frydlant nad Ostravici en Moravie, maintenant la République Tchèque. En 1902, il entra chez les Rédemptoristes et commença son noviciat en 1903.
 
Il fit profession le 25 août 1904. Ayant terminé ses études, il fut ordonné à Prague le 17 juillet 1910.
 
Ses premières années de prêtrise furent consacrées à la prédication des missions paroissiales. En 1919, on l'envoya travailler avec les Grecs catholiques de la région de Halic en Galicie. Puis ce fut la Slovaquie dans l'Éparchie de Presov, où il fit preuve d'une activité missionnaire intense. En mars 1935, la Congrégation pour les Églises Orientales le nomma Visiteur apostolique auprès des moines de S. Basile à Prešov et à Uzhorod. A la fondation de la Vice-province de Michalovce, le P. Trcka fut nommé Vice-provincial le 23 mars 1946. A partir de ce moment, il déploya un grand zèle par la fondation de nouvelles maisons et par la formation de jeunes Rédemptoristes.
 
La nuit du 13 avril 1950, le gouvernement tchèque supprima toutes les communautés religieuses. Au cours d'un procès sommaire, le P. Trcka fut condamné à douze ans d'emprisonnement. Pendant tout ce temps, on le soumit à de longues interrogations et à la torture. En 1958, il fut transféré à la prison de Leopoldov. Il souffrait de pneumonie qu'il avait contractée lors de son emprisonnement solitaire. Cette punition lui avait été infligée pour avoir chanté un cantique de Noël. Il mourut le 23 mars 1959.
 
Il fut inhumé au cimetière de la prison. Après la libération de l'Église catholique grecque, ses restes furent transférés au lot des Rédemptoristes de Michalovce, le 17 octobre 1969.
 
Le Pape Jean-Paul II proclama bienheureux Dominick Methodius, le 4 novembre 2001.
 
Le Bienheureux Ivan Ziatyk
(1899-1952)
 
Ivan Ziatyk naquit le 26 décembre 1892 au village de Odrekhova, à quelques vingt kilomètres au sud-est de la ville de Sanok (aujourd'hui territoire de la Pologne). Ses parents, Stefan et Maria, étaient des paysans pauvres. A l'âge de quatorze ans, Ivan perdit son père. C'est sa mère et son frère aîné, Mykhailo, qui élevèrent l'enfant à la place de son père.
 
Pendant son enfance, Ivan faisait peu de bruit et était obéissant. Déjà, à l'école primaire du village, il se dévoila comme un étudiant au talent remarquable. On reconnut aussi sa profonde piété. Il fit son secondaire au Gymnase de Sanok. Il y étudia de 1911 à 1919. Tout au long de ses études au Gymnase, on remarqua ses excellents résultats ainsi que sa conduite exemplaire. C'est en 1919 qu'Ivan entra au Séminaire catholique ukrainien de Przemysl. Sa graduation avec distinction, eut lieu le 30 juin 1923. La même année, après avoir terminé ses études de théologie, Ivan Ziatyk fut ordonné à la prêtrise.
 
De 1925 à 1935, le Père Ziatyk fut préfet du Séminaire de Przemysl. Il y assura la direction spirituelle des séminaristes; en plus, il travailla à leur formation intellectuelle: Il enseigna la catéchèse et la théologie dogmatique. Le P. Ivan Ziatyk ajouta à son travail au Séminaire la direction spirituelle et la catéchèse, à Przemysl, au Gymnase ukrainien pour filles.
 
Le P. Ivan Ziatyk était une personne d'une grande bonté, d'une obéissance exemplaire et d'une spiritualité profonde. Il faisait toujours bonne impression auprès des gens qui le côtoyaient. Pendant longtemps, il entretint le désir d'entrer au couvent. Cette intention n'était pas bienvenue chez ses supérieurs ecclésiastiques. Sa décision finale fut prise le 15 juillet 1935: il se joignit à la Congrégation des Rédemptoristes.
 
En 1936, après avoir complété son noviciat à Holosko près de Lviv, le P. Ziatyk fut envoyé au monastère de Notre-Dame du Perpétuel-Secours à Stanislaviv (maintenant, Ivano-Frankivsk). Il n'y demeura pas longtemps: à l'automne de 1937, il alla à Lviv, au monastère du 56-58, rue Zyblykevycha (maintenant, rue Ivana Franka). Il remplit la charge d'économe de ce monastère. Le P. Ziatyk eut aussi la charge de remplacer le P. De Vocht, Supérieur, en l'absence de celui-ci. Les Rédemptoristes ouvrirent leur Séminaire de Holosko en 1934. Le P. Ziatyk se joignit à la Faculté en tant que professeur d'Écriture sainte et de Théologie dogmatique. De 1941 à 1944, le P. Ziatyk fut Supérieur du monastère de la Dormition de la Mère de Dieu à Ternopil. De 1944 à 1946, il fut Supérieur du monastère de Notre-Dame du Perpétuel-Secours à Zboiska, près de Lviv, où se trouvait le Gymnase rédemptoriste (Juvénat).
 
Avec la fin de la deuxième guerre mondiale, commença une période terrible dans l'histoire de l'Ukraine, tant pour l'Église Grecque catholique que pour la Province rédemptoriste de Lviv. Au printemps de 1946, après l'arrestation de tous les évêques catholiques, la police secrète soviétique rassembla dans une aile non chauffée du monastère de Holosko tous les Rédemptoristes de Ternopil, Stanislaviv, Lviv et Zboiska. Le P. Ziatyk s'y trouva avec eux à Holosko. Les Rédemptoristes demeurèrent là pendant trois ans sous la surveillance constante de la police secrète. On relevait les présences trois ou quatre fois par semaine. Les confrères subissaient souvent des séances d'interrogatoire. Au cours de ces interrogatoires, des promesses leur étaient faites en échange de la renonciation à leur foi et à leur vocation monastique. Le 17 octobre 1948, tous les Rédemptoristes de Holosko montèrent dans des camions qui les transportèrent au monastère "Studite" de Univ.
 
Peu de temps après, le Provincial rédemptoriste, le P. Joseph De Vocht, fut déporté vers la Belgique. Avant de partir, ce dernier transféra sa charge de Provincial de la Province de Lviv et de Vicaire général de l'Église catholique ukrainienne au P. Ivan Ziatyk. La police commença donc à porter une attention particulière au P. Ziatyk. On prit la décision de l'arrêter le 5 janvier 1950. Le 20 janvier, le mandat d'arrestation fut émis. Après de nombreux interrogatoires, on l'accusa: "Ivan Ziatyk, en effet, a été membre de la Congrégation des Rédemptoristes depuis 1936. Il travaille à la promotion des idées du Pape de Rome en répandant la foi catholique parmi les nations du monde entier et en faisant de tous des catholiques."
 
L'enquête sur la cause du P. Ziatyk dura deux ans. Tout ce temps, le P. Ziatyk fut incarcéré aux prisons de Lviv et de Zolochiv. Durant la seule période allant du 4 juillet 1950 au 16 août 1951, il subit 38 interrogatoires. En tout, il fut soumis à 72 interrogatoires. Malgré les tortures cruelles qui faisaient partie de ces interrogatoires, jamais le P. Ziatyk ne trahit sa foi ni n'accepta de se soumettre au régime athée. Ses proches parents, cependant, le persuadaient de s'y soumettre.
 
Le verdict fut annoncé au P. Ziatyk à Kiev, le 21 novembre 1951. On le condamna à 10 ans de prison pour avoir "coopéré avec des organisations nationalistes anti-soviétiques et avoir collaboré à la propagande anti-soviétique". Sa peine devait être purgée au camp de prisonniers Ozernyi, près de la ville de Bratsk dans la région de Irkutsk.
 
Tout au long de son emprisonnement, le P. Ziatyk souffrit de terribles tortures. Selon des témoins, le jour du Vendredi Saint de 1952, le P. Ivan Ziatyk fut sévèrement battu à coup de bâtons, il fut immergé dans l'eau, et laissé dehors, inconscient dans le froid sibérien. Trois jours plus tard, à cause des coups reçus et du froid, il mourut à l'hôpital de la prison, le 17 mai 1952. Le P. Ziatyk fut enterré dans le district de Taishet, région de Irkutsk. Le Grand Architecte venait d'ajouter une pierre nouvelle à la grande mosaïque des martyrs.
 
Prenant en considération les témoignages de la vie vertueuse du P. Ivan Ziatyk, en particulier, sa force, son courage et sa fidélité à l'Église du Christ pendant la période de persécutions, le procès de béatification débuta à l'occasion de l'Année du Jubilé. Le 2 mars 2001, l'Éparchie termina son procès, et les documents furent expédiés au Siège Apostolique. Le 6 avril 2001, le comité théologique reconnut l'authenticité du martyre du P. Ziatyk. L'assemblée des cardinaux attesta son martyre le 23 avril. Le 24 avril 2001, le Saint-Père Jean-Paul II signa le décret de béatification du P. Ivan Ziatyk, un bienheureux martyr de la foi chrétienne.
 
Le Bienheureux Vasyl Velychkovskyi
(1903-1973)
 
Vasyl Vsevolod Velychkovskyi est né le 1er juin 1903 à Stanislaviv (aujourd'hui Ivano-Frankivsk) des familles Velyschkovskyi et Teodorovych, toutes deux héritières d'une longue tradition de prêtres. Les parents de Vasyl, Volodymyr et Anna, élevèrent leurs enfants dans un esprit de la piété chrétienne. Voilà pourquoi Vasyl eut un grand désir de travailler au salut des âmes depuis sa tendre enfance.
 
Vasyl Velychkovskyi reçut sa formation de lycée dans la ville de Horodentsi. Comme il était un ardent patriote, l'étudiant, âgé de quinze ans, joignit l'armée galicienne d'Ukraine afin combattre pour l'indépendance de sa mère patrie durant la première guerre mondiale. Après être revenu sain et sauf de l'armée, en 1920, Vasyl Velychkovskyi entra au Séminaire de Lviv. En 1924, il fut ordonné diacre par le Métropolite Andrey Sheptytskyi. Ce fut à cette époque que Velychkovskyi découvrit sa vocation religieuse. Avec l'aide de sa tante Monica, il entra au noviciat des Rédemptoristes et un an plus tard, le 29 août 1925, il fit les vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. Comme Velychkovskyi avait déjà terminé sa théologie, il fut ordonné prêtre par Monseigneur Y. Botsian après avoir terminé son noviciat, le 9 octobre de la même année.
 
Dès le début de la vie religieuse du père Velychkovskyi, ses supérieurs remarquèrent ses aptitudes comme missionnaire. Afin de développer ce talent, le père Velychkovskyi passa ensuite deux ans à enseigner au juvénat rédemptoriste (gymnasium). Il fut aussi envoyé à Stanislaviv afin de donner des missions en compagnie de ses confrères plus expérimentés. Ce fut le commencement du travail apostolique du père Velychkovskyi; il dura 20 ans, jusqu'au début de la persécution dirigée contre l'Église grecque catholique d'Ukraine.
 
Le 16 novembre 1928, le père Velychkovskyi arriva au monastère rédemptoriste de Kovel. Là, il fut immédiatement impliqué dans le travail missionnaire auprès des immigrants de Galicie, dispersés à travers les régions de Volhyn, de Pidliashshia, de Kholm et de Polissia, qui s'étaient détachées de l'Église grecque catholique et avaient joint l'Église russe orthodoxe. En plus de son travail auprès des immigrants de Galicie, le père Velychkovskyi organisa également des missions pour la population locale de Volhyn, de Polissia et de Belarus. Grâce au support financier du Métropolite Sheptytskyi et d'autres répondants, il fonda plusieurs églises et chapelles. En 1935, le père Velychkovskyi retourna au monastère de Stanislaviv et y devint supérieur.
 
Le père Velychkovskyi poursuivit son activité apostolique sur une large échelle, même si l'Église grecque catholique subissait la persécution de la main des Soviets après leur occupation de l'Ukraine Occidentale en 1939. En 1940, il organisa une procession à laquelle 20,0000 fidèles participèrent, en portant des croix à travers les rues de Stanislaviv. En dépit des menaces venant de la police secrète soviétique, le père Velychkovskyi n'abandonna pas la partie. En 1941, à la demande du Métropolite Spheptytskyi, il quitta l'Ukraine Centrale afin de travailler avec les Ukrainiens orthodoxes de Kamianets-Podilsky. Cependant, les activités pro-ukrainiennes du nouveau prêtre éveillèrent des soupçons chez les Allemands qui venaient d'occuper la ville. Trois jours à peine après son arrivée, le père Velychkovskyi fut accusé de coopérer avec les organisations de résistance nationale ukrainienne et reçu l'ordre de quitter la ville dans les vingt-quatre heures. Il se rendit à Ternopil et devint supérieur de l'église de la Dormition attenante au monastère de cette ville.
 
Après avoir occupé la Galicie pour la deuxième fois en 1945, le régime soviétique, dans la seule nuit du 10 au 11 avril, arrêta les représentants de toute la hiérarchie de l'Église grecque catholique. Le 26 juillet 1945, le père Vasyl Velychkovskyi fut arrêté à Ternopil "pour propagande anti-soviétique". Au cours de l'interrogatoire, on lui offrit de joindre l'Église russe orthodoxe en échange de sa liberté. La réponse fut: "Jamais!". Ensuite, le père Velychkovskyi fut transféré à la prison de Kiev, où l'enquête sur son cas dura au moins deux ans. Finalement, la cour régionale de Kiev le condamna à mort, pour avoir prononcé deux mots: "Horde rouge!" et "Gang rouge!", qui apparaissaient dans un calendrier de poche publié par le père Velychkovskyi à Stanislaviv en 1939.
 
Durant les trois mois qu'il passa dans une cellule qui devait le mener à la mort, le père Velychkovskyi continua d'accomplir ses devoirs sacerdotaux. Il enseignait aux prisonniers comment prier; il les instruisait sur les vérités de la foi chrétienne et les préparait à recevoir les saints Sacrements. Il les conduisait jusqu'à la porte du paradis. Finalement, la nuit vint où les gardiens tirèrent le père Velychkovskyi de sa cellule. Toutefois, ils ne lui firent pas descendre les escaliers vers le lieu de l'exécution, mais vers le haut, au bureau de l'administration de la prison. Là, le père Velychkovskyi apprit que sa peine de mort avait été commuée en terme de dix ans d'emprisonnement.
 
Durant les deux premières années de sa sentence, le père Velychkovskyi demeura dans un camp de détention situé dans la région de Kirovsk. Plus tard, il fut transféré aux mines de Vorkuta. Malgré le travail accablant, le père Velychkovskyi célébra la liturgie presque tous les jours, en se servant de boîtes de fer-blanc comme accessoires liturgiques. "Cette boîte de fer-blanc, dit le Métropolite Hermaniuk, c'était son calice, sa patène, son autel, son église et rien n'était capable de détruire son église, car elle était basée sur sa ferme conviction et sur la grâce de Dieu". Plusieurs mois avant sa libération, les amis et compagnons de détention du père Velychkovskyi s'arrangèrent pour lui trouver du travail dans l'hôpital de la prison plutôt que dans les mines. Cette mutation lui sauva la vie; car sa santé avait été minée par dix années d'emprisonnement et par un travail épuisant. Le 9 juillet 1955, le père Velychkovskyi fut remis en liberté.
 
Après son retour à Lviv, le père Velychkovskyi ne trouva aucune église, ni aucune chapelle où il pouvait rendre service; mais cela ne le découragea pas. Il occupa une modeste chambre portant le numéro 11 de la rue Vozzyednannia. Là, il construisit un autel au moyen de boîtes de carton vides. Les fidèles visitèrent le père Velychkovskyi par groupes de cinq ou six, afin de participer aux liturgies. Durant la période de la survivance de l'Église souterraine grecque catholique, il ne craignit pas de célébrer la liturgie chaque jour, de diriger des exercices spirituels et de fournir une direction spirituelle aux nombreux chrétiens restés fidèles. En 1959, le Siège Apostolique désigna le père Vasyl Velychkovskyi comme évêque de "l'Église silencieuse"; à cause de la situation complexe de l'Union Soviétique, son ordination épiscopale devint possible seulement quatre ans plus tard.
 
Le long emprisonnement qui dura dix ans ne "corrigea" ni ne changea Monseigneur Velychkovskyi. Il continua de "répandre de la propagande anti-communiste parmi le peuple; il ne participait pas aux travaux communautaires, n'accomplissait pas les devoirs d'un bon citoyen soviétique. Il écrivit un livre sur l'icône de Notre Dame du Perpétuel Secours, dans lequel il essayait de prouver, par des exemples typiques, que les athées ne peuvent pas être de bons citoyens; il écoutait les émissions de Radio-Vatican". Cette liste fut suffisamment exhaustive pour justifier une nouvelle arrestation de Monseigneur Vasyl Velychkovskyi le 2 janvier 1969. Cette fois, l'emprisonnement s'étendit sur trois ans; le terme fut servi à Mommunarsk près de Donbass et donna lieu à une sévère maladie de cœur pour Monseigneur Velychkovskyi.
 
Le 27 janvier 1972, le second terme d'emprisonnement était accompli. Cette fois, Monseigneur Velychkovskyi ne fut pas autorisé à retourner à Lviv; on l'envoya plutôt en Yougoslavie à titre de "récréation". Il profita de cette occasion pour visiter sa sœur à Zagreb. Puis, Monseigneur Velychkovski se rendit à Rome, où il rencontra le Patriarche Yosyf Slipyi. Il fut aussi reçu en audience privée par le pape Paul VI. Peu après, pour faire suite à une invitation du Métropolite Maksym Hermaniuk, Monseigneur Velychkovskyi visita le Canada. Malheureusement, sa visite de la diaspora ukrainienne du Canada ne dura pas longtemps. Le 30 juin 1973, Monseigneur Velychkovskyi mourut à l'âge de 70 ans après avoir exercé le service de l'épiscopat pendant 10 ans. Même si son cœur s'est tu dans son corps, il continue de battre dans nos âmes: "Ne crains pas les souffrances qui t'attendent: voici, le diable va jeter des vôtres en prison pour vous tenter, et vous aurez dix jours d'épreuve. Reste fidèle jusqu'à la mort, et je te donnerai la couronne de vie" (Apoc. 2, 10).
 
Tenant compte des témoignages concernant la vie édifiante de Monseigneur Vasyl Velychkovskyi, et particulièrement sa patience, son courage et sa fidélité envers l'Église du Christ durant la période de persécution, le procès de béatification fut enclenché à l'occasion de l'Année Jubilaire. Le 2 mars 2001, le procès fut terminé au niveau de l'éparchie, et le cas fut transféré au Siège Apostolique. Le 6 avril 2001, la commission théologique reconnut l'authenticité du martyre de Monseigneur Velychkovskyi. Le 23 avril, son martyre fut attesté par l'Assemblée des Cardinaux, et le 24 avril 2001, le Très Saint-Père Jean-Paul II signa le décret de béatification de Monseigneur Vasyl Velychkovskyi, un bienheureux martyr de notre foi chrétienne.
 
Le Bienheureux Zynoviy Kovalyk (1903-1941)
 
Le père Zynoviy Kovalyk est né le 18 août 1903 dans le village de Ivachiv Horishniy, près de Ternopil, dans une pauvre famille paysanne. Avant de devenir religieux, il travailla comme professeur à l'école primaire de son village. Il avait un solide caractère et jamais ne mit sa foi en péril. Le rêve d'enfant de Zynoviy était de devenir prêtre. Après avoir découvert sa vocation à la vie consacrée, Zynoviy Kovalyk entra chez les Rédemptoristes. Il fit profession comme rédemptoriste le 28 août 1926. Peu après sa profession, Zynoviy fut envoyé en Belgique pour étudier la philosophie et la théologie.
 
Après son retour en Ukraine, le 9 août 1932, Zynoviy Kovalyk fut ordonné prêtre. Le 4 septembre 1932, le père Kovalyk célébra sa première messe dans son village natal de Ivachiv. Les petites icônes commémorant son ordination portaient l'inscription suivante: "O Jésus, recevez-moi (comme un sacrifice) uni au Saint Sacrifice de votre Chair et de Votre Sang. Recevez cette offrande pour la Sainte Église, pour ma Congrégation et pour ma mère patrie". Le Christ accueillit ces paroles comme l'offrande la plus pure. Un petit quelque chose faisait savoir au père Kovalyk que ces paroles étaient prophétiques et que bientôt, dans exactement neuf ans, elles se réaliseraient dans son martyre.
 
Après son ordination, le père Kovalyk partit, en compagnie de Monseigneur Mykolay Charnetskyi, pour la région de Volhyn afin de soutenir la cause de la réconciliation avec les Ukrainiens orthodoxes. Le jeune prêtre fut un vrai réconfort pour ses confrères. Le père Kovalyk avait le sens de l'humour, une voix délicieuse et une diction limpide. Il s'avéra un grand chanteur et un vrai prédicateur, doué d'une "bouche d'or". Son dévouement apostolique attirait des milliers de gens. Le père Kovalyk aimait la Mère de Dieu de tout son cœur et témoigna toujours d'une sincère dévotion envers elle. Ces qualités du père Kovalyk lui procurèrent beaucoup de succès dans ses activités missionnaires.
 
Après avoir passé plusieurs années à travailler dans la région de Volhyn, le père Kovalyk déménagea à Stanislaviv (aujourd'hui Ivano-Frankivsk), afin d'y prêcher des missions, soit dans les villes soit dans les villages suburbains. Juste avant l'invasion soviétique de 1939, il se rendit à Lviv, au monastère situé sur la rue Zyblykevycha (aujourd'hui Ivana Franka), et prit en charge l'économat du monastère.
 
Le vaillant prêtre continua d'annoncer la Parole de Dieu, même après que l'invasion soviétique eut commencé. Un important champ d'activité pour le père Kovalyk, ce fut d'entendre les confessions, et c'est dans ce champ qu'il obtint un succès remarquable: les pénitents ne cessaient de s'approcher de lui en grand nombre afin de chercher un réconfort spirituel.
 
Alors que la majorité des Ukrainiens de Galicie étaient dominés par la terreur, le père Kovalyk déployait un admirable courage. La plupart des prédicateurs étaient extrêmement prudents dans leurs sermons. Ils essayaient d'éviter les questions brûlantes du jour et se contentaient d'exhorter les gens à demeurer fidèles à Dieu. Le père Kovalyk, au contraire, n'avait pas peur de condamner ouvertement les coutumes athées introduites par le régime soviétique. Ses sermons avaient un grand impact sur l'auditoire, mais, en même temps, constituaient un danger non négligeable pour le prédicateur. Quand ses amis l'avisaient du danger potentiel qu'encourait une telle manière de prêcher, le père Kovalyk répondait: "J'accueillerai la mort avec joie si telle est la volonté de Dieu, mais jamais, comme prédicateur, je n'accepterai de compromis avec ma conscience."
 
Le dernier grand sermon que fit le père Kovalyk eut lieu à Ternopil, le 28 août 1940, à l'occasion de la fête de la Dormition de la Mère de Dieu. Ce jour-là, le père Kovalyk avait comme auditoire quelque dix mille fidèles. Son vieux rêve de martyre devait se réaliser dans quelques mois à peine.
 
La nuit du 20 au 21 décembre 1940, les agents de la police secrète soviétique entrèrent dans le monastère rédemptoriste dans l'intention d'arrêter le père Kovalyk à cause de ses sermons concernant la neuvaine de l'Immaculée Conception de la Mère de Dieu, qu'il avait donnés dans l'église du monastère. Avant de quitter ses confrères, le père Kovalyk demanda à son supérieur, le père De Vocht, une dernière bénédiction et une dernière absolution.
 
Bien que les Rédemptoristes eussent longtemps essayé d'avoir des nouvelles de leur confrère sous arrêt, ce ne fut qu'en avril 1941 qu'ils apprirent que le père Kovalyk se trouvait dans la prison située sur la rue Zamarstynivska (surnommée la prison "Brygidky"). Durant ses six mois d'un long emprisonnement, le père Kovalyk subit 28 interrogatoires fort pénibles; à trois reprises, il fut transféré dans d'autres prisons et interrogé. À la suite d'un interrogatoire semblable, accompagné de tortures particulièrement cruelles, le père Kovalyk tomba sérieusement malade, due à une perte de sang considérable.
 
Pendant qu'il était en prison, le père Kovalyk continua son travail apostolique. Il partageait une cellule étroite (4,20 mètres sur 3,50) et démeublée, en compagnie de 32 autres détenus. En union avec les prisonniers, le père Kovalyk passait le tiers du rosaire sur semaine et le rosaire entier le dimanche. De plus, le père Kovalyk animait les prières liturgiques. En mai, il organisa des prières en l'honneur de la Mère de Dieu et le jour de l'Épiphanie, il régala le cœur des détenus par la consécration liturgique de l'eau. En plus des prières, le père Kovalyk entendait les confessions, donnait les exercices spirituels et le catéchisme, et consolait les détenus en leur racontant, avec sa pointe d'humour caractéristique, diverses histoires religieuses. Il n'était pas surprenant que les prisonniers, des gens qui avaient grand besoin d'espérance et de consolation, aimassent sincèrement le père Kovalyk pour son attitude apostolique.
 
En 1941, quand les troupes allemandes commencèrent leur offensive, les gardiens de prison, anxieux de prendre la fuite, mais incapables de garder plus longtemps les prisonniers, se mirent à fusiller les détenus. Cependant, comme ils n'avaient pas assez de balles pour descendre le père Kovalyk et se rappelaient ses sermons sur le Christ crucifié, ils clouèrent le père Kovalyk sur le mur de la prison à la vue de ses compagnons de détention.
 
Quand les troupes allemandes entrèrent à Lviv, ils s'empressèrent d'ouvrir les prisons afin de se débarrasser des piles de cadavres qui avaient déjà commencé à se décomposer. Les gens se ruèrent sur les prisons, dans l'espoir de retrouver leurs parents. Comme le relatent les témoins, la scène la plus affreuse, ce fut de voir un prêtre crucifié sur le mur de la prison, le ventre ouvert avec un couteau et un fœtus humain planté dans la blessure.
 
Pour définir le père Zynoviy Kovalyk, nous pouvons à bon droit employer les paroles tirées des Vêpres des Martyrs concernant le guerrier glorieux et invincible, qui a revêtu l'armure de la Croix, combattu l'ennemi et reçu la couronne de victoire de l'unique Vainqueur et Législateur qui règne à jamais. Le bienheureux martyre du père Zynoviy Kovalyk peut servir de représentation graphique pour les paroles suivantes de l'Écriture: "Les âmes des justes sont la main de Dieu, et nul tourment ne les atteindra. S'ils ont, aux yeux des hommes, subi des châtiments, leur espérance était pleine d'immortalité; pour une légère correction ils recevront de grands bienfaits. Dieu, en effet, les a mis à l'épreuve et il les a trouvés dignes de lui" (Sagesse, 3, 1, 4-5).
 
Tenant compte des témoignages concernant la vie édifiante du père Zynoviy Kovalyk, particulièrement sa patience, son courage et sa fidélité à l'Église du Christ durant la période de persécution, le procès de béatification commença à l'occasion de l'Année Jubilaire. Le 2 mars 2001, le procès fut complété au niveau de l'éparchie, et le cas fut transféré au Siège Apostolique. Le 6 avril 2001, la commission théologique reconnut l'authenticité du martyre du père Kovalyk. Le 23 avril, son martyre fut attesté par l'Assemblée des Cardinaux et le 24 avril 2001, le Très Saint-Père Jean-Paul II signa le décret de béatification du père Zynoviy Kovalyk, un bienheureux martyr de la foi chrétienne.