Sur les traces des siècles


 

  Le district de Selino ne comporte pas de sites antiques de l'ampleur de Knossos, Festos ou Gortyne. Cependant la région fut déjà habitée à l'époque du néolithique et durant toutes les périodes minoennes. Elle porte des traces de toutes les occupations qui se sont succédé au cours des temps. A Nea Roumata sur la route Chania-Sougia, les archéologues ont mis au jour une tombe datant du néolithique. Les vestiges importants visibles dans la région concernent les époques grecque, romaine, byzantine et postérieures.

 

Le bassin du port vénitien à Chania   Sans avoir la richesse du musée archéologique d'Héraklion, le musée archéologique de Chania, installé dans une ancienne église gothique vénitienne du 14e s., mérite cependant une visite. Il présente tous les objets mis au jour lors des fouilles dans l'ensemble de la province. Les plus anciens témoignent d'un habitat à l'époque néolithique et tout au long de l'époque minoenne. Les époques grecque et romaine ont aussi laissé des témoins dignes d'intérêt. La ville de Chania elle-même avec le bassin du port vénitien, son arsenal, ses remparts à front de mer, ses coupoles, son minaret et ses vieilles églises, vaut qu'on prenne le temps de flâner dans les ruelles ombreuses du vieux quartier entre les boutiques des artisans et de découvrir son charme qui a déjà des parfums d'Orient. Dans les vieux quartiers, au hasard de la flânerie, on peut repérer des sites de modeste étendue comportant des vestiges d'habitat de l'époque minoenne.

  Près de Chania, sur la presqu'île de l'Akrotiri, les trois monastères d'Agia Triada, du Gouverneto et du Katholiko méritent une visite. Le premier possède une église remarquable; le second, plus ancien, est situé en bout de route dans un paysage sauvage quasi désertique. Le troisième est niché au fond d'une gorge étroite et n'est accessible qu'à pied par un sentier en escaliers. Aptera, à une vingtaine de kilomètres de Chania vers Rethymnon, est un site gréco-romain majeur qui montre des vestiges importants et significatifs : thermes, temples, citernes, villas, heroon...

 

  Dans le voisinage d'Epanochori, Lissos fut dans l'Antiquité, dès le début du premier millénaire av. JC., un lieu réputé de pèlerinage dédié au dieu de la santé Asklepeios (Esculape). On y voit la source sacrée et le temple dédié au dieu qui a conservé Vue sur la baie de Lissos depuis le site sa curieuse mosaïque. Des vestiges d'un théâtre dont les pierres ont été récupérées pour des constructions ultérieures, ainsi qu'une nécropole montrant différentes sortes de constructions funéraires sont également visibles. Près du rivage, au milieu des ruines d'une basilique paléo-chrétienne du 6ème siècle, l'église Agios Kyrkos a été édifiée ultérieurement incorporant dans ses murs des fragments de décoration en marbre sculpté provenant de la basilique primitive. Lissos qui témoigne d'une grande prospérité, fut détruite lors des invasions des Sarrasins autour des années 800 de notre ère. Lissos peut être visitée à pied par un sentier partant du petit port situé à l'extrémité ouest de Sougia, ou en bateau-taxi (aller et/ou retour). Sur place, il faut compter environ une heure pour la visite du site. Pour le bateau-taxi, nous pouvons prendre les contacts pour convenir du prix et d'un rendez-vous.

Depuis la colline d' Elyros, vue sur Sougia   Le long de la route vers Sougia à quelques kilomètres d'Epanochori, Elyros était édifiée sur un promontoire élevé d'où les habitants pouvaient suivre le trafic des navires dans leur port de Siya (Sougia). Le site montre encore quelques pans de murailles, des fûts de colonnes renversées et un réseau de grandes citernes voûtées sous une oliveraie. La ville fut détruite elle aussi lors des invasions sarrasines. Les archéologues y ont exhumé la grande statue dite "le Philosophe" qui domine au fond de la grande salle du musée archéologique de Chania.  Si vous visitez Elyros en avril-mai, vous découvrirez en outre une multitude d'orchidées de toutes variétés, ainsi qu'une profusion de glaïeuls sauvages, de muscaris et d'anémones.

  Aux approches de Siya (Sougia), remarquez à droite de la route des vestiges de l'aqueduc romain qui desservait la ville. Sougia montre encore une belle mosaïque qui décorait le sol de la basilique du lieu construite vers le milieu de la première époque byzantine. Vous pouvez voir cette mosaïque dans l'actuelle église Agios Panteleimon à Sougia (clé à demander au bistro du coin à droite sur la route de mer).

  Tarra (Agia Roumeli), Yrtakina (Téménia) et Pikilassos non loin des gorges de Tripiti, ont été des cités d'une certaine importance dans l'Antiquité, mais ne montrent pas de vestiges aisément lisibles pour les non-initiés.


Eglise du St Sauveur à Téménia Beaucoup de petites églises souvent situées en pleine nature, parsèment la région. Elles sont pour la plupart vieilles de 600 à 800 ans. Beaucoup ont conservé des fresques peintes autour des années 1300 par des peintres crétois. Leurs oeuvres ne sont pas sans évoquer la facture des toiles du Greco, ce Crétois illustre né à Fodele en 1541 et qui travailla surtout à Tolède où il mourut en 1614. Beaucoup de ces fresques ont malheureusement été mutilées - les yeux martelés - par les Turcs au nom de l'Islam qui interdit la représentation humaine. En outre, la plupart ne sont pas entretenues avec tout le soin qu'elles mériteraient. Sont notamment à voir : l'église de la Panagia à Prodromi, l'église du Sotiris Christos à Téménia (également pour son architecture), et plusieurs autres autour de Kandanos (Agia Anna, Agia Paraskevi entre autres).

 

Devant la menace turque qui devenait de plus en plus précise, les Vénitiens édifièrent un grand nombre de forteressesForteresse vénitienne de Réthymnon le long des côtes de la Crète : dans la région des vestiges importants subsistent à Chania (le bastion Sabbionara et des parties de la muraille), la citadelle de Réthymnon, le château Selino qui domine la presqu'île à Paléochora et qui est de dimensions plus modestes, la forteresse de Frangokastelo édifiée sur le rivage de la mer de Libye. A Chania ainsi qu'à Réthymnon, on pourra remarquer de nombreuses maisons d'époque vénitienne qui en ont conservé les caractéristiques architecturales. La célèbre fontaine aux gueules de lion de Spili est également due aux Vénitiens.

Eglise de Moni Arkadiou Outre les monastères de l'Akrotiri à Chania (Agia Triada, Gouverneto, Katholiko), on ne manquera pas de visiter le monastère d'Arkadi fondé au 11e siècle et qui possède une église construite en 1587. Ce monastère est un des hauts lieux de la mémoire crétoise : il a été rendu célèbre par un épisode de la révolte des Crétois contre les Turcs en 1866 où 829 Crétois encerclés par 12000 Turcs préférèrent se faire sauter avec la poudrière à l'issue d'un combat désespéré plutôt que de se rendre à l'ennemi. Un petit musée rassemble des souvenirs de la résistance contre l'occupant turc.

Le monastère de Prévéli sur la côte sud est de construction plus récente. Il est bâti sur un éperon rocheux qui domine l'embouchure du Mégapotamos. Un sentier permet de descendre jusqu'à la plage. Le site est d'une extraordinaire beauté. Les ruines de l'ancien monastère se trouvent à l'intérieur des terres en amont des gorges de Kortaliotiko qu'il faut traverser pour arriver au monastère actuel. Lors de la conquête de la Crète par les Allemands en mai 1941, une partie des troupes alliées fit retraite vers la côte Sud d'où elle fut évacuée vers l'Egypte. Le monastère de Prévéli apporta une contribution importante au succès de cette opération.

Le monastère de Chrysoskalitisa, non loin d'Elafonisi sur la côte ouest de l'île, vaut également le déplacement. SesPlage de Platanos près de Falasarna bâtiments couronnent le sommet d'un haut rocher. Des différentes terrasses, on a une vue inoubliable sur la mer et les environs. La route pour y arriver, depuis Paléochora, offre de vastes panoramas alternés sur la mer et la plaine côtière et sur la montagne.

Falasarna, également sur la côte ouest de l'île, mais plus au nord, est un ancien repaire de pirates qui fut détruit par les Romains. Les vestiges des bassins du port et des constructions se trouvent aujourd'hui bien à l'intérieur des terres à cause du basculement de l'île qui a fait émerger la partie ouest de quelque 8 mètres pendant que s'enfonçait la partie est. La longue et large plage de Platanos borde toute la baie au sud de Falasarna : en été le sable y est si brûlant, qu'il est impossible de parcourir nu-pieds la distance de la route à l'eau.

 


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Marie-Noëlle Protopapadaki-Millecamps
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