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Brussel - Brussels - Région bruxelloise - agglomération - région urbaine -
capitale de l'Europe - 19 communes - ville bilingue - bilinguisme - urbanisme -
sudiO-ville-ouverte ]
BRUXELLES, LA
VILLE GIGOGNE (1),
plaidoyer pour
une ville ressoudée à son hinterland.
19 COMMUNES ?
La Région de Bruxelles Capitale est un accident
de l'histoire institutionnelle de la Belgique. Il faut se souvenir en effet
qu'à l'origine les 19 communes n'avaient nullement été réunies dans le but d'y
créer une région distincte au centre d'un pays fédéral. La planification du
pays selon la loi de 1962 sur l'urbanisme se basait sur une hiérarchisation
géographique du territoire. Entre l'entité nationale globale que constituait la
Belgique unitaire et l'échelon le plus petit de la division territoriale - la
parcelle - différents niveaux de regroupements opérationnels ou administratifs
ont été définis par le pouvoir politique. Outre les secteurs statistiques
définis par les géographes et les statisticiens, les multiples niveaux à
l'échelle desquelles s'est opérée la planification dans la Belgique unitaire
sont les communes, les communes regroupées, les agglomérations, les
arrondissements, les secteurs et les provinces. Dans cet échelonnement de la
division du territoire, les 19 communes de l'actuelle Région de Bruxelles ont
constitué un arrondissement, puis un secteur parmi d'autres secteurs ne
représentant rien d'autre qu'un niveau particulier de la planification
nationale. Mises "au frigo" au début des opérations de la division du
pays en régions linguistiques distinctes, ces 19 entités communales du secteur
au centre du pays furent cependant réunies en une "agglomération" de
communes. C'est sous cette forme qu'elles échappèrent aux regroupements et se
virent appliquer une approche planificatrice à deux niveau, mais sur un
territoire identique. En effet, le plan de secteur, établi à un niveau assez
général sous la houlette du secrétariat ministériel de la Région Bruxelloise,
recouvrait strictement le même périmètre que la planification détaillée à
l'échelle communale, coordonnée au niveau de l'Agglomération de Bruxelles.
C'est l'entérinement pragmatique mais arbitraire de cette situation de fait qui
fut à l'origine de la création de la "Région de Bruxelles-Capitale",
région administrative distincte ne représentant que très partiellement, la
réalité géographique, économique ou sociologique de l'entité urbaine existant
au centre du pays.
PAUVRE BRUXELLES !
Les difficultés structurelles et économiques
de l'actuelle Région de Bruxelles Capitale découlent logiquement de cette
aberration institutionnelle. Dans son actuelle définition et sans apports
financiers extérieurs, cette région ne peut que continuer à s'appauvrir,
principalement au profit de la partie de ses usagers n'y résidant pas. Il est
très difficile, sinon impossible, de poursuivre dans ces conditions une
politique de gestion saine de la ville. La décentralisation des entreprises
rend la région urbaine exsangue d'activités productives et ouvrières, en même
temps que s'installent de plus en plus nombreuses fonctions administratives
dans les quartiers centraux, dont la monofonctionalité met gravement en péril
la qualité urbaine. Les classes moyennes et aisées de la population émigrent en
dehors de la ville, laissant l'absence de ressources gangrener l'habitat dans
de très nombreux quartiers en voie de paupérisation. Les nécessités de mobilité
urbaine se font de plus en plus fortes, tandis que les infrastructures de
transport et de communication se montrent de moins en moins adaptées.
Dans pareil contexte, aucun effort de
planification ne peut compenser l'absence de ressources et, dans le pays
fédéré, la région de Bruxelles Capitale risque de continuer à faire les frais
de l'hégémonie des deux grandes régions. La question de la dépendance est bel
et bien posée et l'idée de la création d'un district européen commence à faire
son chemin. Cela signifie d'une part que le bruxellois pourrait perdre toute
possibilité d'influencer le destin de sa ville, et que les deux grandes
communautés nationales perdront la plate-forme qui leur permettrait d'occuper
une présence privilégiée au cœur de l'Europe future.
BRUXELLES, VILLE FERMEE.
En regard de cette situation, les efforts
d'affirmation et d'identification dont font courageusement preuve les autorités
régionales sont dérisoires. Que signifient par exemple l'idée de la création
des "Portes de Bruxelles" et celle du circuit vert au PRD de la
Région, sinon l'acceptation d'un repli désespéré, d'une situation d'assiégé ?
Comment comprendre que le fond cartographique de ce plan de développement
ignore totalement toute traces du territoire au delà de la limite des 19
communes, excepté les pistes de l'aéroport "national" ?
BRUXELLES CONVOITEE, BRUXELLES
LACHEE.
Par rapport à ces constatations, la lecture
comparée des plans régionaux du nord et du sud du pays est instructive à
plusieurs égards. Contrairement au plan bruxellois, le plan de secteur flamand
reprend totalement le tracé urbain au delà de la limite de la région centrale,
alors que le plan wallon en ignore strictement l'existence. Tandis que le plan
flamand semble polariser son dynamisme autour des 19 communes de la région de
Bruxelles-Capitale, le plan wallon se développe principalement d'est en ouest,
parallèlement et à distance de la limite régionale, le long d'un axe allant de
Mons à Liège, en passant par Charleroi et Namur. Passant par cette dernière
ville, un autre axe se dessine du nord au sud de la Wallonie, de Louvain-la
Neuve à Arlon, mais à proximité de la frontière linguistique, le plan wallon
semble se structurer d'est en ouest, de Nivelles à Wavre, dans l'ignorance de
la réalité bruxelloise.
VILLE FRANCOPHONE ? VILLE
FLAMANDE ?
La francophonie bruxelloise s'acharne à
revendiquer la suprématie numéraire sur le territoire régional tel qu'il est
actuellement défini, alors que la Flandre fait de Bruxelles sa capitale. La
Wallonie, par contre, installe son pouvoir politique au plus proche du centre
de gravité de son territoire, laissant Bruxelles bien isolé au cœur d'un
territoire flamand.
Flamand et francophones s'opposent
concernant l'appartenance de Bruxelles. Selon les premiers, l'origine
historique et la localisation territoriale de Bruxelles en font une ville
flamande. Les bruxellois majoritairement francophones et les wallons ont par
contre tendance à s'accorder sur l'appartenance de Bruxelles au monde culturel
de la francophonie et rêvent de faire coïncider la géographie bruxelloise avec
la répartition territoriale des francophones, y compris ceux de sa périphérie.
En réalité, la population actuellement
francophone de Bruxelles est loin de n'être composée que des descendants de
l'immigration wallonne. La bourgeoisie flamande porte une part non négligeable
de la francisation de la capitale belge. Mais les résidents bruxellois ne sont
pas les seuls usagers de la ville. La population active à Bruxelles connaît des
flux migratoires alternants caractéristiques de toutes les grandes métropoles
européennes. Une particularité bruxelloise est que la proportion de ses
navetteurs qui franchissent la frontière régionale est importante et les
distances parcourues par les actifs à Bruxelles sont plus importantes que dans
d'autres grandes villes. Dans la situation actuelle, le sentiment
d'appartenance à la communauté urbaine est moins intense chez les habitants de
la périphérie qu'à distance égale du centre dans les banlieues des autres
grandes villes européennes. Des efforts pour corriger cette situation existent
mais, si louables soient-ils, ils sont contrecarrés par la réalité
administrative et politique issue de la division territoriale.
C'EST QUOI,
"BRUXELLES" ? BRUXELLES C'EST OU ?
Si l'on fait abstraction des considérations
politico-linguistiques qui régissent l'administration du territoire belge, la
définition de la réalité urbaine bruxelloise est toute autre que ce qu'elle
n'apparaît au travers de son actuelle définition institutionnelle régionale.
Les géographes, observant le développement urbain bruxellois sur base de
critères sociologiques, économiques et fonctionnels, démontrent que l'étendue
territoriale bruxelloise réelle est très différente de ce qu'elle est
actuellement dans les limites de ses 19 communes. En outre et par parenthèse,
ce territoire n'a rien à voir non plus avec la région étendue aux communes
"à facilités".
(extrait de "La
Belgique, diversité territoriale", Bulletin du Crédit Communal
n°202 -1997/4).
Sans vouloir préjuger ici des dimensions de
l'entité urbaine bruxelloise réelle, d'aucuns (3) avancent l'hypothèse
qu'elle contiendrait une population d'environ 1.700.000 habitants parmi
lesquels on peut parier que s'équilibreraient numériquement les deux grandes
communautés culturelles belges. Le périmètre de cette entité serait
physiquement contigu avec les deux grandes régions de la Belgique fédérale. Bruxelles
étendu devrait ainsi se dégager de toutes velléités de suprématie d'une
communauté sur l'autre. Mais la principale conséquence attendue de cette
approche est une répartition socio-économique équilibrée de la population,
permettant un partage plus équitable des ressources. Cela serait notamment
favorable à une gestion plus autonome et plus harmonieuse de l'espace et de la
mobilité.
Pourquoi s'empêcher de rêver à une pareille
orientation du futur bruxellois ? Une institution linguistiquement parfaitement
paritaire pourrait être mise en place par la représentation exclusive d'élus
habitant le territoire de l'agglomération urbaine bruxelloise étendue. Dans un
premier temps, chargée de compétences sur un territoire chevauchant les
actuelles limites régionales, cette institution pourrait avoir au moins un rôle
de coordination et de gestion urbaine, notamment en ce qui concerne la
planification et les déplacements.
Bruxelles ville gigogne…

Bruxelles ville gigogne.
légende de l'illustration :
1. Bruxelles historique : l'enceinte du XIIème siècle.
2. Bruxelles - Pentagone.
3. Bruxelles - Commune.
4. Bruxelles - Région.
5. Bruxelles et la périphérie aux "facilités".
6. Région urbaine de Bruxelles (2).
7. Agglomération bruxelloise étendue (2).
8. Complexe résidentiel urbain de Bruxelles (2).
BERLIN EST + BERLIN OUEST -- BRüSSEL
STADTCENTRUM + BRûSSEL STADTISCH REGION
Le mur de Berlin n'a pas pu résister à la
marche de l'histoire et aujourd'hui, dans la dynamique d'un extraordinaire
renouveau, Berlin-la-Mutilée est en passe de redevenir une des plus belles
villes en Europe. L'idée même de l'Europe se base sur l'harmonie possible entre
des peuples dont les langues sont multiples et les cultures diverses. Dans ce
contexte, on peut croire que les chamailleries linguistiques et les velléités
nationalistes en Belgique n'auront pas plus d'avenir que l'affrontement mondial
des deux blocs de la guerre froide. La frontière régionale de Bruxelles est un
mur. Lorsqu'il tombera, lorsque la capitale de l'Europe fera corps avec son
hinterland, Bruxelles aura l'espace et les moyens d'être à l'image de ce que
sera bientôt Berlin : grande et belle.
BRABANT FLAMAND, BRABANT
WALLON, BRABANT BRUXELLOIS.
La scission du Brabant s'est faite en 1995
dans une relative indifférence. Vu de Bruxelles, c'est pourtant regrettable, le
Brabant ayant été, à l'image de Bruxelles, un territoire partagé par les deux
grandes communautés culturelles et linguistiques du pays. Historiquement, le
duché de Brabant était détaché du comté de Flandre. L'identité bruxelloise est
brabançonne avant d'être flamande. Foi de bruxellois, Bruxelles, principale
ville brabançonne, n'est pas plus capitale des Flandres que de Bourgogne. Ce
qui est incontestable par contre, c'est la vocation internationale de
Bruxelles. Bruxelles est - et doit rester - la principale ville européenne où
se rencontrent les peuples latins et germaniques.
BRUSSELLES - BRUXEL.
Pour un meilleur fonctionnement de Bruxelles
avec sa périphérie, n'aurait-il pas mieux valu distinguer un territoire
"provincial" brabançon lié à la région bruxelloise ? Est-il à jamais
trop tard pour le faire ou pour réfléchir à une solution institutionnelle
originale et mieux adaptée au problème bruxellois ?
Il faut rêver.
NOTES
Octobre 1998
Pierre Van Assche, architecte & urbaniste, chef de travaux à l'Institut Supérieur
d'Architecture St-Luc à Bruxelles.
ADDENDUM
Dans le
journal Le Soir du 10 février 1999, un article de Martine Dubuisson ("Un
parlement bruxellois ouvert aux Flamands et Wallons") évoque une
proposition similaire faite par Francis Delpérée, François-Xavier Dubois et
Céline Fremault, membres du "Groupe Avenir" et professeurs à l'UCL.
(infographie du
journal Le Soir du 10 février 1999)
Déjà assez
élaborée en ce qui concerne les pistes institutionnelles, leur réflexion aborde
plusieurs hypothèses concernant l'étendue de l'entité urbaine à considérer.
L'une d'entre elles associe les élus des communes de la zone téléphonique 02.
Une autre hypothèse rassemblerait les élus des communes de l'arrondissement
électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde.
Parmi
d'autres répercussions dans la presse, un article de Philippe De Boeck dans le
journal Le Soir du 1er mars 1999 ("Consensus bilingue pour
modifier le statut de Bruxelles") relate les résultats d'un colloque
qui s'est déroulé les 26 & 27 février à Bruxelles au cours duquel des
constitutionnalistes du sud et du nord du pays sont tombés d'accord pour
modifier le statut de Bruxelles. La VUB, l'ULB, l'UCL, la KUL, le Crisp, les
facultés Saint-Louis et le KUB ont tenté de déblayer le terrain d'une réflexion
sur la réalité bruxelloise hors des imperfections du contexte institutionnel
actuel.
(à suivre
…)