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PERES NOEL VERTS

 

Julien Laupêtre, une vie de solidarités.

 

1926 Naissance à Paris

1955 Devient secrétaire général du Secours Populaire Français (SPF)

1960 Décide d'aider les victimes du barrage de Malpasset (Var)

2005 Entend rassembler 60.000 jeunes " Oubliés des Vacances " au Stade de France, le 24 août

 

Le président du Secours Populaire Français dirige l'organisation humanitaire depuis 50 ans.

A 79 ans, il demeure obsédé par l'idée d'agir et de secourir

En 1955, Julien Laupêtre n'avait poussé la porte du Secours Populaire Français (SPF) que pour rester " quelques semaines ". Puis, il y eu un concours de circonstances, et l'ouvrier miroitier, tailleur de glaces, en devint secrétaire général, puis président. Il est maintenant à sa tête depuis cinquante ans ! Un demi-siècle à accorder, décliner et nourrir de sens le mot " solidarité ". Avec toujours, assure-t-il, " la même foi, le même enthousiasme ". A observer, aussi, aux premières loges, les métamorphoses des plaies de la société : la précarité, la pauvreté. " Il n'est pas seulement le président du Secours Populaire, commente Menotti Bottazi, l'un des responsables de l'association, il en est le patriarche. "

Un homme réputé pour sa discrétion, ses engagements, ses fidélités. A 79 ans, Julien Laupêtre n' jamais quitté le 12e arrondissement, où il a grandi enfant. Il vit toujours dans la même HLM, au côté de son épouse, Jeannette, qu'il a connue, gamin, avant guerre, lors d'une colonie de vacances .M. Bottazi : " il est resté simple, authentique, c'est ce qui fait de lui un type respectable "dont ne sait qui le remplacera .

" J'ai toujours été un gosse révolté, déclare le " patriarche " aux cheveux blancs pour expliquer son éternel engagement .Révolté par l'inégalité des chances au départ, de voir des gosses de riches et des gosses de pauvres, ceux qui étaient bien habillés, ceux qui ne l'étaient pas " . Petit, déjà, Julien Laupêtre baignait dans l'atmosphère militante. Une figure paternelle " admirable ", forgée à gauche, cheminot, syndicaliste, conseiller municipal. Un homme intègre, longtemps président de l'Union nationale des retraités et personnes âgées, qu'une place devrait bientôt honorer (dans le 12e arrondissement, bien sûr)..

Arrêté en 1943 comme un " tout petit de la résistance ", trempé au bain des Jeunesses communistes, Julien Laupêtre raconte avoir côtoyé sans le savoir, en prison, les membres de " l'Affiche rouge ", dont le célèbre Missak Manouchian .Une impulsion supplémentaire, confie-t-il, pour " œuvrer à une société plus juste ". Il a alors mis toute sa force de persuasion pour que le Secours Populaire, héritier du Secours Rouge, d'obédience communiste, élargisse à la fin des années 1950, son champ d'action et ne se cantonne pas à la seule défense des anticolonialistes et réfugiés opprimés.

" Un jour, explique-t-il, j'ai compris que le Secours populaire devait voler de ses propres ailes. J'étais communiste parce que je pensais qu'il fallait changer la société Mais en attendant le grand soir et la Révolution … qui n'arrivaient pas, il valait mieux faire en sorte que, chaque jour, concrètement, les gens soient moins malheureux. Dès que j'ai été élu, j'ai compris qu'il fallait développer une organisation sans lien organique avec le PC. "

La mue s'est accélérée fin 1959, avec la catastrophe du barrage de Malpasset, à Fréjus (Var). En rompant, l'ouvrage avait emporté avec lui des victimes par centaines. " Là, on a foncé, on n'a demandé l'avis à personne. On a réquisitionné la salle municipale pour organiser un grand centre de secours. Il m'a fallu des années pour convaincre que le Secours populaire n'agissait pas sur les causes, mais sur les conséquences. "

" Julien Laupêtre n'est pas un homme à se placer au cœur des polémiques ", témoigne Pierre Zarka, l'ancien directeur de l'Humanité, qui le côtoyait au comité central du Parti communiste, où le président du SPF siégea près de trente-cinq ans. " Au comité central, il était toujours réservé, réfléchi, et en même temps passionné. Il intervenait toujours pour dire des choses concrètes, comment les gens peuvent ressentir telle ou telle chose. Il était toujours à l'affût d'opérations efficaces. "

Aujourd'hui, le Secours Populaire fête son soixantième anniversaire. Il compte un million de donateurs, tandis que 1,3 millions de bénéficiaires frappent aux portes des 1.232 permanences d'accueil. 72.000 bénévoles y officient ou vont " à la recherche des misères cachées, comme dit Julien Laupêtre, que seuls connaissent les enseignants, les gardiennes d'immeubles, les assistantes sociales, les médecins du travail. " …

En 2004, l'association a distribué 86 millions de repas, offert 250.000 " journées vacances " aux enfants défavorisés. " Un enfant sur trois ne part pas en vacances ", martèle Julien Laupêtre à la veille des grands départs, alors qu'il s'enthousiasme pour la prochaine Journée des Oubliés des Vacances, le 24 août. Cette manifestation d'envergure doit permettre à 60.000 enfants de passer une journée dans la capitale, puis, le bouquet final, au Stade de France.

" La misère, depuis 1960 n'a cessé de grandir, observe le président du Secours Populaire. La pauvreté, ce n'est plus, depuis bien longtemps, l'alimentaire et le vestimentaire, c'est aussi le logement, la santé, le difficile accès à la culture . "

Entre 2003 et 2004, l'association a enregistré de 20 % à 30 % d'augmentation de demandes d'aide : des étudiants sans ressources, des femmes seules avec enfant(s), des enfants de familles d'immigrés et des travailleurs pauvres, qui ont certes un emploi, " mais que l'on retrouve le 12 ou le 13 du mois dans nos permanences ".

" La misère, depuis 1960, n'a jamais cessé de grandir "

Il y a cependant des lueurs d'espoir, " des élans formidables ". Cette poussée des offres de bénévoles, fin 2003. Et ces 11 millions d'euros récoltés fin 2004 en solidarité aux victimes du tsunami. Julien Laupêtre est allé, fin juin, en Inde et en Indonésie, pour rendre compte aux donateurs de l'utilisation des fonds, essentiellement consacrés à des aides financières sur place ? De quoi, pour l'association, ternie par une affaire de malversation récemment intervenue dans ses rangs en Haute-Garonne, réaffermir son souci de transparence.

" Mon vœu le plus profond pour le Secours Populaire, serait de boire un jour à sa dissolution. Mais je sais que ce jour, malheureusement, n'arrivera pas ", dit encore Julien Laupêtre, dont le nom et l'époque de sa prise de fonctions - il en rit - renvoient inévitablement à l'Abbé Pierre .Julien Lauprêtre, un saint laïque ? " Il a le don de la parole, dit de lui Monseigneur Gaillot. Ce qu'il dit est toujours simple, compréhensible de chacun. Et il sait compatir. C'est un homme très humain, tout simplement. "

 

Jean-Michel Dumay Extrait de l'Humanité