Stalag 1A….? Par Raymond PAPPENS

Préface.

Souvent j'ai dû répondre à des questions concernant ma captivité et cela ne cesse pas en dépit des années qui passent. Cela vaut autant pour ma famille que pour mes amis, connaissances et relations.

Plutôt que de seriner chaque fois un texte forcément incomplet, vu les délais généralement disponibles, j'ai pensé que la remise d'un texte photocopié pouvait m'éviter beaucoup de répétitions et d'oublis.

C'est ce texte que vous trouverez ci-après. II ne contient rien de neuf, rien de sensationnel, il peut être complété par vous sur les aspects de votre captivité que vous voudriez mettre en relief. Ensuite vous le faites photocopier afin d'en remettre un exemplaire à vos interlocuteurs, ou bien vous vous en servez comme aide-mémoire.

Je souhaite qu'il vous soit utile.

En 1940, l'Armée belge avait un effectif proche de 650.000 hommes et après qu'elle eut déposé les armes environ 225.000 hommes, soit un gros tiers de l'Armée, fut emmené en Allemagne. Dans ce dernier nombre sont compris ceux qui rentrèrent de France à l'été de 1940 et que les Allemands envoyèrent en Allemagne.

Les officiers furent séparés de leurs hommes et dirigés vers les " Oflags " ou ils passèrent toute leur captivité, sans sortir de leurs camps. Les autres, donc les soldats et les sous-officiers, furent envoyés dans des Stalags d'où, après immatriculation, ils furent mis au travail dans des "Kommandos" (abrégé d'Arbeitskorm-mandos), répartis dans toute la région. Ces Kommandos étaient, soit des petits camps, soit des logements fournis par les employeurs.

Dans les camps centraux, aux Stalags proprement dits, il n'y avait que des permanents (des employés du camp), des PG en transit (rentrants d'un chantier, malades, punis, etc) ou des sous-officiers réfractaires au travail.

Le Stalag 1A était situé a environ 50 kilomètres au Sud de Kaliningrad qui, a l'époque, se

 

 

nommait Königsberg. C'était un camp de baraques en bois couvertes d'un crépi de ciment; 40 baraques prévues pour loger environ 15.000 hommes, plus les baraques des services (infirmerie, douches, l'épouillage, les ateliers des tailleurs et cordonniers, bureaux, cuisines, poste, etc). Le tout était ceinturé de plusieurs clôtures de barbelés et de miradors équipés de projecteurs et d'armes automatiques. Ce camp, tout comme le Stalag 1B, situé plus au Sud, à Hohenstein prés de Tannenberg, avait été construit par des PG polonais durant l'automne et l'hiver 39-40.

Les premiers Belges qui arrivèrent au Stalag 1A étaient des artilleurs du Régiment de Forteresse de Liège. C'étaient les garnisons des forts qui avaient succombé les premiers. Ils arrivèrent à partir du 28 mai (Souvenez-vous que le fort de Tancremont résista jusqu'au 29 mai). Pendant les trois semaines qui suivirent, les convois arrivèrent les uns après les autres. Au total il arriva un peu plus de 23.000 Beiges au Stalag 1A. Cela représente environ 10% du total des Belges envoyés en Allemagne.

A cette époque là, la capacité du camp avait été fort augmentée par des tentes (d'expositions) érigées sur les espaces libres. Apres quelques jours passés au camp central pour être fouillés, immatriculés, tondus, vaccinés et photographiés, des convois furent formés pour conduire ces PG aux lieux de travail, dans les Kommandos.

A en juger par ce que l'on a appris sur la vie dans les autres camps, la vie au 1A était, dans l'ensemble, la même que partout ailleurs. II fallait travailler, parfois très durement. La nourriture était insuffisante. Le PG est un homme qui a connu la faim. II est vain d'évoquer la qualité de la nourriture, la moindre miette comptait pour le prisonnier. La ration peut se résumer à ce qui suit: le matin une tasse de thé ou de café ersatz. Ce n'était pas bon et même pas chaud. A midi une louche de soupe (+/- 3/4 litre). Au début, cette soupe était épaisse, mais rapidement elle s'est allongée au point de devenir ce que nous nommions " de l'eau de vaisselle ", Je me souviens qu'au camp central, pendant l'hiver de 1940, la soupe ne contenait presque plus rien. Le soir nous recevions du pain, le pain dit "de munition" traditionnel dans l'armée allemande. II arrivait en boules rectangulaires de 1,5 kilo. Au début, pendant une très courte période nous en recevions 375 g puisqu'une boule devait faire la ration de quatre PG. Peu après, la ration fut

 

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